La taille du pénis, fantasme d'homme ou de femme ?

À en juger par l’abondance des spams inondant nos boîtes e-mail et nous promettant d’incroyables gains en centimètres, ainsi qu’une virilité exponentielle, on se dit que le syndrome dit « du vestiaire » a encore de beaux jours devant lui. Tous les commerces qui exploitent les fantasmes de performance sexuelle l’ont compris : le plus récurrent est sans doute celui du pénis taille XL.

À la rédaction de Psychologies, le sujet a provoqué un débat passionné, et une question s’est imposée : qui donc rêve d’un organe à la Rocco Siffredi, célèbre acteur de films porno, les hommes ou les femmes ? Une interrogation moins superficielle qu’elle en a l’air, car rien ne raconte mieux une époque que les fantasmes sexuels qu’elle produit. Celui de la taille du sexe est une constante de l’inconscient masculin.

Le pénis est le symbole de l’identité des hommes et, pour cette même raison, une source d’anxiété. « Je suis toujours rassuré quand ma copine me fait des compliments sur mon sexe, avoue Loïc, 35 ans. C’est peut-être un peu puéril, mais ça me donne confiance en moi. » Sur ces fondamentaux narcissiques, rien de nouveau.

Ce qui a évolué, c’est le rôle d’amplificateur des angoisses et des fantasmes que tient aujourd’hui la société. « La sexualité est un domaine où la performance fait loi, l’orgasme est un but en soi, le plaisir est obligatoire, déplore le docteur Gonzague de Larocque, sexologue. L’organe mâle doit être une mécanique performante, qui ne s’enraye jamais. » Romain, 25 ans, ne néglige pas l’influence des films pornographiques sur son anxiété. « Je serais beaucoup plus tranquille si j’avais une verge comme les leurs. Ça doit être reposant de savoir que l’on assure, non ? »

Fantasme d’homme : le mythe de l’amant infatigable

Selon le psychanalyste Jean-Michel Hirt (1), « ce que l’on “vend” aujourd’hui – et la pornographie en est la parfaite illustration –, c’est un sexe sans défaillance, débarrassé de sa sauvagerie. Il est mé-canique, prévisible. Le désir et la volupté font peur. Du coup, on surinvestit l’apparence des corps et la fonctionnalité des organes.

Pour un homme, fantasmer un membre imposant, cela revient à se rassurer de manière infantile, comme si le pénis pouvait se transformer en machine à jouir et à faire jouir sans qu’il ait à se soucier de lui. » Fantasmer un gros pénis, cela signifie, dans la plupart des cas, s’imaginer dépourvu de toute défaillance sexuelle. « La panne, c’est aujourd’hui ce qui fait le plus peur aux hommes, affirme le psychothérapeute et sexologue Jean-Michel Fitremann (2).

La sexualité contemporaine est entièrement centrée sur l’érection : preuve pour la femme qu’elle est désirable ; pour l’homme qu’il peut combler sa partenaire. » Inutile d’expliquer que la longueur et le diamètre d’un pénis n’ont aucun rapport avec ses capacités érectiles, le fantasme du gros sexe qui met à l’abri de la panne est bien ancré. « Chaque fois qu’un homme vient consulter pour des troubles de l’érection, il finit par poser la question de la normalité de la taille de son membre », remarque Gonzague de Larocque.

Dans l’imaginaire masculin, un bon amant tire ses compétences sexuelles de son anatomie, et non de son talent érotique. « J’aimerais avoir un sexe un peu plus large, confie Michel, 40 ans. Cela me donnerait davantage confiance en moi. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que ce serait plus agréable pour ma partenaire, que ses sensations seraient plus intenses. »

Le souci, voire l’obsession de la jouissance féminine, là se trouve le vrai changement dans les mentalités masculines. « La peur de ne pas parvenir à satisfaire les femmes paralyse de nombreux hommes, confirme Jean-Michel Fitremann. Ils se placent d’entrée en position d’infériorité, comme si elles pouvaient les mettre en échec par le simple fait de ne pas atteindre l’orgasme. Ils considèrent être les seuls responsables de l’éventuelle insatisfaction sexuelle de leur partenaire. »

Fantasme de femme : une envie de puissance

Renversement des rôles, les femmes revendiquent haut et fort leur droit au plaisir. « Aujourd’hui, elles veulent jouir, et si un partenaire ne leur procure pas de plaisir, elles le disent et n’hésitent pas à en changer. Cette pression fragilise les -hommes et conduit à des malentendus, constate la thérapeute de couple Violaine-Patricia Galbert.

La plupart des femmes fantasment sur un sexe masculin puissant, qui les comble. Cela fait partie de l’imaginaire érotique féminin. Mais attention, puissant ne veut pas dire énorme. » Par puissance, elles entendent l’expression d’une confiance, d’un savoir-faire et d’une saine agressivité. « Se sentir comblée est une sensation subjective, qui varie selon l’histoire et l’inconscient de chaque femme, explique la sexologue Mireille Dubois-Chevallier.

Par définition, le fantasme s’articule avec la personnalité de chacun. Et celui du gros membre recouvre des réalités totalement différentes en fonction des individus. » Mais les fantasmes ne sont pas les seuls à varier : de même que la longueur et le volume du pénis ne sont pas les mêmes selon les hommes, la largeur et la profondeur du vagin diffèrent d’une femme à l’autre. Ce qui, bien sûr, génère sensations et perceptions différentes. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, la relativité est heureusement la seule règle invariable. Pour les thérapeutes et les sexologues, une chose est certaine : si hommes et femmes veulent donner et recevoir du plaisir sans angoisse, mieux vaut compter sur son imaginaire, sa sensualité et sa créativité plutôt que d’essayer de se transformer en « sexe-machine ».

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