medicament de la rue

Mettre sa vie en danger en se soigant. Ce paradoxe décime l’Afrique depuis l’émergence dans les années 1980 d’un marché parallèle de produits pharmaceutiques échappant aux normes de qualité et de garantie de fabrication. En Afrique aujourd’hui, 1 médicament sur 5 est vendu périmé, détérioré ou de mauvaise qualité et 1 sur 3 est vendu hors des circuits autorisés. Délivrés par des vendeurs souvent analphabètes, ces produits s’avèrent être la cause d’innombrables décès, intoxications, cécités, malformations congénitales etc. Au-delà de la catastrophe sanitaire qu’il génère, ce commerce illicite de médicaments freine le développement socio-économique et institutionnel des pays. Alors que la gamme de médicaments disponibles s’élargit de plus en plus, de bonnes pratiques sanitaires sont indispensables afin de bloquer l’expansion de ce commerce dangereux et de protéger la santé de toutes les populations. Parce que le manque d’informations sur les médicaments est la première cause de recours à des produits illicites et parce qu’il faut combattre l’idée fausse selon laquelle le médicament de la rue est moins cher que le générique, ReMeD entend mobiliser les populations du Nord et du Sud contre ces dangers

Au Cameroun, le commerce des médicaments en plein air, dans les échoppes, les marchés et même par des vendeurs ambulants est une activité illégale, mais tolérée par les autorités nationales, qui perçoivent une taxe auprès des vendeurs. Cet arrangement lucratif pour les deux parties entraîne des risques de santé, des fois même mortels, pour les patients usagers. Anne Mireille Nzouankeu Dans les rues de Yaoundé, comme partout dans le pays, on n’a pas besoin d’avoir une ordonnance pour se procurer toutes sortes de médicaments, que ce soient des antibiotiques ou autres pilules et solutés etc. Les vendeurs de ces remèdes se font appeler ''Docta'', un diminutif de docteur, bien que n’ayant aucune formation médicale. Ils auscultent, posent des diagnostics et vendent ensuite les médicaments qu’ils jugent appropriés : cela ne va pas sans conséquences. Marguerite Bélibi, une ménagère vivant à Yaoundé, se souvient encore du jour où sa sœur est revenue d’une visite chez un Docta : « Ma sœur faisait ses courses et elle a été prise de vertiges. Elle s’est arrêtée à une pharmacie de la rue, où on lui a recommandé l’injection d’un médicament pour la soulager. Elle s’est évanouie avant la fin de l’injection. A l’hôpital, on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un médicament à administrer après le repas ». Des prix attractifs Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Poussés par les prix élevés en pharmacie conventionnelle, un nombre croissant de Camerounais cherchent à se soigner à petit prix, tout en courant le grand risque d’aggraver leur état de santé. Le nombre de clients est en hausse et les vendeurs de médicaments de la rue affirment que ces clients sont issus de toutes les catégories sociales. Cependant, la plupart sont des personnes aux revenus modestes, qui s’approvisionnent en ces lieux à cause de la modicité des prix. Une plaquette de 12 comprimés de l’antalgique appelé paracétamol coûte 100 Fcfa (0,15€) dans la rue. Le médicament de marque fait à base du même principe actif et dans les mêmes quantités coûte entre 1500 (2,29€) et 2000 Fcfa (3,05€). Des combines pour tromper la vigilance Les vendeurs de la rue disent s’approvisionner auprès de la Centrale nationale d’approvisionnement en médicaments essentiels (Cename), l’institution gouvernementale accréditée pour la distribution des médicaments. La Cename ne reconnaît pas se livrer à ce trafic. Des pharmaciens évoquent la possibilité d’un trafic de médicaments contrefaits dont les ramifications se trouveraient dans les pays voisins. Ces vendeurs se procureraient également des médicaments génériques et des médicaments périmés qu’ils vendent ensuite hors de leur emballage d’origine. D’ailleurs, « les malades ne vérifient jamais la date de péremption des médicaments», avoue un vendeur qui souhaite garder l’anonymat. Michel Amougou, infirmier à Yaoundé pense qu’il y a beaucoup de faux médicaments dans les stocks des Doctas. « Je travaille dans un service de planning familial et j’ai vu plusieurs cas de femmes qui sont tombées enceintes pensant qu’elles prenaient la pilule contraceptive achetée dans la rue. Il s’agissait en réalité de farine. » Le danger pour le consommateur ne vient pas seulement de la vente de médicaments contrefaits ou de l’incompétence pharmaceutique des vendeurs. Même si les médicaments sont de qualité, ils exigent un stockage adéquat. L’action combinée de la chaleur, de l’humidité, du soleil et des manipulations diverses que subissent les médicaments vendus dans la rue les rendent nocifs pour la santé. Pour Carole Moussima, assistante en pharmacie, «… la tétracycline par exemple, exposée à de très fortes températures, se transforme en poison». Le gouvernement réagit mollement Pour lutter contre le phénomène de médicaments de la rue, le gouvernement a encouragé les pharmacies à vendre des médicaments génériques, qui sont moins chers. De temps en temps, des médicaments de la rue sont saisis et brûlés sous l’œil des caméras de télévision, pour satisfaire l’opinion publique. Les vendeurs illégaux restent cependant tolérés tant qu’ils payent leurs taxes. Anne Mireille Nzouankeu

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