Pour ne pas grossir, mangez à la bonne heure

Se nourrir en décalé par rapport à notre horloge biologique fait prendre du poids. L’heure à laquelle nous mangeons se révèle tout aussi importante que ce que nous mangeons, comme vient de nous le rappeler l’expérience publiée récemment dans la revue Nature Medecine . Les rythmes biologiques de notre organisme sont gouvernés par une horloge située dans le cerveau.

La destruction de cette horloge biologique chez l’animal de laboratoire entraîne la disparition de nombreux rythmes circadiens (fonctionnant sur 24 heures). Dans cette expérimentation, menée chez la souris, les chercheurs de l’université de Pennsylvanie ont supprimé le gène de l’horloge, appelé BMAL1.

Désynchronisés, les rongeurs se sont mis à manger lorsqu’ils devaient dormir, et inversement, avec pour conséquence qu’ils sont devenus obèses alors même qu’ils absorbaient la même quantité de nourriture que des souris «normales» qui ne grossissaient pas.

«L’homme n’est pas un animal nocturne»

«Cette expérience nous montre que l’obésité n’est pas uniquement liée à une anomalie entre les apports énergétiques et les dépenses, constate le Pr Arnaud Basdevant, chef du service nutrition à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Il y a d’autres facteurs impliqués. Et ce travail nous montre le lien entre veille, sommeil et obésité.»

L’horloge biologique de l’homme est réglée par les nombreuses alternances de son environnement: lumière et obscurité, activité et repos, veille et sommeil rythment son fonctionnement. «L’horloge interne doit fonctionner en harmonie avec ces facteurs environnementaux», explique le Pr Yvan Touitou, spécialiste des rythmes biologiques. Travail posté ou de nuit, jet lag, faible exposition à la lumière ou encore cécité sont autant de causes qui viennent dérégler cette horloge, entraînant une désynchronisation.

«L’homme n’est pas un animal nocturne», résume le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition à l’Institut Pasteur de Lille. Pour preuve, les travailleurs de nuit paient un lourd tribut à leur activité en décalage. «Les symptômes de la désynchronisation et de l’intolérance au travail posté comprennent de nombreux signes parmi lesquels fatigue, troubles de l’appétit pouvant entraîner un surpoids, comme cela a été rapporté en particulier chez les infirmières de nuit, ou troubles importants du sommeil à l’origine d’obésité lorsque la privation de sommeil est chronique», précise Yvan Touitou.

Si les méfaits de la désynchronisation chez les travailleurs de nuit sont bien connus, qu’en est-il pour tous les autres? Devons-nous tenir compte de notre horloge biologique pour rythmer nos repas? Sans doute, répondent les spécialistes. Si le concept de «chrononutrition» a été galvaudé par quelques gourous de la minceur, il repose sur des données validées. «La lumière synchronise nos rythmes avec l’environnement via la rétine ; il est donc naturel de prendre le repas de midi à 13 heures l’hiver, mais il devrait être pris à 14 heures l’été», explique le Pr Jean-Marie Bourre, spécialiste en neuro-pharmaco-nutrition, auteur de La Chrono-diététique, aux éditions Odile Jacob.

Des glucides au dîner

Pour ce spécialiste, le repas sert à satisfaire sa faim jusqu’au rassasiement, suivi de la satiété ; tout le contraire du grignotage, où l’on n’a jamais faim ni jamais plus faim. «Après le début du repas, il faut vingt minutes au cerveau pour envoyer un signal de rassasiement», explique Jean-Marie Bourre. Manger trop vite, c’est ne pas laisser le temps au cerveau d’envoyer ce signal, «ce qui explique qu’un régime minceur, où le repas est expédié parce qu’on se sent coupable de manger, fait grossir!».

Si le dîner ne doit pas être trop copieux, il doit cependant apporter suffisamment d’énergie aux méninges. «Le cerveau peut travailler plus la nuit que le jour ; donnez-lui assez de glucides, du pain notamment, au dîner pour éviter une hypoglycémie nocturne, certes insensible, mais qui altère la mémorisation en perturbant le stockage des données acquises et en réduisant leur restitution», explique Jean-Marie Bourre.woman-eating-1.jpg

Après le long jeûne de huit ou neuf heures de la nuit, l’organisme a besoin d’un repas composé en quantité suffisante de glucides, de lipides et de protéines. L’idéal? Le breakfast à l’anglaise: sucres lents (pain, céréales) et rapides (jus de fruits, sucre, confiture, miel) corrigent l’hypoglycémie matinale. Ajoutez-y les protéines du fromage blanc, des œufs ou du jambon blanc. «Le petit déjeuner doit se prendre entre 6 et 8 heures du matin et durer environ quinze minutes», estime le Dr Marc Schwob, psychiatre et chronobiologiste. En revanche, inutile de forcer les enfants à se nourrir au saut du lit. «Il faut vingt minutes au réveil pour avoir faim», précise Jean-Marie Bourre.

AfricaPresse.com

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