Universités : arnaques et affairisme autour de la prime

Jamais le paiement de la gratification à l’excellence ne s’est fait sans bruit, depuis son instauration.

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La prime à l’excellence est une promesse faite aux étudiants par le président de la République dans son discours à la jeunesse, le 10 février 2009. elle s’élève à près de 3,5 milliards de francs, et concerne plus de 53.000 étudiants des universités d’etat et de 10 instituts privés d’enseignement supérieur (ipes). ainsi, chaque étudiant ayant obtenu au moins 11 de moyenne doit percevoir 50.000 francs. sur les critères d’éligibilité, le postulant doit être régulièrement inscrit dans une université de la place durant l’année académique en cours, non salarié au niveau master, en maîtrise, Dea, doctorat et de 4è et 5è années des grandes écoles.

Les meilleurs étudiants de 2è et 3è années, les diplômés du Brevet de technicien supérieur (Bts), du Diplôme d’enseignement supérieur (Desp) et leur équivalent anglophone, respectivement le Higher national Diploma (Hnd) et le Higher Professional Diploma (Hpd), sont aussi concernés. mais, alors que les premiers paiements venaient d’être lancés en 2010, les étudiants sortirent des campus pour crier haro sur les autorités universitaires.

Depuis lors, chaque année, c’est le même cas de figure au moment de verser cette gratification présidentielle. 2013 n’a donc pas fait exception, malgré le planning fixé par le ministre de l’enseignement supérieur (minesup), Jacques Fame ndongo. ainsi, le 21 août dernier, les étudiants de l’université de Yaoundé ii-soa, bénéficiaires de ladite prime, ont bloqué l’entrée principale du campus. agglutinés dès 5h du matin devant le portail de cette institution, ils ont entonné l’hymne national tout en réclamant la présence du recteur, Oumarou Bouba. a l’origine de leur courroux, un communiqué d’icelui : «Pour des raisons conjoncturelles indépendantes de notre volonté, les paiements de ladite prime, momentanément suspendus le lundi

Irresponsabilité

Cette situation n’est pas unique à Yaoundé ii. La veille, les apprenants de Bambili (nord-Ouest) ont perturbé la circulation en posant des barricades sur la voie publique qui mène vers ndop, Kumbo, nkambe, chefs-lieux respectifs des départements du ngoketunjia, Bui et Donga mantung. si, à Yaoundé ii, c’est un communiqué du recteur qui a mis le feu aux poudres, là-bas, la pomme de discorde est relative à la non-délivrance, par l’administration de l’université, des cartes d’étudiant et des relevés de notes de l’année académique 2011-2012, deux documents impératifs pour l’accès à la prime spéciale du chef de l’etat.

L’ordre ne reviendra qu’après l’intervention du préfet de la mezam, Félix nguélé nguélé. Pratiquement la majorité des universités d’etat ont connu de tel remous, même si les formes différaient. ici et là, on a dénoncé les retards dans le lancement des opérations de paiement, l’assèchement subit des caisses ou encore l’irresponsabilité des agents comptables. L’autre pomme de discorde entre les étudiants et l’administration universitaire est le manque d’objectivité dans la constitution des listes des candidats devant bénéficier de cette manne présidentielle. «On y retrouve des noms de personnes n’ayant pas obtenu la moyenne requise, à savoir au moins 11/20. Sans compter que des noms de travailleurs y ont été frauduleusement insérés», renseigne aurélien m.*, étudiant à l’université de Yaoundé II. Passée l’étape de la publication des résultats, une autre paire de manches consiste à rentrer en possession des fonds. Pour cela, il faut parfois monnayer dur pour être vite servi.

Un étudiant de l’institut de formation et de recherche démographiques (iford) affirme avoir assisté, devant les guichets de l’université de Yaoundé ii, à un acte de corruption caractérisée : «Le 23 aout dernier, face à la résistance du caissier à le servir, un étudiant salarié a été obligé de laisser 10.000 Fcfa et s’est contenté d’empocher 40.000Fcfa.» Plusieurs autres étudiants de Buea ont été victimes de la même arnaque. «Avec le système Lmd [licence-master-doctorat], il est difficile d’harmoniser les dates de proclamation des résultats dans les différents établissements universitaires. C’est dire que l’annualité académique n’est pas standardisée.

Avec l’ancien système, les étudiants connaissaient la période de rattrapage. Aussi, pour toucher la prime de l’année académique 2011-2012, il faut être inscrit pour l’année 2012-2013 ; d’où les nombreuses requêtes de ceux ayant fini leur cycle licence», explique-t-on à la cellule de communication du minesup. La même source indique que les opérations de paiement ne sont lancées dans les établissements universitaires que lorsque tout l’argent est réuni au niveau du Trésor public, sur la base des listes envoyées au ministère de tutelle.

© Mutations : Pascal Dibamou

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