Cameroun - Admissions par raccourci dans les grandes écoles: Cacophonie en haut lieu

  Là haut, les admissions par raccourci dans les grandes écoles ne font plus l’unanimité.

Il y a quelques semaines, le premier ministre Yang Philemon, chef du gouvernement faisait exclure de l’Enam (Ecole nationale d’administration et de magistrature) des protégés du président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril. La semaine dernière, c’est le secrétaire général de la Présidence de la République qui a fait mettre hors de l’Institut des relations internationales du Cameroun neuf « protégés » de Fame Ndongo, le ministre de l’Enseignement supérieur.

L’attitude du chef du gouvernement, comme celle du secrétaire général de la présidence traduisent un réel malaise qui s’est installé dans les sphères dirigeantes du pays depuis un peu plus de deux décennies. La rigueur et la moralisation que le chef de l‘Etat à son avènement au pouvoir en novembre 1982, a vendu aux Camerounais a fini par se transformer au fil des ans en une espèce de marché aux puces. Pour peu que l’on ait des sous, que l’on soit dans un « bon réseau » ou que l’on ait quelqu’un dans le sérail, on peut obtenir un emploi, accéder à une fonction « juteuse » dans l’administration ou une société d’Etat, entrer dans une grande école.

Le système est tel que « sans soutien ou sans argent, les jeunes n’ont pas de perspective », entend-on souvent. Surtout dans les milieux des jeunes. Ce cri de détresse est-il perçu en haut lieu pour que des âmes sensibles commencent enfin à faire en sorte que ça cesse ? Mais on est allé si loin que de nos jours ce sont des cancres qui dictent la loi aux génies. La question qui taraude les âmes sensibles est de savoir comment on en est arrivé là puisque ceux qui sont au pouvoir au Cameroun sont pour la plupart les produits de l’école coloniale. Une école rude dont les maîtres avaient le souci de façonner des têtes bien faites et pleines. Ce sont aussi les produits des institutions religieuses (catholiques et protestantes essentiellement). Là, la morale et la vertu faisaient partie des normes à inculquer à une jeunesse destinée à prendre la relève des aînés avec assurance et optimisme. Sans compter la cellule familiale qui était la moule première de la formation de l’homme.

Curieusement et paradoxalement, ce sont ces gens-là, formés à bonne école qui ont instillé le culte du moindre effort et de la paresse dans leurs propres familles et tout autour d’eux. Pour montrer qu’ils sont arrivés, que le pays est à eux. Tout pour eux, rien pour les autres. Ceux qui, jadis, se couchaient tard pour réviser leurs leçons et faire leurs devoirs, se levaient tôt pour le même rituel, faire les travaux domestiques avant de se rendre en classe ont installé leurs enfants dans un confort factice. Ceux qui, à force d’un intense travail intellectuel et physique ont surmonté mille et un écueils pour se hisser là où ils se trouvent se sont transformés en « acheteurs » de classes et de diplômes par leurs propres enfants. Dans l’incapacité de ces derniers de passer examens et concours ils utilisent leurs propre influence pour les imposer un peu partout. On n’est pas surpris dans ces conditions de retrouver, de nos jours, dans tous les corps de métier, des « cadres » incapables d’effectuer des travaux à la hauteur des parchemins qu’ils fournissent pour se faire recruter. « Est bien petit d’esprit, celui qui veut que lui soient reconnus les mérites de son père » a dit Ahmed Sékou Touré président de Guinée-Conakry, en son temps.

De nos jours, l’intelligence et le travail ne sont plus les qualités et les valeurs qui distinguent les humains. Raison pour laquelle nous assistons, presque impuissants, à un inversement des valeurs. A-t-on enfin compris et admis en haut lieu qu’il est temps d’arrêtrer la dérive ? Ce que le chef du gouvernement à fait à l’Enam et le secrétaire général de la Présidence de République à l’Institut des relations internationales du Cameroun mérite d’être salué et encouragé. Même si les exclus ont le toupet de protester et de faire de la résistance. Au point de chercher à solliciter l’arbitrage du chef de l’Etat. Ils sont dans leur droit. Mais combien de Camerounais sont jetés dans les circuits de la débrouillardise parce que ceux qui comptent des tuteurs dans le sérail ou l’argent de la corruption ont pris leurs places dans l’administration et les entreprises? On sait combien il faut payer pour être admis dans les grandes écoles du Cameroun.

Ce qui n’est pas évident pour tout le monde. Les prédateurs ne sont pas moins nombreux dans ces dédales pour dépouiller de malheureux naïfs qui ne peuvent se plaindre nulle part. On va faire comment ? Le Cameroun, c’est le Cameroun ! Le recrutement des 25 000 jeunes diplômés a permis de détecter des centaines de faux parchemins. Qu’a-t-on fait de leurs détenteurs ? Ils sont curieusement en liberté. Leur seul malheur est de n’avoir pas réussi à tromper la vigilance du jury. Sans doute d’autres ont pu passer par les mailles du filet, avec l’appui des parents et parrains solidement implantés dans les rouages du système.

© Le Messager

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