A quoi nous servent nos Docteurs et Professeurs ?

Le débat sur les diplômes et le doctorat notamment révèle la crise de valeurs et de leadership dans la société camerounaise d'aujourd'hui. Une société qui ne connaît plus le mérite, la justice, légalité des chances, les modèles de travail, d'effort, d'intelligence, de courage, d'exemplarité. Une société bâtie sur un patch-work tribal vicéral qui s'est encore payée le luxe de fonctionner comme une immense Cosa nostra architecturée en sous-mafias. La République exemplaire, dont les piliers et les ascensseurs sociaux ont été infesté de népotisme, occultisme, tribalisme, ont pondu une gigantesque société du paraître, de l'esbroufe, de la vacherie … et des titres.

universite-yaounde1-rectorat.jpg

L'intelligence est comme la tigritude, elle ne se proclame pas, elle agit. Elle n'a que l'action pour seule preuve, et non un papier qu'on appelle diplôme. Or au Cameroun, dans cette société des titres, de l'origine ethnique, ésotérique et de l'apparence érotique, faute de vouloir ou pouvoir travailler, faire ses preuves, on brandit diplômes, titres, artifices pour bluffer le beau monde et s'affirmer socialement, académiquement ou scientifiquement. Le doctorat, l'agrégation, le diplôme d'ingénieur, de maître, de certification, n'est jamais qu'une présomption d'intelligence et de compétence. Au Cameroun, c'est la preuve suprême de qualité, d'efficacité…d'omnipotence même. Gaston Bachelard doit se retourner dans sa tombe à entendre certains Pr et Dr parler ex cathedra de la pluie et du beau temps.

 L'une des manifestations chichiteuse de cette volonté de se prévaloir du don de la raison et de la vérité absolues est de faire précéder dans le quotidien son nom d'un de ces titres (Dr, Pr, Ing., Phd,) même en boîte de nuit, même au marché, dans un stade de football. Une auréole de gloire, et on sait que les anges ne quittent jamais leur auréole bien vissée sur la tête. Combien de Camerounais savent que Barack Obama est un docteur en droit de Havard, puisque à aucun moment, il n'a cherché à s'en prévaloir (Dr Obama) pour devenir l'homme le plus puissant du monde. Angela Merkel, la femme la plus puissante du monde, qui sait qu'elle a un doctorat en chimie…quantique ? Paul Biya, pourquoi n'insiste-t-il pas à se faire appeler « Dr Paul Biya » (Doctorat honoris causa Maryland) ? Yayi Boni n'est-il pas docteur en économie ?

Au Cameroun, même s'ils ne sont pas nombreux, il y a en effet bien d'universitaires, de leaders d'opinion, d'homme politiques, qui méritent de portent ces titres, par leur apport sur l'évolution de la société tant dans les sciences humaines, dans les sciences exactes ou dans la dynamisation de la pensée sociale. Mais pour le reste, à quoi sert-il à un pays d'avoir une sarabande de docteurs, ingénieurs, professeurs au mètre carré si :

 - On importe encore les cure-dents de Chine

 - On importe les aiguilles à coudre de Chine

 - On importe les taille-ongles de China ou du….Nigéria

 - Les biberons dans lesquels tètent nos enfants viennent de Chine

 - Le lait qu'ils mangent vient de l'étranger

On en arrive à l'évidence : puisque malgré les « éminences grises » en Dr et Pr concentrées au km2 on arrive à importer des cure-dents, des brosses à dent et à avoir un système politique et social en panne, eh bien doctorats et saint-frusquin ne sont qu'un autre moyen d'accession à la jouissance de droits et de faveurs reconnus dans toute société normale au mérite et au travail et non à la présomption de mérite et de travail que confère ces titres académiques

Cameroun24.net

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau