Plusieurs villes prêtes à expérimenter une salle de consommation de drogue

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Plusieurs villes, de gauche comme de droite, sont sur les rangs pour tenter l'expérience d'une salle de consommation de drogue en 2013 en France, mais souhaitent une décision rapide du gouvernement pour ne pas fragiliser la campagne des municipales de 2014.

Actuellement illégales en France, ces salles sont destinées aux toxicomanes de rue, précarisés et en rupture. Elles doivent leur permettre de consommer leurs propres produits dans de bonnes conditions d'hygiène et sous supervision de personnels de santé, et de réduire les troubles à l'ordre public.

Pour le syndicat Alliance Police nationale, ces salles seraient un "remède bien pire que le mal" car elles seront "une incitation à la surconsommation des produits stupéfiants" et donneront "une totale impunité aux dealers".

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a promis des expérimentations "dans le courant de l'année 2013" et a confié à la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et toxicomanies (Mildt) "une étude de faisabilité" des différents projets. "Nous faisons une analyse uniquement technique", a expliqué à l'AFP Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mildt.

Les conclusions seront remises aux ministères concernés (Intérieur, Justice et Santé), qui feront des propositions au Premier ministre. "On ne démarche pas les villes", précise-t-elle. Seulement quatre projets lui sont parvenus pour l'instant: un de Paris (PS), un de Marseille (UMP) et deux de Bordeaux (UMP).

La Midlt a commencé par l'étude du projet parisien, "qui nous semblait le plus avancé", a dit Mme Jourdain-Menninger. Pour s'assurer que les conditions d'une expérimentation sont réunies, "on regarde s'il y a un besoin, un soutien par la mairie, une association porteuse, et si on peut faire une médiation avec les riverains, parce qu'il faut que ce soit un mieux pour eux".

La Mildt s'appuie sur un rapport de l'Inserm de 2010 estimant que dans huit pays où elles existaient, ces salles avaient permis "une amélioration de la santé" des toxicomanes, une réduction des comportements à risque et une "pacification" de leurs quartiers d'implantation. Mais "la fenêtre de tirs est réduite" avec les municipales de 2014 où il sera "difficile de défendre ces dispositifs", souligne Jean-François Corty, de Médecins du Monde, qui porte le projet parisien avec l'association Gaia.

Part de risque politique "Je mesure la part de risque politique, mais ce qui est plus irresponsable, c'est de ne rien faire", souligne Rémi Ferraud, le maire du Xe où sera implantée la salle. "Il est vrai que le problème des élections municipales va se poser pour tout le monde, à droite comme à gauche", juge Patrick Padovani, adjoint au maire (UMP) de Marseille, qui défend depuis longtemps l'idée d'une salle d'injection. "Il faudrait que cela se fasse avant juin, après on sera trop près des aventures municipales" et "les gens vont dire que l'on a plus besoin d'une maternité par exemple".

Strasbourg, Nancy et Toulouse sont aussi partantes pour une expérimentation. A Strasbourg, le conseiller municipal Alexandre Feltz (Socialiste et Républicain) estime qu'il existe "un consensus républicain (sur le sujet), de la gauche à la droite modérée", mais pour le conseiller UMP Robert Grossmann "ça ne doit pas être une priorité".

A Nancy, le maire UDI André Rossinot rappelle que "ce ne sont pas des élus qui vont piloter ça". "Est-ce qu'on refuserait de soigner quelqu'un sous prétexte qu'on serait à 15 jours des municipales?", interroge-t-il, comparant la polémique avec celle liée à la mise en place de programmes d'échanges de seringues dans les années 90. "Ce n'est pas un problème gauche-droite", juge le maire PS de Toulouse, Pierre Cohen, mais "de savoir comment on se comporte dans cette société: est-ce qu'on coupe tous les ponts avec tous ceux qui sont en difficulté, est-ce qu'on les met hors circuit? (...) Je réponds non".

© 2012 AFP

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