Cameroun/Football - Roger Milla: «Pas d’entraîneur étranger à la tête de notre équipe fanion»

Invité à la dédicace de l’ouvrage « les crimes du football camerounais » d’Alain George Betsi, vendredi dernier, l’ambassadeur itinérant en a profité pour commenter l’actualité sportive au Cameroun.

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De la recherche d’un entraîneur sélectionneur, à la crise qui secoue la Ligue de football professionnel en passant par les élections controversées à la Fédération camerounaise de football, le footballeur africain du siècle se lâche.

L’actualité sportive ces dernières semaines tourne autour de la recherche d’un nouvel entraîneur sélectionneur pour les Lions indomptables. Une mission a d’ailleurs été dépêchée en Europe pour auditionner trois candidats. Qu’en pensez-vous?

Dites à cet entraîneur qui s’apprête à débarquer au Cameroun de rebrousser chemin sinon nous allons le tabasser avant de le refouler chez lui. Nous ne pouvons pas accepter ces ennemis du pays. D’ailleurs je vais vous le dire, la Fédération n’a aucun droit de désigner un entraîneur sans l’avis de l’Etat. C’est l’Etat qui paye l’entraîneur ; pas la Fédération. La Fécafoot n’est que l’organe technique qui protège et encadre l’entraîneur par rapport au contrat qu’il signe et en informe la Fifa. La Fédération peut même envoyer 10 ou 30 noms dans la short list qu’elle transmet au ministère. Ce dernier peut décider d’ignorer cette liste et choisir un autre entraîneur.

Mais c’est le ministre des Sports qui a envoyé la mission en Europe…

Non. Je suis désolé. Ce n’est pas le ministre. Il n’a envoyé aucune mission en Europe et ça tout le monde le sait. Et même s’il fallait dépêcher des gens, ce ne serait pas Tombi à Roko Sidiki ou encore Jean Manga Onguéné. On doit quand même y associer des responsables du ministère des Sports. Il ne faut pas toujours que la Fécafoot continue de prendre des décisions tordues pour narguer le peuple camerounais. C’en est trop !

Faut-il remplacer Jean Paul Akono?

Non. Vous connaissez ma position là-dessus. Le Comité citoyen pour le redressement du football camerounais avait demandé au chef de l’Etat un staff essentiellement camerounais pour encadrer les Lions indomptables. Il nous a écoutés et il a fait désigner une équipe technique 100% camerounaise. Jusqu’ici ils ont fait des résultats et tout le monde a vu. C’est pourquoi nous insistons que ce staff continue jusqu’à ce qu’on estime qu’ils sont faibles et qu’ils ne peuvent plus rien apporter à cette équipe. On ne peut pas nous obliger à prendre un entraîneur sélectionneur étranger pour notre équipe fanion. A combien vont-ils le payer ? Si on est incapable de donner 15 millions Fcfa à Akono, vous pensez que c’est un entraîneur étranger qui prendra moins que cela.

On parle de Raymond Domenech qui serait largement favori…

Ecoutez, Domenech qui touchait 240 millions Fcfa ne va pas débarquer au Cameroun pour percevoir un salaire de 15 ou 20 millions. Ça fait trois ans qu’il n’est plus entraîneur.

Mais le Cameroun peut accepter de lui verser ces 240 millions Fcfa… Ne me faites pas rire. L’argent du contribuable?

Vous n’allez pas quand même me dire que vous refusez de payer 15 millions Fcfa à Akono qui est meilleur que Domenech pour aller gaspiller l’argent du contribuable pour un entraîneur étranger. Soyons sérieux. Le peuple va insister là-dessus : pas de nouvel entraîneur tant que le staff en place reste encore en poste. Nous avons de grands entraîneurs dans notre pays.

On annonce l’arrivée de l’oiseau rare pour lundi. Vous y croyez?

Attendons de voir. Lundi (aujourd’hui Ndlr) n’est pas loin ; c’est dans deux jours. Même s’il vient c’est peut être pour discuter avec les responsables de la Fécafoot pas avec l’Etat. Je le dis parce que pour nous l’Etat passe avant toute chose.

