Cameroun - Hermaphrodisme: Le voile du tabou

Cette malformation génitale jugée honteuse continue d'être passée sous silence.

Le sujet est délicat au possible. D'ailleurs, notre interlocutrice n'accepte de parler que par téléphone et sous anonymat. Et pour cause! «Mon mari et moi avons caché ça au reste de la famille parce qu'on a peur de leurs réactions», précise-t-elle. Ça, c'est l'hermaphrodisme de leur bébé né il y a deux mois du côté d'Etoudi. «Quand les infirmières ont commencé à s'exclamer au moment de l'accouchement, j'ai imaginé toutes sortes de choses: qu'il n'avait pas de bras ou alors qu'il était né avec trois yeux. Mais pas qu'il avait un sexe féminin et un sexe masculin», raconte cette mère de famille.

Malformation génitale, lui disent les médecins. Des cas rares pour ces personnes souvent considérées comme le troisième sexe. «La dernière fois que nous avons eu un hermaphrodite, c'était il y a dix ans», précise justement une des infirmières de cette formation hospitalière. C'est dire que même au sein de l'hôpital, cette naissance a constitué un phénomène. «Les employés venaient l'observer comme un animal, on prenait des photos et j'entendais des choses du genre quelle malchance. Quelqu'un a même parlé de monstre. Et ça m'a vraiment mis le moral à zéro.

J'ai même pensé pendant une seconde l'étouffer avec un oreiller», avoue notre interlocutrice. Elle n'en fera rien mais les questions sont toujours là. «Je ne sais pas quoi faire. On m'a conseillé de l'opérer mais je ne sais pas si ce sera une fille ou un garçon. J'ai peur de faire le mauvais choix». Une peur qui a longtemps hanté Marielle E., qui elle aussi, a du cacher la vérité à son entourage. Tabou oblige. «On a peur d'être jugé responsable, d'être traité de sorcière, sans parler des moqueries que nous pouvons subir», ex-plique-t-elle. C'est pour cela que le choix a été fait très tôt. «J'ai bénéficié de ces campagnes de chirurgie organisées à l'hôpital Gynéco-obstétrique et mon enfant a été opéré à deux ans.

J'ai choisi qu'elle soit une fille», ajoute Marielle E. Mais la peur de conséquences est pourtant là pour ces parents souvent perdus qui ne savent pas à qui se vouer. «J'ai rencontré un hermaphrodite qui m'a dit que le choix de ses parents de le faire opérer l'a beaucoup perturbé. Il avait le physique d'un homme mais se sentait femme à l'intérieur. Sans parler du fait qu'on le traitait de monstre dans son entourage», raconte Marielle E. Mais heureusement, l'arrivée d'Internet a permis à certains parents de comprendre qu'il s'agissait juste d'un accident de la nature et qu'on pouvait le corriger. A condition, préviennent les médecins, de bien y réfléchir. 

© Josiane R. Matia | Cameroon Tribune

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau