Opinion - Coupe du Monde de Football: L'Europe n'a pas à prescrire une température à «Qatar 2022» - Roger Milla: «Cette polémique n'a pas lieu d'être»

Alors que chaque jour en Occident apporte son lot de polémique sur le Mondial attribué à ce petit pays du Moyen-Orient, un correspondant d’Al Jazeera basé à Londres démonte l'argumentaire sur le climat de ce pays.

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La Fédération internationale de football association (Fifa) a admis que c'était une erreur d'attribuer au même moment deux coupes du monde: celle de 2018 et celle de 2022. Mais que personne ne s'attende à entendre l'organisation faîtière du football mondial déclarer qu'elle s'était trompée en attribuant le Mondial 2022 au Qatar. Et à l'heure où le sujet alimente controverses et débats, il est utile de rappeler une vérité simple: le Moyen-Orient n'a jamais accueilli la Coupe du monde de football et cette partie du globe doit aussi accueillir la Coupe du monde.

Quant au débat été/hiver, il est légitime que des discussions aient lieu à propos et que chacun avance des arguments pour soutenir sa position. Cependant, ceux qui suggèrent que la compétition soit retirée au Qatar parce qu'il y fait très chaud en juin-juillet sont exactement en train de soutenir que la Coupe du monde ne peut pas se jouer dans certaines régions du monde. Quel que soit le bruit qu'elles font, les critiques venues de l'Angleterre, de l'Allemagne et d'autres fédérations de football en Europe ne peuvent nous convaincre que la Coupe du monde est devenue La Ligue européenne des champions.

Faut-il insister pour dire que nous parlons bien de la Coupe du monde, plus grand rendez-vous du football? Les détracteurs de la Coupe du monde "Qatar 2022" attaquent sur deux fronts: quand ils ne parlent pas de chaleur, ils évoquent la corruption, sans qu'ils nous disent ce qui les dérange le plus. Mais à propos de la corruption, rappelons-leur que plusieurs affaires de corruption ont affecté la Fifa ces dernières annees, preuves à l'appui. Leurs accusations doivent donc s'accompagner des faits concrets pour être prises au sérieux. Mais comme apparemment rien n'est clair à ce niveau, alors c'est la trompette de la chaleur qui revient à la mode. Nous attendons une position claire de la Fifa à ce sujet lors de sa réunion programmée en octobre prochain à Zurich.

Fête universelle

En attendant, il faut s'interroger sur l'obsession de certains à contester la capacité du Qatar à accueillir la Coupe du monde. Les critiques les plus acerbes viennent de certains dirigeants européens, qui ont dû oublier que la Coupe du monde est désormais organisée de façon rotative au niveau des continents. L'ancien président de la Fédération allemande de football, Theo Zwanziger, a été le premier à donner la charge. Suivi par l'actuel président de la fédération anglaise de football (FA), Greg Dyke, qui a fait du tapage pour dire que la Coupe du monde ne saurait se jouer pendant l'été au Qatar. Il trouve hors de sens que la compétition se joue à cette période là-bas. C'est son point de vue, mais qu'il n'oublie pas que la FA n'est que l'une des 209 fédérations nationales de football membres de la Fifa.

Et cette dernière n'est pas gouvernée par la FA ni par son homologue germanique, même si nous sommes habitués à les entendre parler fort. Les ligues professionnelles de l'Angleterre, de l'Allemagne, de l'Espagne, de la France et de l'Italie, ont de leur côté écrit à la Fifa pour protester contre la programmation du Mondial en hiver. Sur ce débat que les puissances européennes nous imposent, il est temps d'entendre les autres membres de la famille du football mondial. Il ne devrait du reste pas s'agir d'un débat nouveau focalisé sur le seul Qatar, à propos d'une éventuelle modification du calendrier du football international pour cause de chaleur. Souvenons-nous qu'il y a vingt ans, à Orlando aux Etats-Unis pendant la World Cup 94, lors du match Mexique-Eire programmé midi, l'attaquant irlandais John Aldridge avait donné un coup de pied de rage dans une bouteille d'eau au bord de la pelouse qui devait chauffer comme une marmite bouillante. Il n'y eut guère une levée de boucliers pour dénier à l'Amérique le droit d'organiser la fête du football mondial.

Pour ce qui est du Qatar, ce pays a pris depuis longtemps des précautions pour atténuer les effets de la chaleur sur les joueurs pendant les matches. Ils appliquent déjà une technologie révolutionnaire qui réfrigère l'aire de jeu. A ceux qui craignent, en outre, que le Mondial 2022 ne soit pas populaire parce que le Qatar est un petit pays avec moins de deux millions d'habitants, il faut dire qu'il s'agit d'un rendez-vous de toute la région du Moyen-Orient dont les 400 millions d'habitants sont fiers d'accueillir la Coupe du monde. Comme on le voit, il n'y a aucune raison objective de retirer la Coupe du monde au Qatar. 2022 est encore loin, d'ici que la réflexion se poursuive, mais sereinement et sans passion, pour trouver la meilleure formule et la meilleure période (un mois avant juin-juillet ou un mois après, ça n'a pas une grande importance) pour l'organisation de la prestigieuse compétition que toutes les régions du monde ont le droit d'accueillir.

Lee Wellings

Roger Milla: «Cette polémique n'a pas lieu d'être»

Le légendaire footballeur camerounais était l'un des ambassadeurs de la candidature du Qatar pour l'organisation de la Coupe du monde. Nous lui avons demandé s'il n'est pas agacé par la polémique sur le Mondial 2022 attribué à ce pays. C'est effectivement une polémique, comme vous dites, mais c'est une polémique qui n'a pas lieu d'être. Le Qatar que j'ai visité a les moyens d'organiser une belle Coupe du monde. Il dispose déjà des stades modernes et est en train d'en construire d'autre. Le pays est en chantier pour accroître sa capacité hôtelière et les facilités de transport. En plus, pour la chaleur dont les Européens se plaignent, les Qataris ont réussi à changer la température dans ses stades. Mais en réalité, il faut respecter chaque pays avec ses réalités géographiques ou climatiques.

Quand les autres vont jouer en Europe, personne ne se plaint du froid. Aux Etats-Unis, il ne faisait pas moins chaud en 1994, mais ils ont réussi une belle Coupe du monde. Chez nous en Afrique, avant «Afrique du sud 2010», on disait que nous ne pouvons pas organiser la Coupe du monde. C'était la même polémique et ce pays a organisé la plus belle Coupe du monde de tous les temps, de l'avis de tous les observateurs de bonne foi. Et puis, en Occident on doit comprendre que la Coupe du monde n'est pas la Coupe d'une partie du monde, mais la Coupe du monde entier, qui peut aussi se jouer en Afrique, au Moyen-Orient et partout où il y a des facilités pour cela.

© Lee Wellings (Corresp.) | L'Actu

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