Cameroun/Fecafoot:Iya Mohammed sera déboulonné malgré tout...

image-1-1.jpg

Le rouleau compresseur s’est mis en branle contre le président de la Fécafoot qui a aussi fort à faire avec ses antécédents de gestion à la tête de la Sodecoton, une entreprise d’Etat qu’il dirige depuis bientôt trente ans.

Même les avertissements de la Fifa ne pourront lui sauver la mise. On va logiquement précipiter son arrestation pour l’empêcher de se présenter à l’élection de la Fécafoot. L’enchaînement de faits autour du président Iya Mohammed ne trompe guère. Le ministre des Sports Adoum Garoua lui demande d’interrompre lui-même un processus électoral connu depuis des mois à l’avance, en violation des statuts et des règlements de la Fifa.

Au même moment, comme par hasard, le conseil supérieur de l’Etat l’accable d’avoir détourné quelques 9 milliards à la Sodecoton sur une petite période de cinq ans. En attendant que l’enquête du Consupe soit étendue à tout le mandat de trente ans et que le compteur soit rendu à quarante ou cinquante milliards. Et comme par hasard, le fils de l’homme est arraisonné en possession, dit-on, d’une grosse mallette de billets de banque pendant que Iya lui-même est refoulé de l’aéroport international de Douala alors qu’il allait embarquer sur un vol à destination de Paris. Certainement pour un «exil volontaire». Son passeport lui a été repris, et au Cameroun, on peut prédire la suite des événements. Une mise aux arrêts n’est jamais loin dans ces cas-là.

Des signes qui ne trompent pas

Lors de la dernière rencontre Cameroun-Togo comptant pour les éliminatoires de la Coupe du monde, les téléspectateurs ont assisté à une scène plutôt curieuse : Samuel Eto’o refusant ostensiblement, sous le regard de milliers de spectateurs au stade et des officiels d’un match international, de serrer la main à Iya Mohammed, le président de la Fécafoot. Il le tient certainement pour responsable de sa dernière suspension et même du désordre qui règne au sein du football camerounais. Dans la foulée, un journal titre sur quatre colonnes à la une que le capitaine des Lions aurait mis 250 millions sur la table pour faire évincer un président de la Fécafoot définitivement inamovible depuis quinze ans. L’idée de faire partir Iya Mohammed de la Fédé ne date pas d’hier. Au bout de quinze années de magistère, les avis sont largement partagés sur sa gestion de la Fécafoot. Il a contre lui une bonne frange de footballeurs, tenus à l’écart des affaires du football et emmenés par des anciennes gloires du ballon rond à la tête desquels Joseph Antoine Bell ou Roger Milla.

L’ancien ministre des Sports, Michel Edzoa, avait en son temps entrepris de faire débarquer le président de la Fécafoot que personne ne peut objectivement battre à une élection, en l’état actuel des troupes du collège électoral. Iya fait figure d’invincible et n’a aucun challenger sérieux en face. Un délégué de la Fécafoot qui avait été consulté par le ministre n’y est pas allé par quatre chemins. Pour éliminer Iya, il fallait mettre 300 millions pour retourner les inconditionnels largement acquis à la cause du président. Ou alors, deuxième solution, seul Paul Biya tient la solution. Il suffit de nommer Iya Mohammed par décret comme ministre des Sports, il quittera de lui-même ses responsabilités à la Sodecoton et à la Fécafoot.

La première idée n’est pas exactement imparable.

Là où Eto’o et les autres peuvent rassembler 250 ou 300 millions, Iya Mohammed peut aussi en faire autant. Il est fort d’un trésor de guerre amassé depuis quinze ans à la tête de la Fécafoot et depuis presque trente ans à la Sodecoton avec un chiffre d’affaires de l’ordre de 200 milliards tous les ans.

Quand le gouvernement évite le piège

Il y a peut-être les 250 millions d’Eto’o mais rien n’est gagné. Le ministre des Sports Adoum Garoua a cru de s’en mêler en suspendant le processus électoral engagé au sein de la Fédération. En violation des statuts et règlements de la Fécafoot. Paul Biya n’aura pas à signer un décret pour avoir la tête d’un président devenu encombrant et indésirable. Le Conseil supérieur de l’Etat va s’en charger et on fera d’une pierre deux coups. A la fédération et à la Sodecoton. Avec en prime une proie de choix pour allonger la liste des victimes de l’opération Epervier. A la lecture des statuts de la Fifa, la dernière intrusion du ministre dans la gestion des affaires de la Fécafoot aurait pu avoir des conséquences graves pouvant aller jusqu’à la suspension du Cameroun. Une éventualité qui ne serait pas pour arranger les affaires du Cameroun à un moment où l’équipe fanion négocie sa qualification pour la Coupe du monde au Brésil. Joseph Antoine Bell et Roger Milla disent du bout des lèvres que les menaces de la Fécafoot ne font peur à personne. Ils n’en pensent pas un mot. On a vu au Cameroun le déploiement d’énergies lorsque le Cameroun avait écopé d’une suspension pour avoir arboré des maillots démembrés.

Adoum Garoua ne prendra donc pas le risque de brutales intrusions et le risque réel d’une suspension du Cameroun. Par contre, si Iya Mohammed était poursuivi et interpellé pour ses indélicatesses à la Sodecoton, la Fifa ne trouverait rien à redire.Dans les coulisses à Yaoundé, il se murmure que la danse du scalp engagée contre Iya Mohammed à ses ressorts politiques qui tiennent des luttes de positionnent à Garoua. Depuis la déchéance de Marafa Hamidou Yaya, réputé proche d’Iya Mohammed, Paul Biya aurait entrepris de trouver un pion de substitution à l’ex-ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. L’équation est plutôt invraisemblable si on s’en tient à la stature et à l’influence respective du ministre Garoua et de Marafa. Mais il n’empêche, Iya et Marafa se sont retrouvé à être des alliés objectifs dès le milieu des années 90 pour faire échec à la privatisation de la Sodecoton au clan des Hayatou, Fadil, Moustapha et autres Cavaye Yeguié.

Un audit à la Fécafoot ?

Si on ordonnait un audit intégral de la gestion de la Sodecoton depuis trente ans, on aura le vertige. Iya Mohammed est déjà par exemple soupçonné d’avoir pendant de longues années produit de l’huile de coton raffinée à partir des tourteaux de coton. Seulement, des experts comptables de la société soutiennent que les tourteaux de coton étaient considérés comme des déchets et Iya Mohammed faisait payer l’entreprise pour leur «destruction». Ce détail, il faudrait le vérifier. Mais on ne vérifiera pas que le même Iya Mohammed raffinait aussi de l’huile raffinée d’arachide et devait s’approvisionner auprès des paysans de Garoua ou de Maroua pour les arachides. On n’est pas sûr que ses comptes d’exploitation aient souvent tenu compte de cette activité qui n’entrait pas dans le business normal de la Sodecoton.

A la Fécafoot, ce sera une autre histoire. Jean-Lambert s’est longuement attardé sur les malversations financières qui ont cours dans la maison à l’occasion de son livre « Desperate Football House ». Le football charrie beaucoup d’argent au Cameroun. Mais cet argent ne saurait exactement être classé deniers publics. L’argent, pour une infime partie, arrive des affiliations, des licences de joueurs ou des recettes de stade. Le plus gros de l’argent arrive des retombées des participations aux compétitions internationales organisées par la Fifa ou la Caf, et des projets à financement Fifa pour la construction de sièges ou pour le financement d’autres projets. Sous Iya, la Fécafoot a pu s’acheter l’actuel siège à Tsinga et a entrepris, sur financement de la Fifa, la construction d’un siège futuriste.

La Fifa surveille elle-même la réalisation des projets et l’Etat du Cameroun n’a pas de comptes à demander. Cette réalité est cependant battue en brèche par les tenants d’une thèse contraire. Si on auditait les comptes de la Fécafoot, Iya Mohammed passerait à la potence. Avec lui, une belle brochette de ses acolytes dans le football, David Mayebi en premier, bien que le concerné soutienne qu’il s’est gagné son argent à la banque et dans ses activités associatives dans le football. Mais le Cameroun a ses astuces pour venir à bout d’un président de la Fécafoot. Joseph Owona a profité d’une folle histoire sur un trafic supposé de billets à la veille de la coupe du monde en France en 1998.

Vincent Onana a fini en prison, sans jugement. Maha Daher ne s’est pas représenté à l’élection alors qu’il était président sortant. Le Ministre Makong Weyong s’est occupé de lui. Iya Mohammed aura contre lui les ministres Adoum Garoua des Sports, Eyebe Ayissi du Conseil supérieur de l’Etat, une robuste coalition de footballeurs à la retraite, le tribunal criminel spécial avec la bénédiction de Paul Biya en personne. Les prochaines élections à la Fécafoot se passeront sans lui. Il sera au frais, en détention administrative «provisoire ». Et ça peut durer cinq ans au Cameroun, nouveau code de procédure pénale ou tribunal criminel spécial.

© Les Nouvelles du pays : Bounya Lottin

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau