Vih/sida: Le cameroun sans financements

Deux ans après la validation de ses soumissions au Fonds Mondial , l'institution de financement des projets pays n’a toujours pas fait de décaissement en faveur du programme national de lutte du pays. De nombreuses difficultés se profilent. «Qu’est-ce que le Fonds Mondial attend pour verser l’argent du round 10 au Cameroun ? »

Cette question, c’est une jeune dame, Personne vivant avec le Vih/sida (Pvvih) rencontrée le jeudi 25 novembre 2012 à Yaoundé qui nous l’a posée. Elle fulminait contre cette situation qui met en péril la vie de milliers de Pvvih éligibles aux traitements par antirétroviraux et qui ne peuvent y accéder parce que le gouvernement ne dispose pas d’assez de ressources pour y inclure le plus grand nombre, si ce n’est la totalité des 217.000 Pvvih inscrits. Sur le terrain, les réactifs pour la réalisation des tests de dépistage manquent cruellement. C’est le cas à l’hôpital de Jour de l’Hôpital central de Yaoundé depuis quelques jours, et depuis plus de six mois à l’hôpital Jamot.

Cet hôpital spécialisé dans le traitement des maladies pulmonaires sont les deux tiers des patients internés sont co-infectés vih/TB. D’ailleurs, les bilans d’orientation et de suivi des patients ne se sont plus subventionnés depuis plus de deux ans. Le premier permet de faire le comptage des CD4 pour déterminer l’aptitude d’un Pvvih à prendre les Arv. Alors que le second évalue l’état d’évolution de la santé du patient après sa mise sous traitement.

Actuellement, ils ont été supprimés partout dans le pays, sauf dans des structures comme l’Hôpital du Jour de l’Hôpital central de Yaoundé, lorsqu’il y a les réactifs. Et au Centre International de Référence Chantal Biya dans les mêmes circonstances. On se souvient qu’à la fin du mois de juillet dernier, André Mama Fouda, le Ministre de la santé publique déplorait le fait qu’à cette date, ils soient encore à lorgner vers les subventions du Fonds Mondial deux ans après son allocation au Cameroun.

Ce fut en 2010 plus précisément, au terme de la sélection des soumissions adressées à cette institution de financement des projets pays. Devait suivre, les signatures des conventions ainsi que d’autres procédures de déclenchement des décaissements des sommes promises. Jointe ce mardi 30 octobre 2012 par téléphone, Caroline Medouane, la secrétaire technique du Comité consultatif de suivi des subventions du FM (CCM) affirme que l’argent a été envoyé au Cameroun vers la fin du mois de septembre, peu avant la visite des consultants de l’institution entre le 18 et le 24 du mois.

Dans le secteur, de nombreux acteurs affirment que si le premier décaissement du Fonds Mondial avait été fait, ils en auraient été informés. Interrogés, le Secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le sida (Cnls), le Dr Jean Bosco Elat Mfetam nous a recommandé d’aller consulter le site Internet du FM pour en avoir le cœur net. Sur ladite page web du FM, le porte feuille de subvention est située à 200 millions de dollars Us en 2012, mais de ce qui a été décaissé exclusivement pour le vih/sida, round 10, aucune indication n’est spécifiée.

Le Ministère de la santé publique sauvé par les Etats-Unis

Dans le cadre de la prise en charge des malades du sida, le Cameroun a frôlé la catastrophe le mois dernier : Il y a eu une rupture totale des antirétroviraux (Arv). Fort heureusement, une agence d’aide d’urgence américaine a été là pour rattraper le coup. Epargnant ainsi aux 75.000 Personnes vivants avec le Vih/sida (Pvvih) sous traitement par Arvles désagréments d’une interruption brutale de leur cure. Madame Ndjanchi, 43 ans, que nous avons rencontrée à la Pharmacie des antirétroviraux de l’hôpital central de Yaoundé le mardi 30 octobre 2012 se souvient qu’elle a passé deux semaines sans aucun comprimé, car même ses réserves étaient épuisées.

Elle a fait un choc, puisqu’elle perdait du poids et a du consulter le médecin qui lui prescrit un traitment. Ce matin elle est venue prendre ses produits, mais elle doit encore attendre puisqu’il n’y en a pas encore dans les rayons à 11 heures de la mâtinée. Comme elle, de nombreux patients présents ont vécu à quelque chose près la même situation. Que se passera t-il la prochaine fois, lorsque le stock reçu sera épuisé ? Là est toute la question, pour laquelle les autorités de la santé ne semblent pas avoir de réponse appropriée. Ce d’autant que cette situation perdure dans le pays depuis 2008.

A chaque fois, il faut passer par ce genre de gymnastique pour résorber le problème. Pourtant, il y a deux ans, en apprenant la nouvelle de l’allocation par le Fonds Mondial d’une enveloppe de 63,7 milliards de Fcfa de subventions au Programme national de lutte contre le vih/sida du Cameroun en 2010, les malades, leurs familles, la communauté nationale avaient cru y voir la fin de tous les tracas. Tant ils sont nombreux, que le gouvernement et ses partenaires au développement n’ont pas pu juguler au cours de ces cinq dernières années.

Parmi ces programmes qui ont souffert de l’absence de fonds adéquats pour leur réalisation : la subvention des bilans d’orientation et de suivi, la disponibilité des antirétroviraux et des réactifs, le soutien aux orphelins et enfants vulnérables (Oev), la rémunération des Agents relais communautaires (Arc), Personnes vivants avec le vih (Pvvih) qui appuient de manière considérable les centres de soins de proximité dans la prise en charge des malades, les activités de sensibilisation et de formation, etc. Actuellement, divers projets continuent d’être élaborés, en l’occurrence dans la prise en charge de la mère et de l’enfant.

Et ils portent presque tous sur la prévention par l’utilisation des Arv. Autant dire que le tout curatif demeure en vigueur et qu’il y a besoin d’avoir des stocks permanents de molécules pour satisfaire la demande qui se fera croissante. Seuls les ressources du Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ont permit jusqu’ici de faire face aux nombreux défis relevés. L’Etat tarde encore à accorder au secteur de la santé les 15% du budget que revendiquent à cors et à cris les associations de promotion de la santé. Les conséquences? Elles sont nombreuses et variées.

Source: jumelles-blog.africaciel.com

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