Cameroun - Roger Milla: «Le Cameroun a besoin d’un entraîneur compétent pour le Mondial»

L’ambassadeur itinérant analyse les chances de qualification des Lions indomptables à la Coupe du monde Brésil 2014.

Milla roger fb35 ns 600

Votre ancien coéquipier, Pius Essa vient d’annoncer son jubilé qu’il célèbre le 27 et le 28 décembre prochain. Pourquoi le Fondation cœur d’Afrique a-t-elle accepté de parrainer cet événement ?

Pour la simple raison que j’ai trouvé ce projet salutaire. Toutes les anciennes gloires devraient d’ailleurs suivre cet exemple car lorsqu’on décide de mettre fin à sa carrière internationale, on doit organiser un jubilé pour communier avec son public et lui dire : « je quitte les choses. Je ne suis plus là ». Malheureusement, d’aucuns pensent que le jubilé est un moyen pour eux de se remplir les poches. Ce qui est une erreur. J’ai surtout accepté que la Fondation Cœur d’Afrique parraine cet événement parce qu’à l’occasion, il va procéder à l’inauguration d’un grand hôpital qu’il a construit à Buéa. Ce qui est en soit une bonne nouvelle pour les populations de cette ville de la région du Sud-ouest mais aussi celles du Littoral et de ses environs. Elles ont désormais un endroit où l’accès aux soins est garanti. C’est un projet qui a du cœur et je l’encourage.

Le Cameroun, à l’issue du tirage au sort du Mondial 2014, a hérité de la poule A où sont logés le Brésil, le Mexique et la Croatie. Quelle analyse faites-vous de ce groupe?

Je pense que contrairement à ce que d’aucuns soutiennent, ce n’est pas une poule qui fait si peur que ça. C’est beaucoup plus un problème de bonne organisation technique et psychologique qu’une affaire de grandes équipes. Il va falloir que nous allions au Mondial étant bien préparés et sur tous les plans. Car il ne faut pas perdre de vue que la Coupe du monde ce n’est pas la Coupe d’Afrique, encore moins le Chan ou la Coupe de la Cémac. Il s’agit d’une compétition où seules les grandes nations ont droit au chapitre. La seule inquiétude pour ma part, réside dans la préparation. Le Brésil, pays hôte, a pris du temps pour bien se préparer: elle y a consacré quatre ans. Et les résultats sont là. Elle a une équipe dynamique qui sera difficilement domptable à domicile. Quant à la Croatie et au Mexique, je pense sincèrement que ce sont des adversaires prenables pour les Lions indomptables. Mais pour y arriver, il faut bien se préparer et surtout avoir un bon entraîneur qui va conduire la sélection à la victoire.

Mais le Cameroun en a déjà un: Volker Finke qui a qualifié les Lions … Qui le connaît ?

C’est dans les médias, c’est par vous les journalistes que j’ai écouté ce nom la première fois de ma vie. J’ai même demandé à des amis et des anciens coéquipiers qui m’ont dit qu’ils ne le connaissent pas. J’ai appris qu’avant la sélection nationale du Cameroun, il n’avait plus entraîné une équipe de D1 comme de D2 depuis au moins 20 ans. C’est ce genre d’entraîneur que vous voulez pour le Cameroun ? Mais soyons quand même sérieux. Je vous l’ai dit, il suffit aux Lions indomptables pour passer au second tour, une bonne préparation avec un staff technique à la hauteur des attentes.

Et si en voulant absolument trouver un nouvel entraîneur, on tombait sur un aventurier ?

Carlos Ancelotti n’est-il pas un grand entraîneur ? De quoi vous me parlez là ? Ne faisons pas comme si ce sont des grands entraîneurs compétents qui manquent. C’est même le moment idéal pour déjà songer à trouver un grand coach qui a du charisme et qui saura détecter de bons joueurs pour l’équipe du Cameroun. On a vu des sélections qui recrutent un sélectionneur à trois ou quatre mois ; et cela a produit des fruits. J’espère que le gouvernement qui s’occupe de ces questions m’écoutera cette fois parce que je ne voudrais pas qu’après la Coupe du monde, on revienne dire que Roger Mill avait raison. A ce moment-là, il se fera déjà tard.

Pourquoi pensez-vous qu’il nous faut absolument un nouvel entraîneur ?

Mais regardez l’équipe. Il nous avait promis de détecter de nouveaux talents. Nous, on ne voit rien. Il est temps de fouiller, de détecter et de trouver de bons joueurs aux bons postes. Certes, nous n’avons plus beaucoup de période Fifa avant la Coupe du monde, mais tout est encore possible si on décide de tout miser sur la préparation. Il nous faut trouver un bon joueur qui va assurer au poste de latéral droit où on est obligé tout le temps d y reconvertir des latéraux gauches ou des stoppeurs. Il faut y songer et c’est maintenant qu’il faut le faire. Je crois qu’en dehors de ce poste, le reste de l’équipe est rassurant : il n’y a pas lieu de s’affoler.

A vous entendre, Volker Finke n’est pas l’homme de la situation… Lorsque je vous dis qu’il n’est pas tard de trouver un entraîneur, vous semblez prouver le contraire. N’est-on pas allé chercher un certain Paul Le Guen pour le Cameroun à trois mois du Mondial 2010 ? Au point de le payer à coup de centaines de millions de nos francs. De quoi vous parlez ?

Si on estime que Finke va rester, qu’on fasse donc comme en 1984, à la veille de la Coupe d’Afrique des nations en Côte d’Ivoire : qu’on lui associe quelques anciennes gloires du football camerounais qui vont non seulement lui prêter main forte, mais qui vont lui dire « attention, ici c’est le Cameroun ». Là, il ne fera que son travail et vous verrez les résultats. Quoiqu’il en soit, il revient au gouvernement d’en décider. Moi, je ne dis que ce qui est vrai, j’attire l’attention sur la situation de notre équipe fanion.

Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid est décédé. Vous qui l’avez rencontré de son vivant, quel image gardez-vous de lui ?

C’est vrai, j’ai rencontré Nelson Mandela quatre fois de son vivant en Afrique du Sud. Nous avons discuté pendant une heure en tête à tête et nous avons échangé des maillots. Et j’estime que c’est un privilège pour tout homme d’avoir côtoyé une légende de la trame de Mandela. La nouvelle de son décès m’a laissé sans voix mais je crois que des gens de sa carrure se comptent au bout des doigts sur cette terre. Pour moi, il restera une légende pour l’Afrique et le monde entier.

La dernière actualité concerne le président du Comité de normalisation de la Fécafoot qui rêve de voir son bail proroger. Un commentaire ?

Pas vraiment. Si on veut le proroger, qu’on le proroge. Ça n’engage que l’Etat. Pour ma part, l’essentiel c’est qu’on nous toilette les textes de la Fécafoot, qu’on organise des élections transparentes afin qu’on sache qui sont ceux qui vont désormais diriger notre football. Voyez-vous, le football jeune n’existe plus dans notre pays. Où sont passées les catégories minimes, cadets, etc ? Nous voulons d’un football structuré car ce n’est qu’à travers cette bonne organisation que le foot a de l’avenir. Vivement que les exemples du Ghana et du Nigeria nous inspirent.

Entretien avec Christian TCHAPMI

© Christian TCHAPMI | Le Messager

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau