Cameroun : Jeunes diplômés et sans emploi

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Cameroun : Jeunes diplômés et sans emploiFaute de mieux, ils sont contraints d'exercer des métiers en inadéquation avec leur formation de base.

A l'orée de l'an 2000, Gaston Abe, Valséro, de son nom d'artiste, ne pensait pas que sa principale activité serait celle d'artiste chanteur.

Ce rappeur camerounais, connu pour ses lettres au président de la République, sortait de l'Ecole des postes et télécommunications de Buéa.

Comme tout diplômé qualifié, il construisait des châteaux au fil de ses rêves et peignait les murs de la vie en rose. « J'étais sûr et certain que je serai un grand technicien de télécom et même à Camtel.

Mais, arrivé sur le terrain, c'est un peu difficile de se rendre compte qu'on s'est fait arnaquer », fustige-t-il, entre deux blagues. A l'époque, les premières compagnies de téléphonie mobile viennent d'être créées et la concurrence est en pleine expérimentation dans cette filière. De quoi doper l'espoir des 200 diplômés sortis de l'Ecole des télécommunications cette année-là. Valséro dépose alors des demandes d'emploi à Cameroon Telecommunications, au ministère des Postes et Télécommunications et au Fonds national de l'emploi, sans suite. Il en a déposé aussi une à l'Agence de régularisation des télécommunications (Art), créée dans les années 2000.

« Je ne sais pas quelle réponse vous voulez qu'ils vous donnent ! Pour vous donner une réponse, il faut qu'ils vous croisent. Sinon, tout le monde connaît le code de la lettre anonyme : ??on est content d'avoir reçu votre lettre, mais, dommage de ne pouvoir y faire suite, bla bla bla''», rigole l'artiste, titulaire d'un diplôme de technicien supérieur des travaux de télécommunications. Las de chercher en vain un emploi, il s'est jeté dans la musique. Aujourd 'hui, il est très actif au sein d'une organisation de la société civile. Des activités n'ayant rien à voir avec sa formation de base.

Les métiers de circonstance

'instituteurs de l'enseignement général (Enieg) de Mvengue dans la région du Sud, Barbara, 25 ans, connaît, elle aussi, un parcours inattendu. Depuis la fin de sa formation en 2011, elle court après l'emploi. « Après ma formation, j'ai postulé dans les établissements publics et privés à Douala. J'ai déposé des dossiers au moment opportun (août 2012). Dans tous les établissements publics où je suis passée, on m'a dit que les effectifs des enseignants étaient déjà bouclés. Dans certaines écoles privées, on m'a appelée, j'ai passé des entretiens qui n'ont pas abouti », raconte-t-elle. Inscrite depuis l'année dernière au Fonds national de l'emploi, Barbara a passé plusieurs entretiens sans suite.

«Mon encadreur, une femme, me disait chaque jeudi où j'y allais que leur but n'est pas de nous donner immédiatement du travail, mais de nous dire ce qu'il faut faire pour en trouver facilement un ». Découragée, Barbara se promène aujourd'hui de kiosque en kiosque pour vendre des crédits de communication pour le compte d'un sous-traitant privé de la société Camtel. D'ailleurs, elle ne souhaite plus trouver d'emploi dans sa filière de formation.

« Mon objectif est de trouver un autre emploi. Depuis octobre 2012, je me bats. Je fais du call-box », dit-elle. La seule satisfaction qu'elle puise dans cet « emploi » précaire et conjoncturel tient au fait qu'il lui permet au moins de sortir de la maison chaque matin et d'éviter ainsi l'ennui ou la débauche. Christelle Danielle Bonam a arrêté sa collaboration avec Radio Casmando il y a cinq mois parce que les « subsides » qu'on lui donnait ne lui permettaient pas de couvrir ses frais de taxi. Elle a déposé des dossiers de recrutement auprès de plusieurs organismes d'intérim (Cible, Rh Emploi, Fne, Kerawa sur internet), sans suite. Elle se dit également prête à changer d'orientation. « Je suis prête à tre secrétaire, tout ce qui pourra se proposer à moi, car il faudra que j'acquière de l'expérience ». Adieu le métier de journaliste que cette mère de trois enfants a appris à l'Ecole supérieure de gestion (Esg).

«On marchande l'emploi » Comme Valséro, Barbara ou Christelle Danielle, de plus en plus de jeunes sont contraints aujourd'hui de changer d'orientation et de s'adapter à des emplois précaires et conjoncturels, en totale inadéquation avec leur formation de base. Pour l'artiste Valsero, la faute d'abord aux pouvoirs publics, qui ne programment pas des sessions de formation en tenant compte de la demande et de la capacité des écoles existantes.

« Pourquoi l'Ecole des postes qui appartient à l'Etat ne peut-elle pas se mettre en accord avec Camtel et se dire ??ok on va former en fonction de la demande ?'' Vous ne pouvez pas avoir une école professionnelle, une entreprise, former des enfants et, à la fin, leur dire qu'il n'y a pas de postes de travail. Je crois qu'il faut équilibrer ce qu'on donne en terme de nombre pour ceux qui veulent faire des concours. L'Ecole des postes ne peut pas lancer un concours pour 500 places et ne pas pouvoir offrir 30 postes de travail », explique le rappeur. Il dit avoir découvert au Fne qu'on vendait et trafiquait l'emploi.

© Le Jour : Théodore Tchopa

Commentaires (1)

1. Jérémie 01/10/2016

Je suis sorti au collège régional d'agriculture mais pour trouver un emploi dans les organismes c'est un autre problème car on préfère quelqu'un qui n'a pas été formé dans le domaine par ce qu'il a son grand frère qui travail dans l'organisme donc c'est devenu aujourd'hui question de relations. Il faut que le gouvernement voit ce cas de chômage car notre pays a besoin de développer le secteur agricole pourtant il y'a beaucoup des jeunes formés sans emploi et la majorité des postes agricoles manquent des des personnels

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