CRAZY INDIA (Part. 1) : A spiritual journey

« One does not go to India to find out about a new people, country or culture … One goes to India to find and face oneself »

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VARANASI (Bénarès), L’ANTIQUE … On avait tenté de m’en dissuader … « Varanasi ? … seule ??? ». Sentiment d’attraction-répulsion, mélange d’excitation et d’angoisse. A cette époque le nom de Bénarès ne représentait qu’un son lointain et menaçant lorsque je parcourais la carte de l’Inde, comme on feuillette un livre d’histoire … Une vingtaine d’heures de train ont suffit à me propulser au cœur de l’univers hindou avec pour seule escorte, deux livres:« Une vie bouleversée » d’Etty Hillesum et « Eloge de l’insécurité » d’Alan Watts. Ce sera largement suffisant ou peut-être est-ce même déjà de trop … pas de musique cette fois-ci … Je veux abandonner mes réflexes de défenses et occlusions de l’âme habituels, stimuler les quelques vestiges de sagesses instinctives qui s’engourdissent en moi …me saouler de cette Inde et lui laisser une chance de m’enflammer, de me percer à jour…Méditer aussi ses philosophies fascinantes souvent bien plus pertinentes que les chinoiseries psychologiques sur lesquels l’Occidental s’endort. Je voudrais noyer ici dans le Gange (fleuve) ma vue statique et mes angoisses, troquer vices et préjugés, échanger mes certitudes contre son allégresse et sa vitalité et voir si je respire mieux. Narcotique, je veux vivre dans son atmosphère, sans artifices ni effets spéciaux, … voilà mon pèlerinage.

28 ° C. Ensorcelante et énigmatique, indisciplinée et maladroite, Varanasi n’en reste pas moins généreuse. Ce matin, une brume épaisse et tiède baigne les rives du Gange. Les haut-parleurs psalmodient des millénaires de prières et des milliers de pèlerins se baignent dans les eaux sacrées. Gigantesque grouillement humain. Ablutions. On s’immerge, prie, boit trois fois l’eau rédemptrice. Une femme immerge son nouveau-né, d’autres s’adonnent à une énergique lessive, à quelques mètres d’elles des cadavres y retournent … Des parties de crickets s’improvisent sur les ghats (marches sur les rives du Gange), à quelques mètres seulement des bûchers de crémation, les chiens de rue se partagent les dépouilles. Ici, la mort danse au centre de la vie … et c’est justement le caractère éphémère de la vie qui la pigmente et lui donne tout son sens. Cure d’humilité face à l’existence. Longeant les ghats en cette matinée bénie, sentiment de plénitude et de dilatation. J’ai l’impression de subir une évolution constante au bord de ce fleuve, qui suffirait à occuper des années. Terre de réconciliation. L’Inde tolère et même exhibe ce que notre société s’évertue à refouler. Ici, encore plus qu’ailleurs, la vie est belle et pleine de sens dans son absurdité, d’une manière ou d’une autre, elle forme un ensemble parfait.

Varanasi, India: « Beyond » from Cale Glendening on Vimeo

40 ° C. Depuis près de 3000 ans, Varanasi est le centre religieux de l’Inde, l’une des plus anciennes cités constamment habitées au monde. Accessoirement une des plus sales aussi. Le Gange est appelé Mère nourricière. La schizophrénie indienne m’échappe par moment : le Gange est sacré, mais comme ni les vaches, ni personne ne recycle le plastique en Inde, c’est le fleuve qui engloutit les déchets de près d’un milliard d’Indiens. Alors on blâme son voisin et pour le reste on verra bien à la prochaine réincarnation. De quoi avoir honte pendant des siècles … bref ! Toujours est-il que cette cité unique aux accents médiévaux est le théâtre permanent des rituels les plus intimes de la vie et de la mort, le long de ses célèbres ghats. Il n’existe pas à mon sens d’illustration plus pertinente du caractère cyclique de l’existence : il y a ici juste un seul processus en déroulement, qui préside à tout ce qui se produit. Véritable antichambre entre le passage de l’univers physique et spirituel. Passer ici de vie à trépas permettrait d’atteindre le moksha (libération du cycle des réincarnations). Quelque 80 ghats bordent le Gange, vibrant au rythme des activités des pèlerins et des riverains (puja = offrande, bain rituel, pratique du yoga, vente de fleurs, lessive ou lavage des buffles, massages, parties de cricket ou distribution d’aumônes pour améliorer le karma). Une simple promenade le long de l’eau se transforme en une émouvante méditation, le soir notamment, au moment de la cérémonie de Ganga Aarti qui se déroule au Dasaswameh Ghat. Du matin au soir, les rives du Gange crachent cette âpre odeur de chair brûlée qui vient s’engouffrer dans son dédale de ruelles étroites … tandis qu’au cœur de la cité, la vie bat son plein. Il souffle ici des airs de Grèce antique, de Kaboul et de Hollande aux abords du marché aux fleurs autour duquel s’agitent singes et cerfs-volants. …

Aujourd’hui mon cœur a connu plusieurs morts, plusieurs résurrections aussi. Bien que d’arriver à Varanasi en ce dernier jour de pèlerinage (Kumbh Mela) ne soit pas l’idée la plus lumineuse que j’ai jamais eu … il règne ici une atmosphère cosmique. Sentiment de recevoir de la sérénité par intraveineuse. Mes idées flottent autour de moi comme un vêtement trop ample où j’ai encore la place de mûrir. La vie et la mort ne sont pas opposées ; elles sont simplement deux manières de regarder la même force, car le changement est autant bâtisseur que destructeur. Travailler à l’exclusion de la mort, c’est travailler contre la vie. Et tirer des enseignements du spectacle de son âme au milieu de l’agitation et des tabous de notre époque se révèle une expérience inédite et extrêmement libératrice. Par ailleurs, la densité de population, incomparable avec nos échelles de valeurs occidentales, transforme la moindre démarche en une lutte épuisante et s’abandonner au centre de la foule ne demande que le courage du lâcher prise, la récompense est à la mesure de votre inconscience … Infiniment riche.

Il est néanmoins facile de se perdre à Bénarès, de se perdre pour de bon, tant la ville est étrange, dangereusement mystique. Ne surtout pas s’imaginer que la spiritualité vous tend les bras à chaque coin de rue. Attention notamment à tous ces charlatans qui cernent votre météorologie avec une acuité prodigieuse et vous promettent de vous apporter un peu d’ordre intérieur en réorientant les forces contradictoires qui agissent en vous. Ce type de « réparation de chakras » est à   Lire la suite de l'article

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Source: http://moodstock.fr/crazy-india-part-1-spiritual-india/

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Date de dernière mise à jour : 09/06/2013