Interpellation d’Iya Mohammed: Bon vent aux comploteurs!

La locomotive du développement des régions septentrionales tousse. Depuis l'interpellation de son Directeur Général, Iya Mohammed, le 10 juin dernier, le personnel ne sait plus à quel saint se vouer.

image.jpg

«Le moral est très bas en raison surtout de l'incertitude qui plane autour des convocations. Chacun s'attend à être convoqué du jour au lendemain sans trop savoir ce qui lui sera demandé», explique ce cadre. A ce jour, il est vrai, une cascade d'employés de la boite a été invitée à déferrer à des convocations au Secrétariat d'Etat à la Défense à Yaoundé. Abdoulaye, caissier à la Direction générale et Fouagou Jean, chef service de stock et Secrétaire de la Commission de passation des marchés, ont ouvert le bal. Ils ont été interpellés à Garoua, quelques heures seulement après l'interpellation de leur Directeur Général. Des billets d'avion leur ont été remis par la compagnie de gendarmerie de Garoua et ils ont rejoint Yaoundé le même jour. Ils sont toujours dans la capitale, à la disposition des enquêteurs.

D'autres ont suivi le 14 juin. Il s'agit du Directeur des Ventes, Mahamat Karagama, du Directeur comptable, Lucien Fotso, du chef service des opérations financières Hamadou Souaibou. A ce groupe, il faut ajouter Aloys Ntjam, chef de la division des huileries, Bayeck André, contrôleur à l'Inspection générale. Saly Oumarou, Directeur financier et Hamidou Mal Oumar, Directeur des Affaires générales, eux, ont été convoqués le 17 juin. A l'exception du Directeur général adjoint, Henri Clavier, la quasi-totalité de l'équipe dirigeante de la Sodecoton se retrouve donc au SED. Lucien Fotso, à la différence des autres, est privé de liberté parce que placé en garde-à-vue dans la soirée du 14 juin. Cette situation n'est pas sans incidence sur le fonctionnement de l'entreprise.

La Commission de passation des marchés est par exemple totalement paralysée. Et pour cause, son Président Hamidou Mal Oumar et son Secrétaire, Fouagou jean, sont au SED. Pour se ravitailler en carburant auprès de Tradex, la semaine dernière, il a fallu faire preuve de beaucoup d'ingéniosités... Au-delà, c'est la campagne cotonnière 2013-2014 qui est tout simplement compromise. Les semis doivent être déposés dans tous les champs et mis en terre par les planteurs avant le 30 juin 2013. Certes certains planteurs peuvent traîner les pieds jusqu'au 15 juillet, mais dans ce cas, il faudra croiser les doigts pour que les pluies ne s'arrêtent pas avant le 15 octobre, faute de voir la récolte compromise.

Or, devant le blocage du fonctionnement de la Commission de passation des marchés, le carburant risque de se faire rare et le brouhaha des mouvements des véhicules de la Sodecoton de moins, en moins perceptible dans les champs.... «Les gens n'ont pas conscience de la grave situation dans laquelle se trouve l'entreprise et les régions septentrionales. Ceux qui ont manœuvré dans l'ombre pour l'interpellation du Directeur Général n'ont pas de plan B et se fichent de l'intérêt de l'entreprise. A moins que leur intention ne soit de tuer la seule société qui marche dans la région et autour de laquelle gravitent près de deux millions de personnes», avoue, dépité, un cadre.

