Fécafoot: Les dessous d’une élection aux forts relents de corruption

Scandales à répétition, bourrage des urnes, auditions au Sed, révélations en fanfare, méprise du Code électoral, rebondissements sans fin…

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Une vingtaine d’administrateurs soupçonnés d'avoir perçu des pots de vin pour soutenir la candidature de Marlène Emvoutou à la présidence de la Fédération camerounaise de football le 19 juin dernier, seront auditionnés dans les prochains jours par la Commission de discipline, d'éthique et de règlement des litiges de la Fécafoot. Du rififi au siège de la Fécafoot ce mercredi 19 juin 2013. Il est environ 22h.

L’Assemblée générale élective de la Fécafoot tire vers sa fin. Jean Claude Alima, le président de la Commission électorale fédérale est en train de proclamer le verdict des urnes lorsqu’il est brusquement interrompu par Marlène Emvoutou, debout dans un coin de la salle. « Je vous interdits de prononcer mon nom. Vous n’avez pas le droit après toute cette mascarade que vous venez de faire. Nous avions tous convenu que nous allons nous soumettre aux consignes du Premier ministre mais après, vous m’avez séquestrée pour m’obliger à prendre part au vote qui était pourtant prévu demain.

Vous êtes tous des corrompus et je tiens à vous le dire », argue-t-elle en qualifiant tous les autres délégués de l’Assemblée générale de traîtres. La véhémence de la jeune femme n’entame pas pour autant la sérénité de l’homme de droit qui poursuit son discours jusqu’à la fin. Dix minutes plus tard, l’Ag est terminée et l’heure est aux compliments à l’endroit des membres du nouveau bureau exécutif fraîchement élu. Accolades et éclats de rires se mêlent dans cette ambiance post-électorale. Alors que les délégués regagnent progressivement l’extérieur de la salle pour prendre un bol d’air et mieux savourer la victoire de la liste qui a été plébiscitée à plus de 80%, la même Marlène Patience Emvoutou, noire de colère saisit par le collet Pierre Batamack, élu 3e vice-président et se met à crier à tue-tête : « remets-moi mon argent.

Tu vas me remettre mon argent. Ça c’est de l’escroquerie et je ne peux pas te laisser me faire ça. (…) remets-moi mon argent ». Au début, les quelques rares hommes de médias encore présents sur les lieux tendent à banaliser la scène, pensant qu’il s’agit d’une plaisanterie de mauvais goût. Mais à voir l’insistance de Marlène Emvoutou qui « bondit sur sa proie », on devine vite que l’histoire est plus sérieuse qu’on ne le pense. L’ancien président de la commission nationale du football jeune, tente lui, de narguer son agresseur. « Tu as remis ton argent à qui ? Tu m’as donné quelque chose ? (…) De grâce, Marlène. Comporte-toi en personne civilisée s’il te plaît », lâche-t-il avant de filer à l’anglaise.

Entourloupe

Selon des proches de Marlène, Batamack aurait, de connivence avec certains de ses pairs, promis de « tout faire lors des élections pour accorder ne fusse qu’un poste de vice-présidente à Mme Emvoutou moyennant une somme qui tourne autour de plus 10 millions Fcfa ». Le deal conclu, la candidate n’attendait plus que tout se déroule comme prévu afin qu’elle puisse (enfin) accéder au très sélectif bureau exécutif de la Fédération. La présidente de la Ligue régionale du Sud n’a constaté l’entourloupe qu’après le scrutin car personne de ses créanciers n’a respecté ses engagements dans la salle de vote.

Courroucée, elle va porter plainte contre plusieurs membres de l'Assemblée générale de la Fécafoot pour « escroquerie » et « abus de confiance aggravée ». Résultat : jeudi dernier, Pierre Batamack, Dieudonné Ghomsi, le président de la Ligue départementale de football du Koung-khi à l'Ouest, Lambert Yodiodi Emebé, membre de l'Assemblée générale ainsi que René Mpondo Black, le secrétaire général de la Ligue régionale de football du Littoral vont être auditionné au Secrétariat d'Etat à la Défense chargé de la gendarmerie. A l’issue de l’interrogatoire, tous vont avouer avoir perçu des sommes d'argent allant de 200 000 Fcfa à 2 millions Fcfa en échange de leurs votes pour la candidate Marlène Emvoutou. Si certains jurent qu’ils croyaient à une simple motivation, d’autres se fendent en révélations fracassantes. Libérées après paiement des sommes indument perçues, les principaux accusés, restent tout de même à la disposition de la justice pour complément d'enquête ; pendant que d'autres responsables de la Fécafoot sont recherchés pour les mêmes motifs. Entre temps, Marlène Emvoutou décide de vider son sac sur la toile. Vendredi 21 juin 2013, elle publie sur sa page facebook un message renversant.

