Scène: La culture nigériane s’impose au Cameroun !

Le constat est patent et les adeptes de la culture du pays de Fellah Kuti ne tarissent pas d’arguments pour justifier leur penchant.

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Hier jeudi 29 août 2013, la star de la musique nigériane Flavour, a donné un spectacle au Parcours Vita de Douala. Le 31 août prochain, il enflammera le Palais des sports de Yaoundé de ses mélodies et pas de danse déhanchés. Annoncée à grand renfort de publicité depuis des mois, l’artiste nigérian répond ainsi à l’invitation d’une marque de whisky, qui l’a programmé pour ces deux shows. Des spectacles auxquels, participent comme d’habitude, des artistes camerounais en levée de rideaux. C’est la même image depuis quelques années. Des stars de la musique nigériane se succèdent sur des podiums au Cameroun pour des spectacles. Avant Flavour, ses compatriotes P. Square, Bracket, J Martins, Timaya, Chidinma etc. se sont produits au pays d’Anne-Marie Nzie, pour des cachets conséquents.

A chaque fois, le public a répondu présent en grand nombre. Signe que ces artistes comptent bien des fans au Cameroun. Pour ces derniers, c’est l’authenticité qui se dégage de leur musique qui les intéresse. «Je trouve qu’ils ne font pas du copier coller comme chez nous. Ils font certes du hip-hop mais, y mettent leurs rythmes traditionnels. En fait, c’est un mélange bien à l’écoute et original», confie Andréas, stagiaire en informatique. C’est le train de la publicité par contre qui amène Junie Carole Dechie à écouter cette musique.

«Dans les médias camerounais, radio et télé, on n’écoute que la musique nigériane. C’est eux qui sont davantage invités à prester au Cameroun. Donc même sans le vouloir je l’écoute. Et puis, c’est agréable», confie l’employée de micro-finance. C’est la qualité des clips et spectacles de ces artistes nigérians qui aguiche Brice Ndoukou, élève. Pour ce dernier, ils sortent de l’ordinaire et proposent un show plus vivant et des clips plus beaux et attrayants que ceux des artistes du terroir. A force de consommer sans modération la musique nigériane, elle fait des émules parmi de nombreux jeunes Camerounais.

Le cinéma aussi

Il n’y a pas que la musique nigériane qui a investi le Cameroun. Elle suit juste un cheminement que le cinéma avait emprunté plus tôt. Et au regard de l’engouement des Camerounais pour 7ème art nigérian, on est tenté de dire que Nolywood se porte très bien à Colywood. Pour beaucoup, c’est les thèmes qui les attirent, «ils parlent de la vie de tous les jours. Des histoires sont bien structurées et bien rendues par les acteurs», affirme Maze, qui avoue se reconnaître très souvent dans des thèmes d’amour traités dans ces films. Martin Maoug, comptable, admire surtout le courage des réalisateurs nigérians qui, de son avis, «osent mettre en lumière des réalités (sorcellerie, amour, pardon, humilité etc.) que nous vivons au quotidien, dans un style simple et naturel».

Ce dernier a carrément zappé des films camerounais au profit de ceux qui viennent du Nigeria. Parce qu’explique-t-il, «les thèmes sont parfois intéressants mais très mal rendus par les acteurs dont les prestations ne sont pas souvent conformes au texte, image et son». En marge des thèmes et jeux d’acteurs, Ludovic Moukoué, technicien en Froid et climatisation, est impressionné par le luxe de ces films. De belles et imposantes maisons, grosses voitures, décors de rêve etc. Pour lui, c’est le paradis sur terre. Pour Andréas, stagiaire en informatique, les films nigérians répondent aux normes de la mondialisation qui est un carrefour du donner et du recevoir. A chaque fois, confie-t-elle, qu’elle regarde un film nigérian, «je vois l’Afrique dans son ensemble, à travers le décor, les costumes, les onomatopées, exclamations, habitudes, us et de la modernité aussi». C’est de son avis, ce qui justifie le succès de la musique et cinéma nigérian au Cameroun et dans le monde.

