Cameroun, Accident Vasculaire Cérébral : Un mal foudroyant

Le nombre de victimes va grandissant et la seule arme contre cette maladie reste la prévention. En 2009, Jeannette Temfang*, 29 ans, rejoint son mari à Paris dont elle est séparée depuis deux ans déjà. Elle a eu à peine le temps de profiter pleinement des joies des retrouvailles qu’elle est victime d’un Avc.

Très vite admise en soins intensifs, elle sort du coma les jours suivants. Mais encore, c’est le début d’une longue prise en charge. Dès lors, son mari, *Gilbert Temfang prend une année sabbatique pour s’occuper de sa femme, désormais paralysée du côté gauche (hémiplégie).Une année de rééducation va permettre à Jeannette de retrouver partiellement l’usage de ses membres. Un vrai coup de chance pour elle et sa famille étant donné que les Avc tuent autant que les accidents de circulation.

L’alerte lancée une énième fois par la fondation camerounaise du cœur et la société Aes sonel a ainsi provoqué un grand engouement chez les camerounais durant la 7ème édition de la semaine du cœur organisée du 24 au 30 septembre dernier. L’évènement a attiré en majorité des adultes qui se bousculaient dans les rangs pour se faire dépister et connaître l’état de leur cœur, de leur tension et de leur glycémie. Le profil des candidats au dépistage était aussi différent que les raisons de leur présence à l’esplanade de l’hôtel de ville de Yaoundé. « Moi je souffre de l’hypertension artérielle depuis plusieurs années.

Si je suis ici, c’est beaucoup plus par curiosité. Et les résultats des examens que j’ai faits ici ne m’ont pas surpris. En plus, j’ai des antécédents familiaux. Mon frère est mort des suites d’un arrêt cardiaque», indique, M. Tchamgwé, enseignant d’Université quinquagénaire. «J’ai des problèmes cardiaques et je suis permanemment sous traitement pour cette maladie. Je suis ici refaire des examens», explique Dalida Moutcheu, 21 ans. [B]Tabac[/B] Si ce n’est pour confirmer leur statut, les prétendants aux dépistages aspirent à profiter de la gratuité des examens. «Dès que j’ai su que c’était gratuit, je me suis jetée sur l’occasion», clame Briget Mokom, la trentaine passée. Cette raison est partagée par plusieurs personnes encore dans les rangs. «Je sentais la nécessité de me faire dépister. Puisque la possibilité s’est présentée, je me suis dit pourquoi pas. Toutefois, les médecins m’ont demandé de réduire ma consommation en alcool mais ce n’est pas possible.

Je suis camerounais donc c’est génétique», indique Kamgam Marius, 28 ans. Pourtant la consommation abusive d’alcool, l’hypertension artérielle, le tabac, l’obésité et le diabète, les problèmes cardiaques sont des portes d’entrée à un accident vasculaire cérébral (Avc), qui lui, est fatal. «L’avc est un accident neurologique soudain, renseigne le Dr. Jean-Jacques Pik, pratiquant de la médecine interne à l’hôpital de Creil, dans la banlieue nord-parisienne. Soit une artère est obstruée par un caillot : on parle d’accident ischémique ou alors la pression exercée par le sang peut rompre une artère: on parle d’accident hémorragique. Dans un cas comme dans l’autre, le cerveau est privé d’oxygène et de sang, c’est très grave», poursuit-il.

Pour se prémunir de ce mal, la prévention est de mise. «Il faut prendre des précautions pour éviter la sédentarité. Manger beaucoup de fruits et de légumes. Car en Afrique comme en Europe, la science ne garantit pas la guérison dans le cas d’un Avc», prévient le Dr. Pepouomi Mama Nourdi, cardiologue. Cependant, l’hypertension artérielle est la cause la plus importante de risque d’Avc. «La pression du sang agresse les parois des vaisseaux qui peuvent finir par se rompre», ajoute le Dr. Pepoumi Mama Nourdi. [B]Attitudes[/B] Les conditions de vie des camerounais n’arrangent pas les choses.

Dans la mesure où, la sécurité sociale est presque inexistante et que la majorité des personnes ne consomment que le premier aliment qu’ils ont sous la main. Les fruits et les légumes ne sont manifestement pas à porter de main. «J’ai sept enfants. Si tous doivent manger cinq fruits et légumes par jour comme le conseillent l’Oms, je crois qu’ils n’iraient plus à l’école», ironise Mme Tchialeu. Certains par contre ont la possibilité de se payer un tel mode de vie. Cependant ils ne s’y conforment pas non plus. «Il ya quelques fruits dans mon réfrigérateur mais je n’ai pas pris l’habitude de servir les repas avec ces desserts. En plus, les enfants n’aiment pas trop ces fruits il n’y a que mon mari qui consomme ces aliments», explique Mme Mouna.

A côté des attitudes opportunes à l’installation de l’Avc, la génétique est aussi un facteur de risque. En effet, «une étude récente a prouvé que les Africains éliminent moins le sel que les européens. C’est la raison pour laquelle, ils sont plus exposés à l’hypertension et aux maladies cardiaques», révèle le Dr. Pik. Par ailleurs, les hommes sont plus touchés par les avc que les femmes «même si à la ménopause, les statistiques tendent à s’équilibrer», insiste le Dr. Pepoumi Mama Nourdi. Selon Dr Pik, les avc sont plus présents chez les sujets de 65 ans et plus. Cependant, au Cameroun, révèle-t-il, les hommes de 40 ans sont plus visés. Pourquoi une telle avancée? Les médecins pointent du doigt le mode de vie.

«La modernisation a favorisé la sédentarisation. La marche n’est plus d’actualité. Les uns et les autres ne prennent plus la peine de faire le sport pourtant il faut faire le sport 30 minutes, trois fois par semaine», conseille François Ngoumou, président de la fondation camerounaise du cœur. D’autre part, «il faut manger beaucoup de fruits et de légumes qui apportent le calcium dont le corps a besoin», préconise Jean-Jacques Pik, avant de se lancer dans l’énumération des signaux précurseurs de la maladie.

Perte de la motricité et de la force d'un bras, d'une jambe, de la moitié du visage (déviation de la bouche) ou de la totalité d'un côté du corps (hémiplégie), perte de la sensibilité d'un bras, d'une jambe, de la face ou de tout le côté d'un corps, difficulté soudaine à trouver les mots ou à les exprimer: les phrases ou les mots sont incompréhensibles (aphasie sensitive dite de Wernicke ), difficulté soudaine à parler, à bouger la langue, impossibilité d'avaler la salive (aphasie motrice dite de Broca ), trouble soudain de l'équilibre et de la marche, pouvant conduire à la chute.

Des signes qui ne durent que quelques secondes mais qui peuvent conduire à la mort ou laisser de graves handicaps. 75 % des survivants d’un Avc gardent des séquelles définitives.

D’après des sources internet, 33 % deviennent dépendant toute leur vie et 25 % ne reprennents jamais d'activité professionnelle. Ainsi les uns et les autres gagneraient à adopter des comportements sains.

Source: Mutations

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau