Pr Jacques Fame Ndongo: «Les étudiants ne seront pas sacrifiés»

Le Ministre de l'Enseignement supérieur explique la nouvelle donne dans le domaine de la formation en médecine au Cameroun.

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Des réformes importantes viennent d'être entreprises dans le domaine de la formation médicale au Cameroun. Quelles sont-elles et comment comprendre qu'elles interviennent en ce moment précis?

Ces réformes concernent la création d'une Commission nationale interministérielle de la formation médicale (elle émet des avis techniques sur la formation à l'Université, mais aussi sur le terrain), l'institution d'un examen national unique pour l'accès à la formation médicale (établissements publics et privés agréés), d'un examen unique pour l'accès à la profession médicale, d'un examen pour le passage de la troisième à la quatrième année. Autre innovation: la création de l'internat des hôpitaux (comme en France) ouvert aux étudiants les plus brillants (Ils passent un concours spécial dès la fin de la sixième année.

Après l'obtention du doctorat en médecine, ils continuent leurs études dans le cadre de la spécialisation, sans être astreints à l'obligation de l'expérience professionnelle, contrairement à leurs camarades qui choisissent le résidanat). L'internat des hôpitaux sera effectif dès l'année prochaine. Soulignons aussi l'alignement de toutes les formations menant au doctorat en médecine sur le cursus bac (ou GCE AL) + 7 ans au moins.

Pourquoi ces mesures interviennent-elles en ce moment précis?

Il importe de rappeler qu'en droite ligne de la loi d'orientation de l'Enseignement supérieur (16 avril 2001), le Chef de l'Etat avait donné des directives pour l'amélioration de la qualité de la formation universitaire, sans pour autant sacrifier la quantité (au regard de la très forte demande estudiantine). Après avoir ouvert (il y a six ans) les établissements facultaires de formation médicale créés par le Chef de l'Etat le 19 janvier 1993 (il y a 20 ans et demi) et après avoir crée et ouvert des Instituts privés d'enseignement supérieur depuis une dizaine d'années, après avis de la Commission nationale de l'Enseignement supérieur privé, (instance interministérielle présidée par un ancien Chancelier de l'Université de Yaoundé), le Ministère de l'Enseignement supérieur a relevé certaines dérives qui ont été régulièrement stigmatisées par mon département ministériel et ses partenaires dans la formation (Minsanté, Ordres nationaux des professionnels de la santé).

Au demeurant, chaque Institut privé est tutoré par une Université d'Etat qui veille sur la qualité académique, professionnelle, technique et logistique de l'établissement. Au regard de la persistance de ces dysfonctionnements, le gouvernement de la République a pris le taureau par les cornes (création d'une Commission d'évaluation, restitution publique des travaux et mesures mélioratives immédiates).

Une mission est descendue sur le terrain pour évaluer les formations dans les filières de médecine, de sciences pharmaceutiques, et d'odontostomatologie et a relevé d'importants manquements. A côté de l'institution d'un concours national, quelles autres mesures seront prises concernant notamment les établissements où l'on a noté les plus grandes dérives?

La Commission nationale interministérielle de la formation émettra des avis techniques sur ce volet de la question, l'objectif étant la recherche de la qualité dans l'excellence et l'équité.

L'on sait déjà que le premier concours national aura lieu le 17 septembre 2013. Mais l'on ignore qui sera concerné....

Tous les Camerounais des deux sexes âgés de 25 ans au plus et ayant suivi le cursus secondaire scientifique. Chaque candidat a trois choix dont au moins une institution privée agréée par le Ministère de l'enseignement supérieur. Globalement, les quotas nationaux sont les suivants; médecine: (500 places), pharmacie (150 places), odontostomatologie (150 places).

Peut-on déjà savoir quels établissements de formation pourront recevoir des candidats dans les filières de médecines, de sciences pharmaceutiques et d'odontostomatologie dès l'année académique 2013-2014?

Il y aura les quatre facultés d'Etat (Bamenda, Buéa, Douala, Yaoundé) et les Instituts privés dont la liste sera rendue publique par le Minesup après avis technique de la Commission nationale de la formation médicale.

Si certaines institutions de formation dans le domaine médical sont fermées dès la fin de l'année académique en cours, que vont devenir les étudiants qui s'y étaient déjà inscrits et étaient pratiquement au bout de leur cycle?

Les étudiants ne seront pas sacrifiés. La Commission nationale interministérielle émettra un avis sur cette hypothèse sensible et délicate. Néanmoins, les décisions tiendront compte de tous les aspects de ce dossier, la priorité étant focalisée sur l'excellence académique. Du reste, si la formation médicale est fermée ou suspendue (pour carences criardes), d'autres filières pourront continuer de fonctionner (techniques de laboratoire, soins infirmiers, métiers paramédicaux, etc.).

Le rapport issu de la mission d'évaluation dans les institutions de formation médicale n'a épargné aucune d'elle, même pas la plus ancienne qui est la faculté de Médecine et de Sciences Biomédicales de l'Université de Yaoundé I. Pensez-vous qu'il est possible, dès la prochaine rentrée académique, qu'ils se mettent au niveau du seuil minimal de qualité?

La Faculté de médecine et des Sciences Biomédicales n'est pas épargnée. Des lacunes objectives ont été relevées (par exemple l'absence d'un laboratoire d'anatomie, en vue de la dissection des corps). Déjà, l'année dernière, j'avais retardé de plusieurs semaines la sortie de la promotion afin que ce déficit fût comblé dans des laboratoires performants. Cette année, des mesures palliatives ont été prises. Mais, ce n'est pas encore l'optimum. J'ai instruit le nouveau Recteur de l'Université de Yaoundé I (qui avait conduit la mission d'évaluation et qui est un ancien Doyen de ladite Faculté) de se pencher résolument sur ce problème. Il le fait avec détermination et efficacité.

Le professeur Tetanye Ekoe, Vice-Président de l'ordre des médecins du Cameroun et ancien doyen de FMSB de l'Université de Yaoundé I vous reproche d'avoir improvisé en augmentant l'offre de formation en médecine au Cameroun. Il déclare notamment «A mon avis, le Ministre Fame Ndongo s'est royalement trompé sur la stratégie à mettre en œuvre pour exécuter les volontés du Chef de l'Etat en matière de formation médicale. Il s'est entêté à croire que l'on peut former des médecins performants comme on fabrique du pain en boulangerie». Qu'en pensez-vous?

Platon m'interdit de descendre dans la Caverne Aujourd'hui, c'est de la formation médicale qu'il est question.

Est-ce que le Ministère de l'Enseignement supérieur envisage de voir plus clair aussi dans d'autres filières où l'on entend également des plaintes sur la qualité de la formation dans certains IPES ?

Les autres filières sont régulièrement évaluées par l'inspection générale académique, la Direction des accréditations universitaires et de la qualité et la Direction du développement de l'enseignement supérieur. Des mesures correctives subséquentes sont apportées aux dysfonctionnements constatés. Mais, il n'est pas exclu qu'une Commission d'évaluation ad hoc soit créée pour ausculter telle ou telle filière.

© Jules Romuald Nkonlak | Le Jour

Commentaires (1)

1. MOUTLEN MARIUS 22/06/2013

Comment se fera la répartition du nombre de candidats retenus dans les principaux établissements facultaires ?

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