Adeline TCHOUAKAK

Focal: Les prix sont abordables

Un tour au marché Congo de Douala, au lieu dit «ancien 3ème», permet de constater la présence nigériane au Cameroun. Il est un peu plus de 14 heures, ce mercredi 28 août 2013. Comme d’habitude, cette rue grouille de monde. Des gens vont et viennent. Dans le secteur consacré à la vente des disques, pour la plupart, piratés, les produits nigérians figurent en bonne place. C’est ce qui alimente d’ailleurs les étales. Film en version Dvd, musique gospel, hip-hop etc. Ici, les prix oscillent entre 500 Fcfa et 1000 Fcfa. A 500 Fcfa, on a une pièce unique alors qu’à 1000 Fcfa, on a la chance d’avoir plusieurs films ou chansons en un. Et en fonction des clients, ces prix peuvent être revus à la baisse. Les produits nigérians sont une grosse source de revenus pour ces vendeurs. Certains en ont d’ailleurs fait leur spécialisation depuis près de 10 ans. C’est le cas de Fadil, «depuis des années, je ne vends que des disques nigérians et je ne m’en plainds pas puisque c’est des ressources de cette activité que je vis».

Ce dernier fait des tours au Nigéria plusieurs fois par an pour se ravitailler auprès des firmes auxquelles, il est abonné. Pour ce dernier, les artistes nigérians ont tout compris de l’industrie musicale et nigériane parce qu’ils vendent leur produits à des prix abordables. Les Cd dit-il, qu’il vend au Cameroun à 500 Fcfa, il les achète au prix de gros au Nigeria à 350 Fcfa ou 300 Fcfa. «Et ce sont des Cd originaux de seconde catégorie», précise-t-il. Un moyen très efficace selon lui, pour lutter contre le piratage. Car, de l’avis de nombre de vendeurs ici, la cherté des disques est l’une des raisons qui favorise le piratage. Compte tenu des temps qui sont devenus très difficiles. «Même moi qui suis mon propre patron, il ne m’est pas aisé d’acheter un disque à 2500 Fcfa ou 5000 Fcfa.

A plus forte raison, mes employés ou ceux qui se débrouillent là dehors», confie l’un d’eux, patron d’une boutique de disque. Un exemple que des artistes et cinéastes camerounais, devraient selon eux, suivre en plus de soigner leurs produits, pour endiguer le piratage. A.T.

Luc Yatchokeu: «la culture brise les frontières plus que toutes les autres activités»

Directeur du festival du marché des musiques, le Kolatier, membre associé de l'European Forum of Worldwide Music Festivals et promoteur du Conseil camerounais de la musique, l’Homme de culture essaie d’analyse et essaie d’expliquer le succès de la musique et du cinéma nigérians au Cameroun.

Pourquoi, la musique et le cinéma nigérians sont-ils de plus en plus présents au Cameroun?

Il faut d'abord noter que la culture brise les frontières plus que toutes les autres activités, et qu'elle est un vecteur puissant de diplomatie et même de propagande. Les Nigérians l'ont bien compris, comme d'autres pays occidentaux, à l'exemple de la France qui, pour renforcer sa diplomatie, a choisi entre autres d'investir dans les Centre culturel français (Ccf), devenus aujourd'hui Institut français du Cameroun (Ifc). Les Nigérian ont choisi à travers Nollywood, la méthode la moins chère et efficace: ils produisent en grand nombre des films à faibles coûts, en mettant plutôt l'accent sur leurs propres histoires, similaires à tous les pays bantous. Nous nous reconnaissons donc dans ces histoires qu’ils font l'effort de mettre proprement en scène. En ce qui concerne la musique, je ne pense pas que les créateurs nigérians soient plus doués que nos artistes. Ils ont simplement (pour ceux qui marchent ici) choisi le style américain de l'heure, dont raffole notre jeunesse.

Comment peut-on expliquer l’engouement des Camerounais pour cette culture-là?

Les Nigérians offrent ce qui se rapproche de nous culturellement parlant, et font l'effort de produire des choses propres. Les talents de leurs comédiens sont valorisés par la production.

Que peuvent être des conséquences de cette invasion sur la culture camerounaise?

Le cinéma nigérian selon moi devrait inspirer nos producteurs de films. Par contre, je perçois un danger du côté de la musique. Les jeunes artistes qui imitent très facilement pourraient se laisser distraire par les grosses pointures nigérianes sans avoir les moyens de leurs politiques (je veux dire les moyens de payer des arrangements et la technique de bon niveau). Le marché nigérian qui est très important peut déjà permettre à un producteur d'amortir rapidement de gros investissements. Ce qui n'est pas le cas au Cameroun.

Entretien avec Adeline TCHOUAKAK

© Adeline TCHOUAKAK | Le Messager

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