Dans cette ambiance morose, beaucoup doutent que les prévisions de la campagne cotonnière de cette année puissent être réalisées. L'entreprise espérait pourtant atteindre 280.000 tonnes et poursuivre sur une dynamique que même les sévères inondations de l'année dernière n'ont pu ralentir. «Nous avons déjà, comme c'est de coutume, vendu une partie de la production. Je ne suis plus certain que nous puissions même respecter nos contrats à cette allure», explique un cadre de la boite. Pis, depuis l'interpellation du Directeur Général de la Sodecoton, la réaction des producteurs est scrutée à la loupe. «Nous attendons de connaître la suite. S'il est inculpé, nous allons aviser comme nous l'avons toujours dit depuis le début. Si nous n'avons plus confiance dans l'entreprise, nous ne pourrons plus produire et si nous ne produisons plus... Personne n'est dupe, depuis le début de cette affaire, il n'a échappé à personne qu'il s'agit d'un règlement de compte en rapport avec la Fécafoot et on brandit la Sodecoton, notre entreprise, pour atteindre des objectifs connus. Personne ne nous fera changer d'avis sur ce que Iya Mohammed est un manager exceptionnel», soutient un des signataires de la motion de soutien des producteurs au Dg de la Sodecoton après la publication du rapport du Conseil de discipline budgétaire et financière (Cdbf). Chez le personnel, l'expectative règne, «Lors du dernier Conseil d'administration, nous avons envoyé une lettre aux administrateurs dans laquelle nous avions exigé un audit indépendant sur la période auditée par le Cdbf. Les administrateurs ont répondu favorablement à cette requête et sans même attendre que ledit audit soit lancé, ceux qui veulent tuer la Sodecoton ont pris les devants pour organiser l'interpellation du Directeur Général. Une grève n'est pas à exclure à court terme», indique un Délégué du personnel. Même les administrateurs de la Sodecoton sont désormais dans le collimateur des comploteurs. Quelques heures après l'interpellation du Dg de cette entreprise, un haut responsable du Secrétariat général de la présidence de la République a cru bon d'interpeller le Président du Conseil d'administration de la Sodecoton, Gambo Haman, sur le quitus donne à Iya Mohammed lors du dernier Conseil d'administration tenu à Yaoundé le 23 mai dernier. Or l’Etat était bel et bien représenté par les administrateurs, lesquels non seulement ont validé le quitus mais entériner une résolution qui désavoue subtilement le rapport du Cdbf.

L’on prête désormais au Secrétariat général de la présidence de la République; Ferdinand Ngoh Ngoh, des manœuvres en vue de la désignation de nouveaux administrateurs de l’Etat à la Sodecoton et d’un nouveau Président du Conseil d’administration «La Présidence de la République veut bien convoquer un Conseil d'administration extraordinaire pour remplacer Iya Mohammed, mais comment faire avec des administrateurs qui viennent de donner cartes blanche à quelqu'un dont on ne veut plus voir la tête? En plus, il faudra donner des réponses satisfaisantes à Geocoton qui dispose de 30% de l'actionnaire et de la minorité de blocage. Encore faudrait-il que l'entreprise consent à venir siéger», indique un administrateur. Pourtant, l'entreprise saurait rester indéfiniment dans cette situation.

MALAISE

Depuis l'interpellation d’Iya Mohammed, le malaise est à son comble dans le Grand-Nord. L'atmosphère est lourde. Partout l'idée d'un complot contre les ressortissants des régions septentrionales prédomine. «Je suis malheureux. Je ne sais plus où va mon pays» regrette Mohamadou Souaibo enseignant à Garoua. «Si le gouvernement avait eu la même générosité à saisir les tribunaux après les rapports du Cdbf concernant Gervais Mendo Ze, Bruno Bekolo, Jean Tabi Manga, Jean Jacques Ndoudoumou et autres, il n'y aurait pas eu ce sentiment d'injustice, de persécution qui habitent les nordistes.

L'opportunité des poursuites appartient au ministère public, soit. Mais ça saute à l'œil que c'est un règlement de compte, juste parce que c’est un ressortissant du Nord». regrette Habouba, un responsable local du Rdpc dans la Bénoué. «Nous connaissons les comploteurs et leurs affidés. Ceux qui sont à la manette sont bien identifiables. Le chef d'équipe se nomme Ferdinand Ngoh Ngoh, Secrétaire Général de la présidence de la République. Philippe Mbarga Mboa, Grégoire Owona, Adoum Garoua, tous membres du gouvernement, sont ses lieutenants John Ndeh et bien d’autres parmi lesquels figurent des nordistes, sont des marionnettes que l’on agite pour en venir à des objets bien identifiés. Une vérité finira un jour par éclater» conclut Mohamadou Souaïbou.

© RAOUL GUIVANDA | L'Oeil du Sahel

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau