Cameroun/Fecafoot:Iya Mohammed, président jusqu’à la mort!

Secrets d’une science du pouvoir ad vitam. Il ne fait plus l’unanimité, mais il est sûr de rempiler haut la main s’il se présente à nouveau à l’élection.

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Les convictions sont faites malgré une opposition bruyante et radicalisée. Le président de la Fécafoot a tellement bétonné sa place à la tête de la fédé qu’aucun autre candidat ne peut le battre à une élection. Ses adversaires, de plus en plus nombreux, en sont à recourir à des actes d’antijeu pour l’acculer à la sortie. Parmi ceux-ci, un certain Joseph Antoine Bell, le célèbre gardien des Lions indomptables, candidat malheureux en 2000, qui danse un peu plus vite que la musique et déclare, péremptoire, que « Iya Mohammed n’est plus candidat de la Fécafoot ». Il prend certainement ses fantasmes pour des données objectives et n’aura jamais appris à connaître la réalité du fonctionnement de la Fédé.

Clientélismes et corruption tous azimuts

Contrairement à Iya Mohammed, Antoine Bell ne connaît pas la musique du foot à la fédé. Lorsqu’il doit affronter Onana Vincent, au lieu de travailler à convaincre les membres du collège électoral, lui, la grande gueule du foot camerounais, a plutôt choisi de battre campagne au… marché central à New-Bell, là où on ne trouve aucun électeur. Entouré d’une équipe avec qui il aurait pu gagner, il a choisi le mauvais principe au dernier moment : il refuse d’aller soudoyer les membres du collège électoral. Par principe, par conviction et par cécité. Pendant ce temps, les mêmes électeurs se faisaient copieusement arroser et rassasier par le candidat Vincent Onana. Lequel, assuré de sa victoire, va proposer à son jeune frère Antoine Bell de se retirer de la course en échange d’un poste de vice-président.

Le grand Jojo a décliné l’offre et ne pourra plus jamais se présenter. Il est peut-être un footballeur au passé élogieux, mais il ne sera ni électeur ni éligible. Pour se donner une chance d’être candidat, il aurait dû travailler depuis la base déjà au niveau départemental et plus loin au niveau régional. Malheureusement, son aventure avec AS Babimbi a tourné en eau de boudin et, bien qu’il soit imbattable au micro, il n’a aucune légitimé à la base et ne fera jamais le poids devant un Iya Mohammed qui sait l’art de se faire des alliés. A la veille de chaque élection, il fait le tour des hôtels où sont logés les électeurs et laisse à chacun une «petite grosse» enveloppe et propose même de payer les frais d’hôtel.

Au Cameroun, on ne rigole pas avec le bonhomme qui vous nourrit. Avec sa réputation de radin et de dur au portefeuille, Antoine Bell n’a aucune chance. Surtout que Iya travaille depuis plus de vingt ans avec la même équipe, comme membre de l’équipe Maha Daher et comme viceprésident sous le mandat de Vincent Onana. Si la leçon est bien assimilée, les Milla Roger aussi devront apprendre à mettre beaucoup d’eau dans leur vin. Le grand n° 9 est redoutable de ses dribles et sait aussi être exaspérant de ses coups de gueule. Mais lui non plus n’a aucune chance de remplacer Iya Mohammed, ou même d’être seulement candidat. Tel est le paradoxe du foot au Cameroun.

Les footballeurs ne tiennent pas exactement les rênes. Rien à voir avec le cas de Michel Platini qui n’est entré à la FFF (fédération française de foot) qu’en suivant le parcours normal depuis la base. Il est d’abord devenu membre de l’équipe AS Nancy Lorraine et a reçu le mandat du président du club pour le représenter dans les instances de la fédération française de football. Précédé par sa réputation d’attaquant mythique, il en deviendra logiquement président de l’UEFA. Contrairement à ce que disent les uns et les autres, ce ne sont pas les textes de la fédération qui font problème. C’est universel, chaque fédération à le loisir de modifier ses textes. Mais elle le fait dans l’esprit de la charte des sports et des fédérations internationales auxquelles elle est affiliée. Les textes votés sont connus du gouvernement et des institutions internationales telles que la Caf, la Fifa et le comité olympique camerounais. Si les textes avaient été violés, on aurait légitimé l’intervention du ministre des Sports. Mais de ce côtélà aussi, Iya a bien manoeuvré avec sa coterie de petits copains de la fédé qui savent qu’ils continueront à manger avec lui.

