Idris Carlos Kameni. On ne donne jamais trop à sa nation tant qu'on est encore capable

Footballeur aux 70 sélections, le gardien de buts des Lions indomptables parle de sa vie sur le banc de touche de Malaga, de ses rêves avec l’équipe nationale fanion, ses relations avec Samuel Eto’o et de la participation du Cameroun au Mondial 2014.

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Comment l’année 2014 a-t-elle commencé dans votre club et dans votre famille en Espagne ?

Merci d’abord de vous intéresser à ma modeste personne. L’année a commencé en demi-teinte, dans la mesure où l’équipe n’arrive toujours pas à décoller.

Il y’a deux semaines Malaga s’est fait massacrer par le Rayo Vallecano (4-1). Comment avez-vous vécu cette lourde défaite ?

Aucune défaite n’est facile à vivre et encore moins quand on se trouve sur le banc, impuissant. Vous comprenez que c’est dur.

Est-ce que vous vous êtes dit que si c’était vous dans les goals les choses se seraient passées autrement ?

Tout remplaçant pense qu’il peut apporter quelque chose de différent que celui qui est sur le terrain. C’est comme ça chez tout footballeur.

Depuis prés de huit mois, vous vivez les matchs sur le banc de touche de Malaga. C’est dur ou alors vous attendez gentiment que vienne votre « jour de gloire » ?

C’est toujours dur de ne pas jouer, mais professionnellement on se doit de respecter les choix de l’entraîneur.

Ne vous est t-il pas arrivé de penser aller faire vos preuves ailleurs ?

S’il s’agit d’y penser c’est parfois le cas. J’y pense souvent. Maintenant il faut que les choses se fassent dans un bon timing pour tout le monde, mon club et moi-même.

Votre « isolement » sur ce banc s’est renforcé depuis le départ de Mathieu Pellegrini pour Manchester City. On dirait que vous n’entrez pas dans les plans de Bernd Shuster…

Ecoutez, c’est une décision purement administrative au vu de la situation économique du club qui ne souhaite pas conserver les plus gros salaires dont je fais partie. Je suis footballeur et je me dois de respecter les choix du coach.

Est-ce que le fait de ne pas être compétitif en club ne vous écarte pas d’une éventuelle convocation chez les Lions indomptables ?

C’est vrai que le manque de temps de jeu est un facteur qui peut influer sur cette sélection mais si nous prenons des exemples comme en équipe espagnole on voit que ce n’est pas le cas. Après il y a aussi une question essentielle de l’expérience et du fait d’être habitué à participer à de grandes compétitions. Donc, je pense que les choses ne sont pas fixées pour le moment.

Pensez-vous déjà au match amical du 05 mars prochain contre la sélection nationale du Portugal ?

J’y pense comme tout joueur susceptible d’être sélectionné. C’est comme ça dans la tête. D’autant plus que c’est un rendez-vous important pour la préparation de la sélection.

Et si finalement le coach ne vous convoquait pas ?

Je continuerai à travailler comme je le fais dans l’attente de la liste finale.

A votre poste, il y’a pour le moment trois sérieux concurrents : Charles Itanje, Guy Rolland Ndy Assembe et Sammy Ndjock. Que pensez-vous d’eux ?

Ce sont de bons gardiens. S’ils sont arrivés à ce niveau c’est qu’ils ont du potentiel.

Craignez-vous d’être « renversé » par l’un de ces jeunes dont les dernières titularisations et la régularité en club constituent un argument de poids pour le sélectionneur national ?

Ce n’est pas une crainte. Vous savez, comme toute chose à un début et une fin, quelqu’un prendra ma place de titulaire incontesté un jour comme je l’ai fait envers mes prédécesseurs. C’est dans l’ordre naturel des choses. On n’a pas à en rougir. Néanmoins, cela ne constitue pas une crainte, il s’agit juste de faire jouer objectivement la concurrence.

Quels rapports entreteniez-vous avec votre jeune compatriote et ancien coéquipier en club Fabrice Olinga qu’on présente comme le futur Samuel Eto’o de l’équipe nationale?

Nous avons de bonnes relations de grand frère à petit frère. Tout se passait bien ici jusqu’à son départ. Vous savez, Samuel Eto’o est unique, il ne pourra jamais y en avoir deux. Fabrice a des qualités sur le terrain qu’il doit continuer de travailler pour arriver au plus haut niveau.

Vous donnez l’impression d’être un saint alors qu’on vous accuse d’être parmi les instigateurs du « grand bordel » de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. C’est vrai ?

Sincèrement, cette histoire a déjà fait couler beaucoup d’encre, et la suite des évènements a montré que ce n’était absolument pas le cas. Souffrez que je vous réponde ainsi. Car ce qui est le plus important c’est de s’être rendu compte que je n y étais pour rien.

Aviez-vous refusé de jouer un match au Mondial 2010 ?

Pas du tout.

Le Cameroun partage la poule A avec le Brésil, pays organisateur, la Croatie et le Mexique. Les Lions ont-ils une chance de passer au premier tour ?

Oui tout à fait. Même si nous nous retrouvons dans l’un des groupes les plus difficiles de la compétition, l’équipe du Cameroun possède de grands joueurs capables de hisser haut le drapeau du Cameroun. Je pense que ce serait une fierté nous et pour tout le peuple camerounais qui nous a toujours fait confiance.

Sauf que, les Camerounais, dans leur écrasante majorité estiment que vous avez suffisamment donné pour le drapeau et que vous êtes vieux…

Je répondrai à ceux-là que les gardiens de but ont les capacités pour jouer très longtemps, et je ne citerai que Buffon à titre d’exemple. Je dirai aussi qu’on ne donne jamais trop à sa nation, et que tant qu’on est capable de le faire c’est un devoir. J’ai aussi la chance de rencontrer beaucoup de mes compatriotes qui me manifestent leur soutien alors je reste confiant pour l’avenir.

On vous disait en froid avec Samuel Eto’o au lendemain de la Coupe du monde 2010. Avez-vous fumé le calumet de la paix ?

Dans toute relation, il y a des moments où on doit mettre certaines petites choses au point quand c’est nécessaire. Cela a été les cas et depuis lors tout est rentré dans l’ordre. Il n ‘ya aucun problème.

Après 14 ans passés au sein des Lions indomptables, qu’est-ce qu’on ressent ?

C’est vrai qu’aujourd’hui cela fait 14 ans. 14 belles années faites de haut et de bas comme toute carrière de professionnel. Mais ce que je ressens, c’est beaucoup plus de la fierté, l’amour de mon pays ; cette joie indescriptible et ce sentiment de devoir accompli pour avoir contribué à faire connaitre et reconnaître notre pays dans le milieu du football international.

Entretien avec Christian TCHAPMI

@Le Messager

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