Cameroun - Lutte contre le paludisme: Mama Fouda à bout de Souffle

A la suite des révélations de plusieurs médias et en mondovision sur la situation calamiteuse de la population du Nord et de l'Extrême Nord affectée par la recrudescence du paludisme, le ministre de la Santé publique André Mama Fouda est sorti de son mutisme pour donner les vrais chiffres de la maladie à la presse (100 000 décès par an).

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 Et en guise d'éclaircissements, le Minsanté, tout en constatant que la situation actuelle dans le septentrion n'est pas isolée, a expliqué qu'à cette période de l'année, la chaleur est tellement élevée que plusieurs familles préfèrent l'ombre des arbres à la claustrophobie des domiciles. Egalement, l'arrivée du paludisme est due aux pluies, flaques d'eau, et surtout, a ajouté le Minsanté, il y a la faible utilisation des Moustiquaires imprégnées à longue durée d'action (Milda). «J'ai constaté une faible utilisation des Milda par les populations de ce côté du pays. Cela pourrait aussi justifier cette recrudescence», dira-t-il.

En plus de cela, a conclu l'ancien Dg de la Maetur, il y a un réel impact environnemental (inondation) favorable à la prolifération des gîtes larvaires. Ajoutée à l'automédication qui donne la part belle aux médicaments de la rue de mauvaise qualité, il est difficile pour nous de contrôler la contamination à la base». Les chiffres révélés, par le Minsanté laissent croire que le combat est loin d'être gagné. Tenez ! De 2012 à 2013, une baisse de 9,7% de la morbidité a été constatée sur 16 141 cas suspects. Spécifiquement au mois de septembre 2012, 25 625 cas suspects ont été enregistrés sur 66 910 patients reçus soit une morbidité de 38,3% ; Alors qu'en septembre 2013, 41 700 cas suspects sur 114 051 patients reçus en consultations soit une morbidité de 36,6%. C'est dire si l'année 2013 a été la plus importante en terme de cas enregistrés.

En ce qui concerne la mortalité dans la région du Nord, les données font état de ce que de janvier à septembre 2013, 2446 décès ont été enregistrés dans les formations sanitaires parmi lesquels 979 dus au paludisme, ce qui représente un taux de mortalité de 40,02%. A la même période en 2012, l'on avait 2003 décès dont 826 dus au paludisme soit 41,2%. Spécifiquement pour le mois de septembre 2013, 302 décès ont été enregistrés dus au paludisme contre 158 pour l'année précédente. Visiblement embarrassé par l'ampleur du désastre, le Minsanté va se contenter de dire: Il est difficile pour nous de gérer les comportements des uns et des autres. Mais nous avons régulièrement approvisionnés les formations sanitaires en Tests de diagnostics rapides (Tdr) et en médicaments antipaludiques de qualité à des coûts subventionnés pour traiter les cas de paludisme simple et grave».

Compte tenu de tout ceci, peut-on dire aujourd'hui que le Ministère de la Santé ménage-t-il vraiment tous les efforts pour tordre le cou au paludisme, l'une des premières causes de mortalité dans le monde en général et au Cameroun en particulier? A chaque occasion offerte par les responsables de ce département ministériel, on parle d'actions à mener pour des résultats à court, moyen et long termes. Plus précis, on évoque la politique sanitaire tournant autour des campagnes de sensibilisation des populations, de l'approvisionnement régulier des centres de santé en médicaments antipaludéens essentiels, de la distribution des moustiquaires imprégnées et de la gratuité des soins aux couches de la population les plus vulnérables, à savoir les femmes enceintes et les enfants âgés de moins de 05 ans.

Non sans évoquer l'appui des partenaires au développement (Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Oms...), dans la prise en charge des malades de paludisme et l'extension de la construction des structures sanitaires à travers le territoire, etc. Malheureusement, comme on peut le constater, le paludisme demeure un problème de santé publique au Cameroun. En rappel. Le paludisme est une maladie parasitaire, transmise à l'homme par l'anophèle femelle et causée par un hématozoaire du genre Plasmodium. Encore appelé malaria (de l'italien malaria, air vicié et dérive du latin paludis qui signifie marais). Son cycle a été décrit plus tard en Italie par Grassi et al. (1899). Avec la découverte des insecticides à effet rémanent tel que le Ddt (Dichlorodiphenyltrichloéthane), et la mise au point de nouveaux médicaments très efficaces (chloroquine, amodiaquine), cette lutte a connu un succès et un essor sans pareil au cours de la deuxième guerre mondiale.

En effet, les premières résistances des mous¬tiques au Dichlorodiphenyltrichloéthane (DDT) apparurent en Grèce à partir de 1951. En 1969, la 22 ème assemblée mondiale de la santé confirma l'échec du programme mondial d'éradication du paludisme, adopté lors de la 8e assemblée de Mexico en 1955. Ainsi, la stratégie d'éradication fut remplacée par celle du contrôle avec pour but d'une part de réduire la transmission, la morbidité et la mortalité d'autre part. Au Cameroun, le paludisme est la maladie la plus répandue. A l'exception des zones montagneuses de l'Ouest où son incidence est faible, les cas de paludisme sont reportés sur toute l'étendue du pays (GARDE et al. 1991). La lutte contre cette maladie a commencé dès 1949 à Yaoundé et Douala par les services d'hygiène mobiles.

Les vastes campagnes de pulvérisation intra domiciliaire d'insecticide menées à par¬tir de 1953 ont conduit à une interruption momentanée de la transmission au Sud Cameroun (LIVADAS 1958). Depuis la fin des années 1980, le paludisme connaît une résurgence alarmante. Le ministère de la santé publique estime à 2 millions le nombre de cas par an, avec 30 à 35 % de décès, dont 40 % d'enfants de moins de 5 ans; 22 à 23 % des admissions hospitalières sont attribuées au paludisme (Minsanté, 2002). 

© Mamouda Labaran et Henriette Assen | La Météo

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