Urnes bourrées

Morceaux choisis: « Bonjour a tous. Juste pour vous apprendre que jusqu’à a ce jour la Fécafoot n'a pu payer les frais de missions des délégués. Ceux-ci ont trouvé un moyen plus intelligent. Ils sont venus me voir pour me proposer d'être leur tête de liste, contre des sommes énormes. Voici la décharge du délégué du littoral, interpellé avec monsieur Pierre Batamack, ce matin ». Et de poursuivre, « s’agissant de l'élection, j'ai été conviée à une réunion au premier ministère pour des préalables entre les différentes parties. A l'issue de cette dernière il était question de rentrer rencontrer les électeurs pour leur faire part des termes du consensus. Dès que nous sommes entrés en salle en compagnie du ministre des sports, l'élection devant avoir lieu aujourd’hui a 8heures; pendant que nous sortions, les portes ont été fermées a double tour et les clés ont disparu. J'ai demandé à sortir, le magistrat Alima Jean Claude m'a empêchée de sortir et ils ont bourré les urnes...», écrit-elle non sans confier qu’elle a déboursé 20 millions pour organiser l'élection de Iya Mohammed. C’est dire qu’on n’est pas encore sorti de l’auberge.

Christian TCHAPMI

Focal: L’arbitrage de la Commission fédérale des recours attendu

Marlène Emvoutou n’est pas prête d’abdiquer. La candidate déchue qui défraie la chronique depuis quelques jours, a saisi la Commission électorale de recours de la Fécafoot pour dénoncer les irrégularités qui ont entaché l’Assemblée générale élective du 19 juin dernier. La présidente de la ligue régionale du Sud qui articule son argumentaire autour de trois mobiles, crie à un hold-up électoral puisque, écrit-elle, « l’accès des membres dans la salle de conférence du siège de la Fécafoot à 18h a été présenté aux membres de l’Assemblée générale comme une rencontre avec le ministre des Sports pour prendre connaissance des résolutions de la tripartite organisée par le Premier ministre entre les camps John Begheni Ndeh, Fécafoot et moi-même.

A la sortie de celui-ci les portes ont été barricadées (…) » S’agissant de la procuration délivrée par Iya Mohammed à Aboubakar Alim Konaté, Emvoutou conteste l’authenticité de ce document, et sa force probante. « La procuration a été signée le 07 juin 2013 pour une date de tenue de l’assemblée non spécifiée sur le document compte tenu du fait que M Iya a convoqué le 04 juin 2013 une Assemblée générale élective pour le 11 juin 2013, il ne pouvait pas prévoir une indisponibilité le 19 juin. Cette procuration perd sa force probante le 19 juin 2013 », explique-t-elle.

Quid des procédures de l’élection ? La plaignante déclare que « le Code de procédure électorale n’a nullement été respecté, puisque l’appel et la vérification des noms des votants n’a pas été faite avant l’accès en salle, la présence dans la salle de l’élection des personnes non membres de l’Assemblée générale qui ont voté en lieu et place de certains membres ».

© Christian TCHAPMI | Le Messager

Commentaires (1)

1. KOUOH Patrick 25/06/2013

Mon Dieu que voulez de plus mes chers compatriotes, on dirait une élection à la base de celles que nous avons l'habitude de constater au sein de notre si belle nation le Cameroun comme celle là que le parti en place a l'habitude de nous mettre en évidence au travers des bourrages des Urnes depuis la nuit des temps.
Heureusement cette femme de caractère bien qu'elle reconnaisse qu'elle a fauté nous fait comprendre en fait comment se déroulent les élections au sein de la Fecafoot sous les relents de fraude et de corruption où se trouve en ce moment leur fameux porte parole si ce n'est dire communicateur pour dénoncer ce type d'irrégularités si ce n'est qu'il y trouve tout simplement son compte et en plus un Magistrat un homme de loi qui y prendre part également. Mais où va notre pays mais qu'est-ce qui nous arrive dans ce pays que nous aimons tous et souhaitons que les choses puissent évoluer comme nous le souhaitons et pour le bien être des populations futures. Que Dieu vous bénisse tous et toutes. Il y a un temps pour tout dans la vie et la colère du Tout-Puissant est lente mais finit par agir de toutes les façons. Quatre vingt dix neuf jours pour le voleur et un jour pour le propriétaire. Pouvons nous de nouveau avoir confiance pour les Hommes qui occupent les postes de responsabilités dans notre pays? That is the question?

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