Election à la Fécafoot: Le Cameroun dans le collimateur de la Fifa

L'Assemblée générale élective de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) prévue le 25 mai 2013, à Yaoundé, n'a pu se tenir en raison de «problèmes de sécurité» évoqués par le gouvernement.

L'Assemblée générale élective de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) prévue le 25 mai 2013, à Yaoundé, n'a pu se tenir en raison des «problèmes de sécurité» évoqués par le gouvernement. Et du coup, la Chambre de conciliation et d'arbitrage du Comité national olympique et sportif du Cameroun, visiblement manipulée, a invalidé la candidature du Président sortant de la Fécafoot, Iya Mohammed.

Une décision que n'approuve pas l'instance dirigeante du football mondial. Des sanctions en vue. Les événements se sont enchaînés à la vitesse de l'éclair. Le 24 mai 2013, le Président de la Fécafoot a pris part à une réunion présidée par le Premier Ministre, chef du gouvernement, dans ses services. Y ont également assisté le Secrétaire Général de ses services, le Ministre des Sports et de l'Education physique, le Ministre délégué auprès du Ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, le Délégué général à la Sûreté nationale, le Directeur central de la coordination à la gendarmerie nationale représentant le Secrétaire d'Etat à la Défense, le Président du Comité national olympique et sportif du Cameroun.

Au cours de cette réunion, ces autorités ont invoqué le climat de «haute tension» qui entoure la tenue de l'élection à la présidence de la Fécafoot. Il a été demandé au Président de la Fécafoot de surseoir à la tenue de l'Assemblée générale du 25 mai 2013. Iya Mohammed a demandé et obtenu d'avoir une consultation préalable avec les membres de l'Assemblée générale. Mais, coup de tonnerre! Avant que ladite consultation ne se tienne, la Cameroon radio and télévision, la chaîne publique, dans ses éditions de journaux, a annoncé la décision du gouvernement de suspendre la tenue de l'Assemblée générale élective.

Par le même canal, a été lue la décision de la Chambre de conciliation et d'arbitrage du Comité national olympique et sportif du Cameroun (Cnosc), invalidant la candidature d’Iya Mohammed à la présidence de la Fécafoot, au motif que l'homme est sous le coup des sanctions administratives du Contrôle supérieur de l'Etat. Un extrait du plumitif de l'audience tenue le 24 mai précise à ce sujet que «la Chambre, statuant contradictoirement à l'égard des parties, déclare irrecevable la candidature de Iya Mohammed pour cause d'inéligibilité; dit la présente sentence exécutoire sans délai». Cette décisio, prise à la hâte à moins de 24 heures du déroulement du scrutin initialement prévu le 25 mai dans un hôtel de Yaoundé, est lourde de conséquences.

En effet, elle met hors course tous les candidats, John Begheni Ndeh (ancien 1er Vice-Président un autre candidat à la présidence de la Fécafoot) étant lui-même élu dans le Nord-Ouest et Marlène Emvoutou dans le Sud. De même, les Assemblées générales électives dans toutes les régions du pays à l'exception de celle de l'Ouest ont été annulées. La «menace» sur la sécurité avancée par les autorités camerounaises est à peine croyable. Tout le monde sait depuis au moins trois mois que l'Assemblée générale élective de la Fécafoot a toujours été une réunion à «haut risque».

Alors, il serait difficile de croire que le gouvernement, qui dispose de moyens de coercition efficaces (police, gendarmerie, armée, forces spéciales d'intervention...) est incapable de maintenir de l'ordre au cours d'une simple réunion à laquelle prennent part des électeurs constitués essentiellement des 105 délégués convoqués, dont 90 venant des dix régions, 10 issus des commissions spécialisées et cinq représentants des clubs de première et deuxième division. Comment un pays qui envisage organiser la Can 2017 se déclare incompétent lorsqu'il faut assurer la sécurité d'une centaine de personnes à peine? D'où la question de savoir si c'est un problème de personne, une cabale contre Iya Mohammed dont les résultats depuis 14 ans parlent d'eux-mêmes à la Fécafoot?

Président de la Fécafoot depuis 1998, Iya Mohammed a conduit le Cameroun aux sacres continentaux lors des éditions 2000 et 2002 de la Coupe d'Afrique des nations de football, ainsi que la médaille d'or aux Jeux olympiques de Sidney (Australie) en 2000. Cette semaine, le Président de la Fécafoot est invité pour assister aux travaux de l'Assemblée générale de la Fifa en Suisse. De même, ses pairs africains, dans leur grande majorité lui ont adressé leurs encouragements. Enfin, tous les administrateurs de la Fécafoot se disent solidaires de la gestion d'Iya Mohammed. Y-a-t-il meilleure preuve pour montrer la crédibilité d'un homme sur l'échiquier national et international?

Le Cameroun menacé de suspension

La position inopportune du gouvernement de suspendre le processus électoral à la Fédération camerounaise de football a énervé l'émissaire de la Fifa et de la Caf, Adoum Djibrine, ancien Président de la Fédération tchadienne de football, aujourd'hui cadre de la Banque mondiale en service à Kinshasa. «Un gouvernement qui ne parvient pas à assurer la sécurité d'une centaine de personnes qui veulent tenir une réunion, c'est curieux ça», a-t-il réagi. Adoum Djibrine était déjà présent à Yaoundé, pour superviser l'élection du 25 mai dernier. Son rapport officiel sera adressé cette semaine aux autorités de la Fifa à Zurich. Il y a de fortes chances que le Cameroun soit suspendu de toutes les compétitions internationales à cause de l'immixtion du gouvernement, qui avance masqué, dans ce complot contre la Fécafoot, notamment son Président, Iya Mohammed.

La Fédération internationale de football association (Fifa), lève le ton afin de mettre fin au bras de fer qui oppose le gouvernement du Cameroun à la Fédération nationale de football. La décision du gouvernement de suspendre le processus électoral et sa mise en œuvre par les différents Préfets et Sous-Préfet ne manque pas d'irriter Zurich, car il s'agit d'une ingérence dans les affaires internes de la Fécafoot qui doit être seule, à même de prendre des décisions conformément à ses textes. Les articles 13 et 17 des statuts de la Fifa exigent en effet des associations membres qu'elles gèrent leurs affaires de façon indépendante et sans l'ingérence d'aucun tiers, faute de quoi elles sont susceptibles d'être sanctionnées», poursuit le courrier estampillé de la Fifa. En effet, la Fifa estimerait que cette décision est une violation des statuts de la Fécafoot qui l'avait informé de son calendrier électoral, longtemps à l'avance (le 23 janvier 2013).

Les statuts de la Fifa disposent en outre que les associations membres doivent diriger leurs affaires en toute indépendance et veiller à ce qu'aucun tiers ne s'immisce dans leurs affaires. L'article 17 alinéa 2 des mêmes statuts de la Fifa dispose quant à lui: «les organes des membres ne peuvent être désignés que par voie d'élection ou de nomination interne. Les statuts des membres doivent prévoir un système leur assurant une indépendance totale lorsqu'ils procèdent aux élections et nominations». Faute d'éléments concrets prouvant la fin de l'ingérence ministérielle, le Cameroun sera suspendu de toute compétition durant au moins trois ans, selon certaines indiscrétions.

© Nadine Bella | La Météo

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