CAMEROUN : NON AU TRIOMPHE DU TRIBALISME DANS LE DISCOURS DES UNIVERSITAIRES CAMEROUNAIS

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Canal Presse a été interrompu, il en est de même de Zappepresse sur Radio Siantou en cause, l’attitude du Professeur en Anthrolologie de sport, enseignant à l’IRIC de Yaoundé, Pascal Charlemagne Messanga Nymading aujourd’hui « Sa Majesté ».

La dérive n’est pas encore au niveau des écrits peut-être parce qu’ici, il faut une cohérence dans l’agencement des mots, une véritable construction de la pensée.

Nous nous servons aujourd’hui de l’écrit pour attirer l’attention des pouvoirs politiques dans notre pays, pour faire un clin d’œil au monde universitaire silencieux depuis quelques temps face à ces dérives.

Si dans le discours politique des années 60 le Président Ahmadou Ahidjo dictait le tempo de l’unité nationale, refusait le débat au point qu’on aurait pu penser qu’il l’imposait aussi, aujourd’hui force est de constater dans le camp de nous qui restons républicains nous avons la nette impression que le bureau politique du RDPC par ses hommes de médias, nous mettent le pistolet du tribalisme à la tempe et souhaite nous voir plonger dans l’ensauvagement du non rationnel dans un pays qui a tant besoin de construction. Sur les plateaux de télévision, dans les différentes chaines de radio, de plus en plus on nous explique que certaines tribus sont inférieures à d’autres et, en même temps, on nous dit que chacun devra le moment venu rentrer chez soi. Où tombera le curseur ? Je reste persuadé que beaucoup s’indignent de la montée en force d’un tel discours mais ne savent pas comment l’arrêter. Il est difficile de se prononcer en âme et conscience dans des constructions qui sont étrangères à la raison et à la civilisation. Les Camerounais, oui parce que c’est ce que nous sommes, se doivent ensemble et main dans la main avec sincérité de dire non.

Un rééquilibrage de ses positions, sans illusions excessives

Comme intellectuel dont la mission première me semble-t-il, dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, est de porter la lumière en exerçant un pouvoir par la voie de l’autorité morale, nous nous devons de prendre la parole. Oui car le rôle de l’intellectuel tel que défini par Régis Debray dans Le Scribe (1990) est « d’écrire, de prescrire, instruire, conduire, transmettre, soumettre » voilà qui nous interpelle et exige de notre part un rééquilibrage des positions face respectivement aux dérives du Prof. Charlemagne Messanga Nyamding et les autres du même registre mais aussi face au silence du parti pour lequel il est porte-parole dans les médias, car c’est en cette qualité qu’il intervient et distille un venin susceptible de mettre à mal la cohésion sociale dans notre pays. Le silence du RDPC cache la brutalité de ce parti et surtout sa capacité au sein de l’appareil étatique à faire payer ceux qui sont perçus comme des gêneurs, voilà possiblement ce qui justifie la montée de la violence dans le langage des ténors de ce parti politique dont Messanga Nyamding n’est que la partie visible aujourd’hui. La permanence de l’injure, de l’invective, l’apologie du tribalisme tout cela participe de la politique de pourrissement mise en place par le RDPC voici 31 ans déjà.

La vacuité intellectuelle qui soutient le propos qui nous est servi dans les radios et autres chaines de télévision n’a pas franchi le seuil de l’écriture qui demande plus de construction, plus de rigueur. Seulement ce n’est pas une raison pour laisser faire car la radio, comme le dit Tjadè Eone, est le lien vivant entre les populations qui n’ont pas la maitrise de l’écriture et donc de la lecture et la société dans laquelle ils vivent. En laissant le contrôle de la radio et de la télévision à des intégristes de la déstructuration de l’unité nationale, nous prenons le risque de construire la Somalie au Cameroun c’est-à-dire une situation de non Nation et de non Etat. L’influence de l’intellectuel dans la société doit reposer sur trois décalages qui nous semblent importants. L’intellectuel est apte à exprimer la pensée de son peuple, à le conseiller avec justice comme le disait Mirabeau. Il est capable d’émettre une parole qui dépasse son individualité pour énoncer l’universel comme nous le conseillait Goethe et enfin, il est autorisé à parler des sujets qui débordent son domaine de compétence au nom de la vérité et non en fonction d’une technique comme l’exige Gorgias. Je suis le premier à ne pas conférer à l’intellectuel une immunité qui rendrait tout pardonnable cependant, il est important qu’il prenne conscience de la responsabilité sienne au sein de la société, cette responsabilité est aussi grande que la liberté d’expression dont nous jouissons tous.

Ce que fait le Prof Pascal Charlemagne Messanga Nyamding est dangereux et montre à suffisance la fermeture de notre pays car là où existe la liberté d’expression, les qualités ou dispositions qui établissent le statut de l’intellectuel dans une société sont exigeantes : compétence dans un domaine d’esprit reconnue par les pairs et par ceux qui les jugent notamment ; aptitude à manier les idées générales, condition obligée même chez les mathématiciens et les spécialistes d’une discipline scientifique ; intégrité personnelle indiscutée même par tous ceux qui désapprouvent ses idées et ses prises de position ; totale indépendance d’esprit vis-à-vis de tous les pouvoirs, y compris les médias et l’opinion publique ; aptitude à s’émouvoir, à se passionner pour une cause tout en respectant les bornes de la rationalité entendue au sens large de terme, de la « raison raisonné » plutôt que la « raison raisonnante » selon les termes d’Emmanuel Kant ; conscience des intérêts qu’il épouse ou qu’il sert de quelque façon. Il est donc nécessaire de recadrer le professeur Messanga à défaut d’interroger la raison discursive chez lui.

© Correspondance de : Dr Vincent-Sosthène FOUDA socio-politologue

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