La loi du milieu

Il est une loi non écrite dans les milieux du football qui veut qu’on reste président à vie, comme avec la plupart des Chefs d’Etat en Afrique. Michel Platini à l’UEFA ne songe surtout pas à rendre son tablier. Sepp Blatter à la Fifa est président élu à vie, sans la voix de Issa Hayatou qui est lui-même président à vie de la CAF. Les textes ont été taillés de telle sorte qu’il gagne toujours, quel que soit l’adversaire en face. Et Iya Mohammed, un très proche cousin des Hayatou, n’a pas eu besoin d’aller bien loin pour trouver la recette. Il restera président à vie de la Fécafoot. A moins que Paul Biya en personne n’en décide autrement. Mais on est au Cameroun, et ce n’est pas Paul Biya, lui-même président à vie, qui en voudrait à quelqu’un qui suit brillamment ses traces depuis au moins 1984.

Iya Mohammed est ainsi directeur général de la Sodecoton depuis 1984. Il a battu tous les records de longévité des directeurs généraux au Cameroun. Il en est devenu le fils spirituel de Paul Biya dont il assume l’héritage confessionnel dans la conservation du pouvoir et du poste. Samuel Eto’o, le capitaine des Lions qui enrage d’avoir écopé d’une suspension de huit mois, en veut jusqu’à sa dernière dent au président de la Fécafoot. Il refuse de lui serrer la main en public, en direct au stade Omnisports à Yaoundé lors d’un match officiel, et aurait, selon des journalistes, mis 200 millions sur la table pour avoir la tête de Iya Mohammed. Seulement, Eto’o a beau être milliardaire, il n’est pas certain qu’il soit plus fortuné qu’un homme qui gère des milliards de chiffres d’affaires depuis trente ans à la tête d’une société d’Etat. Là où Eto’o mettra 200 millions, Iya mettra un petit milliard sans s’essouffler. Et ce ne sont pas les textes de la Fédération ou les coups de gueule de Roger Milla qui changeront le cours de l’histoire.

Le faux argument de bilans élogieux

Iya Mohammed est aussi servi par l’argument de ses bilans élogieux à la tête de la fédération. C’est lui qui a eu l’initiative d’acquérir un siège pour la fédé qui squattait avant son arrivée dans des sous-sols nauséeux au stade Omnisports de Yaoundé. Mieux que cela, il vient d’acquérir un terrain pour la construction d’un siège futuriste qui va coûter 2 milliards. Bravo ! Mais on oublie soigneusement de dire que le président Iya ne sort pas un seul copeck de sa poche pour tous ces projets grandioses. C’est l’argent versé par la Fifa, quand les Lions jouent bien, et tant pis s’il y en a un qui s’en bombe la poitrine. Le projet de construction du siège de la fédé a régulièrement été soumis à la Fifa qui a débloqué des fonds et qui surveille de près l’évolution des chantiers. Iya Mohammed n’a pas à s’en vanter. Des projets similaires sont en cours de réalisation dans bien d’autres pays à travers le monde entier, sur financement de la Fifa.

Pour faire de la diversion, il diversifie des activités dans le football. En plus d’une ligue professionnelle qu’il ne contrôle pas, il a entrepris de lancer un championnat «jeunes» et un championnat «filles», en plus d’une ligue de beach soccer sur hautes instructions de la Fifa, etc. De quoi trouver des occupations à tous les déçus du foot, qui pourront aller faire valoir leur talent ailleurs qu’à la Fécafoot. Sur les plages de Kribi ou de Limbe par exemple. Voilà un poste qui conviendrait bien à Roger Milla, président de la ligue camerounaise de beach soccer… Et surtout, arrêter de lorgner le poste de président de la Fécafoot, le seul interlocuteur valable de la Fifa qui baille des milliards et qui recommande des sponsors comme Puma, l’entreprise de la famille Blatter. Et Iya Mohammed sait qu’il tient le bon bout. Les statuts de la Fifa ne tolèrent pas les intrusions et les oukases du pouvoir politique dans la gestion des affaires d’une fédération.

L’alinéa g de l’article 13 de l’instance faîtière dispose clairement que les fédérations ont obligation de «diriger leurs affaires en toute indépendance et veiller à ce qu’aucun tiers ne s’immisce dans leurs affaires» et, plus loin, au paragraphe 2 du même article que : «la violation des obligations visés à l’alinéa ci-dessus par un membre entraîne des sanctions prévues, y compris la suspension.» Il reste que toute la bande à Antoine Bell et Roger Milla sont prêts à toutes les tragédies, y compris à une suspension du Cameroun, quitte à ce que les Lions ne soient pas présents à la prochaine coupe du monde au Brésil. Seulement, ils ont beau dire, on sait ce qu’une suspension vaudrait et en coûterait au Cameroun de Paul Biya. On l’a vu la dernière fois, lorsque le Cameroun a failli écoper d’un retrait de six points, on a sorti tous les pleureurs professionnels, Abel Mbengue y compris, pour crier à l’holocauste. On ne prendra pas le risque avec Iya Mohammed qui sait qu’il tient les Adoum Garoua aux couilles avec les encouragements de Paul Biya,… et de la Fifa.

© Les Nouvelles du pays : Bounya Lottin Paru le Jeu

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