"Si ce n´était pas Mbeng, tu te mettrais où pour me parler?“ Les problèmes de classes au sein de la diaspora

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Certains compatriotes ne tardent pas à afficher un comportement méprisant face aux personnes dont les origines familiales et sociales sont peu favorisées.

Ainsi, ils ne manquent pas d´insister que tout le monde n´est pas fait du même bois, malgré le fait que l´on se retrouve en Europe. La diaspora camerounaise qui grandit tant en quantité qu´en qualité est aussi le reflet des clivages de notre société. Et la présence à l´étranger qui semble niveler les classes sociales et mettre le baromètre des chances plus ou moins au même niveau ne supprime par pour autant le clivage socio-économique qui mérite ici une attention particulière, vu qu´il est souvent une source de tensions dans les rapports interpersonnels.

Loin du dénominateur commun qui est le statut d´expatrié, il ne faut pas cependant négliger les différents chemins qu´empruntent les migrants ainsi que les motivations de leur voyage et les ressources investies pour la réalisation du projet migratoire.

Ainsi, un étudiant issu d´une famille financièrement aisée pourra facilement achever ses études si les parents lui apportent leur secours tandis que celui d´une famille pauvre sera contraint de combiner les petits jobs avec les études afin de joindre les deux bouts. Ces asymétries de base se font ressentir dans les cercles d´amis et peuvent constituer une source de tensions si le premier pense que tout est joué d´avance et fait montre de mépris au regard de ses compatriotes dont la situation est loin d´être privilégiée comme la sienne.

Et pourtant, une fois à l´étranger, les catégories sociales et les clivages régionaux et ethniques laissent place à la personne de l´africain; ce qui fait naître dans certains cas d´autres formes solidarité plus vastes. Dans beaucoup de pays d´accueil, toutes les personnes d´origine africaine sont traitées de façon généralisée, un traitement et une perception qui sont malheureusement nourris par l´image négative de l´Afrique propagée à travers les médias occidentaux. Très vite déçu par l´inefficacité de la carte de visite de papa ou de maman, on se rend compte qu´il faut meubler sa propre personnalité et non brandir partout la carte d´identité du «fils du commissaire» ou de la «fille du préfet».

Emportées dans le sillage nostalgique de la hiérarchie et des privilèges laissés derrières elles au pays, ces personnes ont souvent l´impression de ne pas occuper la place qui leur est due ou de ne pas recevoir les honneurs liés à leurs origines. C´est ainsi qu´elles ne tardent pas à solder les discussions avec des remarques «si ce n´était pas Mbeng, est-ce qu´on allait un jour s´asseoir autour d´une même table». Elles prennent aussi des rendez-vous de revanche avec des menaces du genre «si on se retrouve au pays, vous allez alors comprendre qu´on ne joue pas dans la même ligue».

La migration qui peut constituer pour certaines classes défavorisées un nouveau départ dans un autre contexte, peut se dévoiler comme une perte de statut pour certaines personnes issues des classes privilégiées qui trouvent en leur séjour à l´étranger un temps perdu, difficile à rattraper. Ballottés dans une aventure ambiguë et la difficulté de retourner au bercail, certains se morfondent dans leur coin, pensant qu´ils auraient mérité mieux au pays, cependant n´y retournent pas.

Comme conséquence d´un tel refus de prendre le courage à deux mains, de s´orienter vers l´avenir et non de déplorer les «honneurs perdus», on se laisse emporter par le pessimisme, voire l´animosité face aux initiatives des autres. C´est ainsi qu´il devient difficile de réunir autour d´un projet d´intérêt général de personnes qui prétendent avoir raison par hérédité ou être trop importantes pour s´associer avec des «sans noms».

Loin de ce comportement destructif, du refus d´accepter la réalité et de reconnaître les compétences des autres, les tensions issues du mixage à l´étranger de toutes les couches sociales et de différents groupes d´âge méritent une attention particulière. Quel est la place qu´accordent les expatriés au respect et à la loi d´aînesse? Respectons-nous les masques portés par les uns et les autres ou considérons-nous la valeur intrinsèque de l´être humain?

© camer.be : Florence TSAGUÉ

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