Paludisme : pourquoi il ne faut pas réduire les investissements

Des millions de vies ont été sauvées au cours de la dernière décennie, mais les programmes en cours ne pourront être pérennisés si les financements diminuent. Chaque minute, le paludisme emporte la vie d'un enfant de moins de cinq ans en Afrique.

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Chaque minute, le paludisme emporte la vie d'un enfant de moins de cinq ans en Afrique. Le meilleur et le pire. L'espoir et la crainte. Voilà ce qui caractérise les résultats obtenus récemment dans la lutte contre le paludisme, dont c'est aujourd'hui la Journée mondiale. Une journée choisie par le partenariat Roll Back Malaria (RBM) pour lancer un appel afin d'obtenir de nouveaux financements et de développer une approche collaborative et coordonnée dans les pays touchés par cette maladie infectieuse. Fondé en 1998 par l'Unicef, l'OMS, le Pnud et la Banque mondiale, ayant plus de 500 organisations partenaires, RBM est un partenariat public-privé particulièrement actif. Les chiffres montrent bien l'ampleur du problème : chaque minute qui passe emporte la vie d'un enfant de moins de cinq ans en Afrique.

Selon le dernier rapport mondial sur le paludisme (OMS - décembre 2013), 627 000 décès ont été imputables à la maladie pour l'année 2012, dont 90 % pour le seul continent africain. Le paludisme continue de représenter plus de 30 % des dépenses de santé publique dans les pays les plus touchés. En 2014, cette affection reste un risque sanitaire pour plus de la moitié de la population mondiale. Pourtant, d'énormes progrès ont été réalisés, notamment entre 2001 et 2012 : 3,3 millions de vies ont alors été sauvées et les taux de mortalité par le paludisme ont baissé globalement de 54 % chez l'enfant en Afrique. L'intensification des efforts ces dernières années a donné lieu à des progrès significatifs dans de très nombreux pays. Par exemple à Madagascar, la mortalité des jeunes de moins de 5 ans a diminué de 23 % entre 2003 et 2009.

Au Malawi, une réduction significative de la prévalence chez les enfants a été enregistrée entre 2001 et 2009, passant de 61 à 20 %. Peu d'investissements pour d'importants bénéfices De tels résultats devraient légitimement pousser à l'optimisme. Mais toutes ces avancées pourraient être mises à mal, voire anéanties, par un éventuel recul des financements dans les années à venir. C'est ce que redoute RBM. "L'histoire de la lutte contre le paludisme nous a permis d'observer que les ruptures de financement ont pour conséquence immédiate une recrudescence des cas de paludisme de façon systématique.

Pourtant, les bénéfices enregistrés dépassent de loin les faibles investissements engagés : quelques dollars permettent d'acheter des moustiquaires pour une famille entière, pour un peu plus d'un dollar, on peut acquérir un traitement efficace dans de très nombreux pays du continent", peut-on lire dans son dernier rapport. Au Rwanda, par exemple, les chiffres de la Banque mondiale montrent que l'augmentation des dépenses de santé de seulement 15 % a permis une diminution de l'incidence de la malaria de plus de 50 % depuis 2006, et une réduction de la mortalité maternelle.

Ces progrès ont également contribué au développement économique qui a entraîné une augmentation du PIB de près de 5,5 milliards de dollars lors de la dernière décennie. De nouvelles données indiquent que chaque dollar US investi contre le paludisme en Afrique générerait en retour plus de 40 dollars US de PIB. Malheureusement, les financements nationaux et internationaux disponibles aujourd'hui représentent moins de la moitié du financement nécessaire pour lutter efficacement contre le paludisme dans le monde.

@Le Point.fr

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