Le Cameroun peut-il s'inspirer du Brésil ?

Après une dizaine d'années sous l'éteignoir, la sélection nationale du Brésil qui a su mettre sur pied une véritable politique de reconstruction articulée autour de la jeunesse, revient au devant de la scène pour la reconquête de son trône.

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Un exemple que le Cameroun, quadruple champion d'Afrique est malheureusement incapable de reproduire à cause de ses vieux démons. Revoici les Auriverdes ! Le Brésil est entré dans la légende en remportant pour la quatrième fois la Coupe des Confédérations de la Fifa le 30 juin dernier. Sa troisième d'affilée. Pendant toutes ses sorties, la Seleção a offert un spectacle de grande qualité avec des buts dans tous les sens qui n'ont laissé personne indifférent.

Un vrai régal qui a permis à Neymar d'asseoir encore un peu plus son statut de très grande star. Le désormais joueur du Fc Barcelone avait besoin d'un déclic pour s'affirmer avec sa sélection, il a été franchi durant cette compétition et ça promet pour l'avenir. Sans surprise, les Canarinhos, ont trusté la plupart des distinctions mises en jeu. Mais cette jeunesse qui force l'admiration aujourd'hui, est le fruit de longues années de travail.

Le Brésil revient de loin. Habituée à flirter avec les sommets du monde footballistique, et ayant pour dernier fait de gloire la Coupe du monde 2002 remportée face à l'Allemagne grâce au doublé de Ronaldo, faisant suite à la victoire en Coupe du monde 1994 et la finale perdue face à la France en 1998, la Seleção n'y arrivait plus. Le tout puissant Brésil va entamer une véritable descente aux enfers.

Et pourtant, l'équipe avait sur le papier l'un des quatuors les plus redoutables au monde : Ronaldinho, Ronaldo, Adriano, Kaka. En Copa América 2007, Dunga vire toutes les stars, et change totalement l'équipe. Choix victorieux puisqu'il remportera la coupe aux dépens de l'Argentine de Leo Messi. Puis le pays remporte la Coupe des Confédérations, et empoche encore une fois des points précieux dans la course à la première place du classement Fifa. Mais quelques mois plus tard, on en venait à se demander si le Brésil n'a trouvé personne pour remplacer une génération dorée qui comptait parmi elle Rivaldo, Ronaldo, Bebeto ou Romario.

Et la catastrophe de la Coupe du monde 2010 va tout confirmer. Après être sorti du « groupe de la mort », avec le Portugal, la Côte d'Ivoire et la Corée du Nord, le Brésil gagne sans convaincre, et se qualifie avec 7 points. En huitièmes, la Seleção ne fait qu'une bouchée du Chili. Puis en quarts, elle tombe sur un os, les futurs finalistes de cette édition : Sneijder et les Pays-Bas, sur le score de deux buts à un.

Dégringolade

Conscient qu'il faut bâtir sur le long terme, c'est à Mano Menezes que revient la lourde tâche de reconstruire toute une équipe, avec une pression énorme puisqu'il va être obligé de remporter la Copa America ainsi que les Jeux olympiques avant de pouvoir espérer mener son pays à la finale du prochain Mondial. Mais l'expérience ne va pas être si bonne que prévue. Le Onze national est éliminé en quarts face au Paragal, aux tirs au but. Malgré tout, l'homme reste au pouvoir, avant des J.O qui s'annoncent plus que décisifs pour son avenir. Le sélectionneur se concentre également sur de jeunes joueurs, comme le démontre ses listes convoquées.

Le plus âgé a 25 ans. Le groupe prend de la graine, en dépit des multiples échecs. Mais au classement Fifa, c'est une dégringolade sans précédents. Rappelé en décembre à la tête d'une sélection à court de compétition et en pleine crise existentielle, Luiz Felipe Scolari, fin tacticien et meneur d'hommes, a misé sur la jeunesse, écartant les trentenaires Kaka ou Ronaldinho. Ce retour s'annonce payant avec la nouvelle vision de jeu inspirée par le technicien. Alors que la reconstruction s'annonçait longue et difficile, le nouveau patron du banc de touche refait toutes les fondations, composant une équipe beaucoup plus jeune.

Plusieurs joueurs, avec une moyenne d'âge autour de 20 ans, sont vite titularisés et montrent leur talent au grand jour à l'image de Hulk, David Luiz, Thiago Silva, Paulinho ou encore l'étincelant Neymar. Une sorte de symbiose va finir par se créer dans cette équipe, dans laquelle il fait tout de même cohabiter ses jeunes talents avec quelques joueurs d'expérience triés sur le volet comme l'ancien Lyonnais Fred, évoluant désormais dans le championnat brésilien. L'équipe se crée alors durant la saison 2012-2013, principalement lors des matchs amicaux et de préparation pour la future Coupe du monde. La symbiose et les premières traces de la maturité du collectif se révèlent lors de la Coupe de la confédération, que le pays abrite. La suite, on la connaît. Le Brésil caracole. Les premiers fruits commencent à tomber.

Désarroi

Au Cameroun, c'est le bordel dans tous les compartiments. Bienvenue au royaume du rafistolage, du saupoudrage, des replâtrages et des éternelles réformes stériles. Tous les six mois, on annonce à grandes pompes l'envie des autorités en charge du sport de faire de la sélection nationale, une équipe conquérante, une machine à gagner. Mais l'obsession de la victoire à tout prix sans diagnostic préalable, débouche inexorablement sur les conséquences qu'on connaît. La crise s'est ainsi généralisée et aucun compartiment n'est désormais épargné. L'équipe nationale fanion a mal aussi bien sur les plans administratifs, technique qu'au niveau des principaux acteurs les joueurs.

Le pays vient de manquer successivement deux coupes d'Afrique des nations après le désarroi la désillusion et tout l'opprobre qui auront animé l'absence à la plus grande messe mondiale du football qui plus est organisé en Afrique du Sud en 2010. On parle de chantier alors que l'instabilité sur le banc de touche démontre clairement qu'on court vers le naufrage. Pire, à la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) comme au ministère des Sports et de l'éducation physique (Minsep), la maffia règne en maître. Des dirigeants, plus soucieux de leurs intérêts personnels que de l'équipe, se gargarisent des succès et se plaisent à raconter les crocs-en-jambe qu'ils ont infligés à tel ou tel autre, indépendamment de l'impact de leur forfait.

Le Onze national connaît des arrivées et des départs au gré des sélectionneurs qui se succèdent à la tête de l'encadrement technique. C'est un fourre-tout. Certes, comparaison n'étant pas raison, le Cameroun devrait au moins se mettre à l'école du Brésil. La reconstruction annoncée depuis des lustres passe nécessairement par un management rigoureux et professionnel. Vivement que les autorités relancent la machine sinon le Lion qui a déjà perdu sa crinière, pourrait perdre son titre.

© Le Messager : Christian TCHAPMI

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