Le football professionnel traverse une zone de turbulence. Le championnat est bloqué depuis bientôt trois semaines. Quelle analyse faites-vous de cette crise?

La crise à la Ligue est une crise inutile. Les gens créent du désordre pour rien. Quand on devient professionnel, on travaille désormais comme une société. Ça, les gens doivent le savoir et s’y conformer. Le président de la Ligue prend une décision et demande aux clubs de se conformer aux exigences du professionnalisme en se muant en entreprises commerciales mais les présidents de clubs se braquent et exigent plutôt de l’argent comme si ce n’est que l’argent qui fait avancer les choses. C’est d’abord ce qu’on a dans la tête qui permet de mieux gérer une équipe. Je suis très content de la décision prise par le général Pierre Semengue parce que je crois que cette fois il m’a écouté.

Vous le soutenez alors qu’il a bloqué les championnats?

Tout à fait. Il a raison ! Il est président de la Ligue. Il faut se conformer aux lois au lieu de passer le temps à brailler. Le problème, ce sont les présidents de clubs. Ce sont eux qui font que les footballeurs subissent. J’en profite d’ailleurs pour demander aux footballeurs d’être unanimes et d’exiger la démission des présidents de clubs. Après, ils pourront s’asseoir et discuter avec la Ligue pour la reprise du championnat dans un environnement qui leur sera favorable. Vous comprenez donc pourquoi la Fécafoot contestait fermement la naissance du Syndicat national des footballeurs camerounais (Synafoc). Il vous souvient qu’en début de saison en Espagne, les footballeurs ont bloqué le démarrage du championnat conditionnant la reprise par l’augmentation des salaires des autres footballeurs. On a passé deux à trois mois sans championnat. Il faut que la même chose se passe ici chez nous. Que les footballeurs montent au créneau et défendent leurs droits car leur avenir en dépend.

Pensez-vous que la mutation des clubs soit la condition sinéqua-none pour devenir professionnel?

Bien sûr. Si vous n’êtes pas une société, quelle entreprise acceptera de vous accompagner alors même que vous ne remplissez pas toutes les conditions préalables. Personne n’acceptera de sponsoriser vos activités. Ecoutez, le général Semengue est président de la Ligue et les présidents de clubs doivent l’écouter, le respecter et surtout se plier aux lois de ce pays. Je pense même qu’il faut qu’on accorde encore deux ou trois mandats au général pour qu’il puisse redresser notre football local et le transformer véritablement en football professionnel.

Vous encouragez un président de Ligue qui limoge son secrétaire général en public?

Il a bien fait ; c’est une bonne décision. Je pense même qu’il a attendu longtemps avant de le débarquer. Il aurait du le faire plus tôt.

Parlons maintenant des élections à la Fécafoot. Ça brûle dans le Sud, le littoral et le Nord…

De quelles élections me parlez-vous ? Vous voyez les élections partout ? N’allez pas me dire que cette mascarade s’appelle élection. Dans quel pays avez-vous vu qu’on organise une Assemblée générale élective dans des chambres et en dix minutes ? C’est du n’importe quoi. On ramasse 30 gamins à Ebolowa qu’on amène à Yaoundé pour voter le président de la Ligue régionale du Sud. Pareil pour le Littoral où on a pris 40 gamins pour venir voter à Yaoundé. Qui leur en a donné l’autorisation ? On n’appelle pas ça élections.

Mais le quorum est déjà atteint pour les élections au niveau fédéral le 25 mai prochain…

Il n’y aura pas élection le 25 mai tant que la Fécafoot n’a pas changé de textes. Nous préférons que l’Etat prenne ça en charge, qu’on dissolve même la Fécafoot et qu’on nomme un comité provisoire de gestion. Ce ne sera pas nouveau puisqu’on l’a fait sous l’ère du ministre Bipoum Bipoum. Le peuple en a marre d’être berné tout le temps. La Fécafoot doit se conformer aux lois de la Fifa qui est leur patron.

Entretien avec C.T. © C.T. | Le Messager

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