Les super-héros crèvent l'écran

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Si vous pensez que la mission des super-héros est de sauver l'Amérique, voire le monde, vous n'y êtes pas vraiment. Depuis une bonne douzaine d'années, leur vocation est plutôt de sauver Hollywood. Ils ont même donné naissance à un «genre nouveau», souligne Olivier Delcroix, journaliste au Figaro, dans son super-livre Les Super-héros au cinéma.

Dans les années 2000, ils ont en effet proliféré sur grand écran: X-Men de Bryan Singer (2000), Spider-Man de Sam Raimi (2002), Hulk d'Ang Lee (2003), Batman Begins de Christopher Nolan (2005), Iron Man de Jon Favreau (2008). Chaque fois, ce n'est pas un film mais une trilogie pour exploiter le filon. Le public est au rendez-vous à chaque épisode, au point, écrit Olivier Delcroix, que les super-héros «ont désormais acquis une si grande notoriété qu'ils ne relèvent plus d'un simple effet de mode». Ils incarnent même «une nouvelle forme de mythologie moderne qui transcende la notion de patrie». Échappés de leurs comic books, il est vrai qu'ils prennent une nouvelle dimension.

À la pointe de l'épée

Deux raisons expliquent cette apothéose. D'une part, des metteurs en scènes ambitieux et talentueux veillent à donner à des personnages souvent sommaires une plus grande épaisseur et une plus grande complexité psychologiques. Pour un Christopher Nolan, le défi est d'arriver à traiter Batman comme un personnage réel. De même, Sam Raimi s'intéresse plus au malaise de l'adolescent Peter Parker qu'aux superpouvoirs de Spider-Man.

D'autre part, grâce aux effets spéciaux numériques, les cinéastes peuvent enfin rivaliser avec le dessinateur. Celui-ci, armé d'un simple crayon, donne libre cours à son imagination et obtient sur sa feuille de papier les effets graphiques les plus délirants. Avec une caméra, avant l'arrivée des nouvelles technologies, c'était autrement plus compliqué, et le résultat pouvait faire sourire.

Cette invasion de super-héros ne doit pas faire oublier, comme le raconte Olivier Delcroix, que Hollywood en pince en fait pour les super-héros depuis près d'un siècle. Le premier à bondir devant la caméra, dès 1920, a été… Zorro, qui relance alors la carrière de Douglas Fairbanks. Zorro? Oui, car Don Diego a déjà certains attributs du super-héros: double identité, ­invulnérabilité, déguisement… Le Z tracé à la pointe de l'épée annonce le Batsignal de Batman, le S de Superman, le symbole arachnéen de Spider-Man, le double D de Daredevil…

À chacun son logo, sa marque de fabrique. Olivier Delcroix retrace cette longue marche avec précision et exhaustivité. Il ne laisse dans l'ombre aucun membre de la grande famille des super-héros, pas même quelques cousins éloignés, comme Flesh Gordon, protagoniste de joyeuses aventures érotiques. C'est, bien sûr, avec Superman de Richard Donner (1978), Batman de Tim Burton (1989) ou Blade de Stephen Norrington (1998) que les super-héros gagnent leurs premiers galons de gloires hollywoodiennes avant que ne déferle la grande vague actuelle.

Les dernières pages passent en revue les indispensables méchants sans lesquels nos super-héros seraient réduits à l'oisiveté. Il y a là le terrifiant Joker, le mégalomane Lex Luthor, l'inquiétant Bouffon Vert… Ce sont autant de génies du mal qui mériteraient un ouvrage tout aussi complet et érudit que Les Super-héros au cinéma.

«Les Super-héros au cinéma», d'Olivier Delcroix, Hoëbeke, 184 p., 32 €

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Date de dernière mise à jour : 16/12/2012