Japon: les conservateurs de retour, et en force

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Les conservateurs du PLD sont de retour en force au Japon: ils ont remporté dimanche la majorité absolue à la chambre des députés lors des législatives et reviennent au pouvoir pour relancer une économie en récession et tenir tête à la Chine.

Déçus par trois ans de pouvoir du centre-gauche, les Japonais ont plébiscité le Parti Libéral-Démocrate de Shinzo Abe, probable futur Premier ministre, qui souhaite voir redémarrer des réacteurs nucléaires malgré le traumatisme causé par l'accident de Fukushima de mars 2011.

Selon des sondages de la télévision publique NHK à la sortie des bureaux de vote qui ont fermé à 20H00 locale (11H00 GMT), le PLD a emporté 275 à 310 des 480 sièges en jeu lors de ces élections anticipées auxquelles participaient une douzaine de partis. Le PLD, qui a dirigé le Japon quasiment sans interruption de la fin des années 1950 à 2009, signe un retour fracassant.

Il a même décroché la majorité qualifiée des deux-tiers avec son allié centriste du Nouveau Komeito (27 à 35 sièges), selon la chaîne NHK, un total qui devrait faciliter la tâche de la future coalition gouvernementale face à un Sénat sans majorité claire. Le Parti Démocrate du Japon (PDJ, centre gauche) de l'actuel Premier ministre, Yoshihiko Noda, tombe en revanche aussi bas qu'il était monté haut en 2009: 55 à 77 sièges contre les 308 récoltés lors de sa victoire historique d'il y a trois ans selon la NHK. M. Noda a admis sa défaite et annoncé qu'il quittait la tête du PDJ.

Connu comme un "faucon" en politique étrangère et ancien Premier ministre (2006-2007), M. Abe s'est voulu prudent dans ses engagements et les Japonais, lassés de l'instabilité chronique (six Premiers ministres en six ans), ont surtout adressé un "carton rouge" au PDJ pour son alternance ratée sans voter avec enthousiasme pour le PLD. Ce manque de ferveur s'est traduit par une participation exceptionnellement basse de 59,52 %, soit pratiquement 10 points de moins qu'il y a trois ans, selon une estimation provisoire.

Plus de 100 millions de Japonais étaient appelés à élire les 480 députés qui choisiront le nouveau Premier ministre d'une nation vieillissante, en récession économique et diplomatiquement aphone. Face à une Chine en plein boom qui conteste au Japon la souveraineté sur les îles Senkaku de mer de Chine orientale, les conservateurs ont accusé de mollesse les dirigeants du PDJ et promis plus de fermeté.

Sans même attendre la confirmation officielle de la victoire de son parti, Shinzo Abe a annoncé la couleur: "la Chine conteste le fait que (ces îles) soient une partie inhérente du territoire japonais. Notre objectif est de mettre fin à cette revendication", a-t-il déclaré dimanche soir, tout en assurant ne pas vouloir "détériorer" les relations avec Pékin.

Alors même que les Japonais votaient, l'agence officielle Chine nouvelle avait mis en garde contre les "messages troublants" de formations plaidant pour l'intransigeance à l'égard de la Chine. "Ces politiques, si elles étaient mises en oeuvre, dégraderaient davantage les relations du Japon avec ses voisins et accentueraient les risques politiques et militaires dans la région", a-t-elle averti.

Le professeur Tetsuro Kato, expert en sciences politiques de l'Université Hitotsubashi de Tokyo, juge toutefois peu probable un durcissement rapide et majeur côté japonais, au regard des intérêts économiques bilatéraux. Le PLD prévoit par ailleurs des budgets de relance pour doper la troisième puissance économique mondiale et une pression accrue sur la banque centrale du Japon pour qu'elle ouvre les vannes. "L'économie est en très mauvais état après les trois ans de confusion politique du PDJ. Nous sommes en déflation et le yen est trop fort", a martelé Shinzo Abe.

Il aura fallu moins d'une législature pour que s'effrondre le PDJ, certes desservi par la crise économique et la triple tragédie de mars 2011 (séisme, tsunami et accident de Fukushima). Oubliant une dette colossale (plus de 200% du PIB), il avait triomphé en 2009 grâce à de généreuses promesses sociales et économiques pour beaucoup non tenues.

© 2012 AFP

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