Cameroun - Formation médicale: Les candidats seront désormais soumis à un concours national

C’est l’une des résolutions adoptées au terme du diagnostic de la formation dans les facultés et autres institutions privées d’enseignement médical. Une mesure qui, selon le ministre de l’Enseignement supérieur, sera appliquée dès la prochaine rentrée académique.

Des recommandations pertinentes ! De grandes résolutions ! Il en est sorti vendredi 31 mai 2013, au terme des travaux de restitution du rapport de la Mission d’évaluation des facultés et institutions privées d’enseignement supérieur (Ipes) de formation médicale au Cameroun. L’une d’elles « il y aura un examen d’aptitude pour tous ceux qui veulent embrasser la carrière médicale dans les domaines de la médecine, pharmacie, chirurgien dentiste », a annoncé le ministre de l’Enseignement supérieur. Et Jacques Fame Ndongo d’ajouter pour faire de l’effet : « Comme cela se fait aux Etats Unis où on exige une licence […] un examen de sortie, le Board, comme on l’appelle là-bas ».

L’objectif indiqué d’une telle résolution est de mettre fin à la cacophonie. Laquelle est née de la mauvaise application de la politique d’ouverture résultant de la loi du 16 avril 2001 portant orientation de l’Enseignement supérieur qui fixe le cadre juridique général et les orientations fondamentales de l'Enseignement supérieur au Cameroun. Afin de résorber le déficit en matière de couverture sanitaire au Cameroun, l’Etat libéralise le secteur de l’Enseignement supérieur. L’objectif est de mettre annuellement sur le marché de l’emploi 500 médecins, 150 pharmaciens, 150 chirurgiens-dentistes. Il en résulte l’ouverture des facultés médicales dans les universités d’Etat et l’ouverture de cette formation aux Institutions privées.

En vue d’apprécier l’ampleur de cette situation, une commission ad-hoc conduite par le Pr Aurélien Sosso est mise sur pied pour évaluer les établissements et proposer des solutions appropriées de normalisation des filières dans un contexte de confusion. Un Etat des lieux de la formation dans les différents établissements est dressé au bout de deux descentes sur le terrain au courant du mois d’avril 2012, par la commission Sosso : la réglementation en matière de création et d’ouverture des cycles de formations est peu ou pas du tout respectée autant dans les facultés que dans les Ipes.

Vers la fermeture des établissements clandestins

La commission constate entre autres: l’inexistence dans les Ipes, des autorisations formellement octroyées d’ouverture aux études médicales des niveaux M et D ; insécurité foncière et vétusté plus que préoccupante des infrastructures et équipements ; fragilité financière ; inefficacité avérées du dispositif institutionnel de la tutelle académique d’où le suivi évaluation difficile voire impossible ; politique de partenariat académique aux résultats mitigés dont la conséquence est la signature de contrat sans objectif précis ; insuffisance qualitative et quantitative du personnel enseignant ; recours systématique au mercenariat et utilisation d’un personnel non qualifié ; insuffisance des infrastructures, des laboratoires et équipements d’où l’accroissement des risques de contamination et la faible maîtrise des compétences professionnelles ; massification de la formation ; non respect des normes relatives aux hôpitaux d’application avec comme conséquence le mauvais suivi des stagiaires, le taux élevé d’absentéisme dans leurs rangs, la priorité accordée à l’acquisition des connaissances théoriques…

Un diagnostic sans complaisance qui a donné naissance à des recommandations muées en résolutions parmi lesquelles:

La fermeture des établissements fonctionnant en marge de la réglementation en vigueur;

La suspension ou la fermeture selon le cas des filières médicales dans les établissements ne satisfaisant guère le seuil minimum de garantie de la qualité formation;

L’inscription de tous les établissements dans une démarche qualité notamment par une contractualisation et à la fin par une accréditation après évaluation;

La création d’une commission nationale à la formation médicale; Adoption d’un numerus clausus national à travers l’institution d’un concours national d’entrée dans les établissements publics et privés et des examens nationaux dans les différents cycles notamment le « N » et le « M »;

L'élaboration et signature des textes portant organisation des régimes des études des différentes facultés. Ont été aussi retenues comme résolutions, l’harmonisation de la durée des études (au moins 7 ans;

L’harmonisation et l’homologation des programmes d’enseignement en tenant compte des besoins de la société au regard de la stratégique sectorielle de la santé; la création de la filière internat;

L’élaboration et la mise en œuvre de la réforme hospitalière dont l’organisation des services est tributaire de l’organisation académique et en même temps l’élaboration d’un statut du praticien hospitalier;

L’accréditation des hôpitaux d’application notamment la migration des hôpitaux régionaux en hôpitaux régionaux universitaires pour permettre aux étudiants d’avoir une formation pratique; La régulation du flux des stagiaires dans les hôpitaux d’application.

S’agissant particulièrement des examens d’aptitude et de sortie pour imiter le modèle américain, Fame Ndongo a annoncé leur application « dès cette rentrée », sauf bien entendu «objection de la haute et de la très haute hiérarchie».

Nadège Christelle BOWA

Focal: Les corps abandonnés désormais dédiés à la science

La faculté de médecine et sciences biomédicales de l’Université de Yaoundé I ne dispose pas d’un laboratoire d’anatomie et de physiologie. Conséquence, dans cette unité de formation de notre élite sanitaire, la dissection ne se fait pas. Or son importance dans la formation des étudiants en médecine est comparable selon un éminent enseignant au « châssis de la voiture ». Ce qui fait qu’il s’agit d’une lacune très grave à corriger au plus vite sinon la formation des médecins « est une perte de temps ».

Arguments présentés par ceux qui sont pour la réouverture de ce laboratoire en dépit des craintes soulevées par d’autres praticiens au regard des risques liés à la manipulation des corps. « La dissection est obligatoire », martèle les tenants de la thèse, justement pour couper court à la discussion qui s’enlise pendant la cérémonie de restitution vendredi 31 mai 2013, du rapport de la Mission d’évaluation des facultés et institutions privées d’enseignement supérieur (Ipes) de formation médicale au Cameroun. Il se pose cependant la question du ravitaillement desdits laboratoires en macchabée. André Mama Fouda, ministre de la Santé publique rassure en rappelant que: « nous avons une disposition qui permet de disposer d’un corps qui n’a pas été récupéré.

Cette disposition permet aujourd’hui, connaissant comment le corps est, et sous réserve d’un certain nombre d’examens préalables parce qu’il ne faut pas exposer nos enfants, à des maladies. Nous devons par conséquent approvisionner nos laboratoires avec des corps qui pouraient être dédiés à la science pour permettre à nos enfants de travailler désormais efficacement ». Le patron de la Santé publique fait allusion à cet arrêté qu’il a rendu public le 1er avril 2013, lequel fixe les modalités de gestion des corps abandonnés dans les morgues des formations sanitaires publiques.

L’article 21 dudit arrêté stipule en effet que, si le corps d’une personne décédée des suites de maladie non contagieuse dans un établissement hospitalier public n’est pas réclamé dans un délai de soixante (60) jours, il peut être mis à la disposition des laboratoires de dissection de l’Etat, dans le cadre de la formation du personnel médical et des étudiants, conformément aux dispositions des articles 19 et 20 du décret n°74/199 du 14 mars 1974 portant règlementation des opérations d’inhumation, d’exhumation et de transfert de corps. N.C.B.

© Nadège Christelle BOWA | Le Messager

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