Une nouvelle stratégie anti-sida

 

News Doctissimo > Santé > Une nouvelle stratégie anti-sida pour guérir de l'infection Les News Santé Une nouvelle stratégie anti-sida pour guérir de l'infection vendredi 20 juillet 2012 La Société Internationale du Sida (IAS) a annoncé, à l'occasion du lancement du 19ème congrès international sur le sida qui se tient à Washington, sa nouvelle stratégie pour guérir l'infection : celle-ci repose sur 7 actions prioritaires en matière de recherche, mais pour lesquelles le financement n'a pas été précisé.

Une nouvelle stratégie anti-sida pour guérir de l'infection a été présentée à l'ouverture du 19ème congrès mondial du sida. On estime à environ 34 millions le nombre de personnes séropositives au VIH à travers le monde. Chaque fois qu'une personne débute un traitement anti-VIH, deux autres sont contaminées. Les investissements colossaux dans la recherche ont abouti à la mise au point de 20 molécules antirétrovirales. Combinés, ces médicaments ont permis de sauver des vies, d'allonger la durée de vie des patients et de réduire la transmission du virus. Les malades qui y ont accès, qui répondent bien au traitement, qui en tolèrent les effets secondaires, la toxicité et autres complications, et qui observent correctement leur traitement parviennent ainsi à contrôler indéfiniment la maladie. Mais malgré ces avancées décisives, ces traitements se heurtent à une limite majeure : ils n'éradiquent pas le virus et, en cela, ne permettent pas la guérison.

Les patients doivent suivre à vie ces traitements extrêmement chers et potentiellement toxiques (les comorbidités sont fréquentes, telles les maladies cardiovasculaires, les problèmes osseux ou les troubles cognitifs). La mise au point d'un traitement efficace et évolutif capable d'interrompre la transmission du VIH, de restaurer l'immunité et finalement de guérir les personnes infectées constitue encore et toujours un enjeu majeur dans la lutte contre le sida. "La science nous dit depuis un certain temps qu'il est désormais réaliste de pouvoir guérir l'infection du VIH. Le moment est venu de saisir l'occasion d'essayer de mettre au point un moyen de parvenir à une guérison, sans quoi nous risquerions de de regretter de n'avoir jamais essayé", a expliqué le Pr Françoise Barré-Sinoussi, qui a co-découverte le VIH, directrice de l'unité de régulation des infections rétrovirales à l'Institut Pasteur, et future présidente de la SID.

Des découvertes scientifiques récentes majeures Qu'est-ce-qui explique ce soudain regain d'optimisme des chercheurs ? Les progrès scientifiques récents qui leur ont permis de comprendre pourquoi le VIH persiste à l'état latent dans l'organisme des malades traités avec des antirétroviraux. Ces réservoirs à VIH constituent à l'heure actuelle l'un des principaux obstacles à la mise au point d'un traitement curatif. "Notre compréhension des mécanismes à l'origine de la persistance du VIH à l'état latent est de loin supérieure à celle qui était la nôtre il y a 10 ans.

Nous entrons dans une ère de l'épidémie où nous pouvons sérieusement commencer à tester des médicaments qui soit préviennent cet état latent du VIH, soit le font sortir des réservoirs viraux afin de le rendre vulnérables aux traitements actuels", a expliqué Steven Deeks, lors de la présentation de la nouvelle stratégie en ouverture du congrès. Les chercheurs détiennent en effet pour la première fois la preuve qu'il existe un traitement efficace. Celle-ci repose sur le cas de Timothy Brown, connu comme le "patient berlinois", qui a reçu en 2007 une greffe de cellules souches de moelle osseuse et qui est depuis considéré comme guéri. Si cette approche thérapeutique risquée et onéreuse est inenvisageable à grande échelle, elle a néanmoins permis aux chercheurs de confirmer l'intérêt de la thérapie génique pour modifier la réponse immunitaire d'un patient et lui permettre de résister à l'infection par le VIH. Plus récemment, une autre équipe a montré chez des patients séropositifs au VIH, que l'inhibition d'une enzyme impliquée dans l'état silencieux du VIH entraîne la production rapide d'ARN viral dans les cellules réservoirs du patient. Cette découverte pourrait permettre la mise au point d'une approche curative qui rendrait "visible" le virus qui est à l'état latent. Il existe par ailleurs un groupe de patients qui ont, semble-t-il, réussi à guérir d'eux-mêmes. Les patients de ce groupe restent séropositifs mais leur charge virale dans le sang est indétectable.

Enfin, la Cohorte Visconti, composée de patients français placés très rapidement sous thérapie antirétrovirale et qui ont pu arrêter leur traitement sans rebond viral, confirment le bénéfice d'un traitement ultra précoce. Ces progrès dans la compréhension des mécanismes sous-jacents à l'infection confortent les chercheurs à poursuivre leurs travaux dans les diverses directions qui se sont avérées un succès : la thérapie génique, l'optimisation et l'intensification du traitement (pour éliminer la réplication du virus), les thérapies basées sur l'immunité, la vaccination… Une stratégie en 7 points La nouvelle stratégie mise au point par un groupe d'experts internationaux repose sur 7 actions prioritaires en matière de recherche : Déterminer les mécanismes viraux et cellulaires qui permettent au VIH de persister à l'état latent. Déterminer les sources tissulaires et cellulaires de VIH à l'état latent chez les patients sous traitement antirétroviral depuis longtemps.

Déterminer les origines de l'activation immunitaire et de l'inflammation en présence d'antirétroviraux, ainsi que leurs conséquences pour les réservoirs viraux. Déterminer les mécanismes immunitaires et de l'hôte responsables du contrôle de l'infection mais qui rendent possible l'état latent du virus. Étudier, comparer et valider les études visant à mesurer l'infection persistante. Développer et tester des molécules ou des stratégies immunologiques visant à éliminer les réservoirs viraux chez les patients sous antirétroviraux. Développer et tester des stratégies visant à améliorer la capacité de l'hôte à contrôler la réplication du virus. La réussite du plan nécessite une pleine et entière collaboration multidisciplinaire internationale, le développement de la recherche translationnelle, l'optimisation des modèles animaux, le soutien aux jeunes chercheurs… Question financement, la Société Internationale du Sida compte sur les instituts de recherche dédiés (tel que l'Agence nationale pour la recherche sur le sida et les hépatites virales - ANRS), mais aussi sur des organisations non gouvernementales et les laboratoires pharmaceutiques. Elle espère également que les économies émergentes des pays les plus fortement touchés par l'infection prendront part à cette stratégie. Elle n'a toutefois pas chiffré le coût de celle-ci.

Amélie Pelletier

Source "Inaugural Global Scientific Strategy Towards an HIV Cure launched ahead of the XIX International AIDs Conference in Washington DC", communiqué de presse de la Société Internationale du Sida, 19 juillet 2012. Photo : Le Pr Françoise Barré-Sinoussi (Crédit : FAYOLLE PASCAL/SIPA)

Des livres pour aller plus loin : Pour un monde sans sida

- Un combat partagé De Françoise Barré-Sinoussi

Editions Albin Michel 180 pages Prix : 17,50 €

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