Pr. Charly Gabriel Mbock: «La démocratie électorale reste un problème pour les cultures africaines»

Anthropologue, l'ancien journaliste au Poste national revient sur le thème de son exposé lors de la formation des journalistes tenue à Douala, portant sur «De la communication sociale à une société de communication».

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Qu'entendez-vous par communication sociale et quel rapport avec la pratique du journalisme?

Il existe une différence entre l'information, l'expression et la communication. L'information n'attend pas de retour. On la donne juste. L'expression non plus n'implique pas nécessairement un retour. Le préfixe veut dire sortir de la pression que la société exerce sur un individu. Autrement dit, on se libère de quelque chose sans attendre un retour de qui que ce soit. D'où la bataille pour la liberté de la presse qui est bâillonnée de nos jours. La communication vient de commun et implique une situation de société. On n'est pas social tout seul. La communication n'est pas une situation de solitude. Elle implique la réciprocité. Dans ce cas, s'il n'y a pas de retour à un message, il n'y a pas communication ou réflexivité authentique. Communication et société vont de pair. Puisqu'il n'y a pas de communication hors société, parler de communication sociale est une redondance. Il n'est de social qu'humain, d'où l'approche relationnelle nécessaire quelque soit le milieu, de sorte communiquer avec autrui. Le journaliste est un communicateur et sa responsabilité sociale ne se pose pas en terme de professionnalisme mais de cette conscience dite professionnelle. La controverse dans son métier naît non pas de sa profession même, mais de l'impact de cette dernière sur la société. La controverse naît de la restitution des faits. Le journaliste est un miroir de la société. Il en dispose le reflet. Des l'instant qu'il ne répond plus de ses actes devant la société, il s'expose à la réprobation de celle-ci.

Dans votre exposé, vous déplorez par ailleurs le fonctionnement par consensus de l'Afrique jadis. Est-ce possible d'y faire recours aujourd'hui vu la manière dont nos Etats sont gouvernés?

Je pense que la culture africaine a des choses à enseigner au monde. Et cette culture enseigne que le cercle du consensus doit s'élargir autant que faire se peut pour que le village entier retrouve son calme le soir venu. Voilà la culture de l'Afrique. On n'alimente pas des oppositions, on ne suscite pas des chocs et violences. L'Afrique peut si elle fait recours à ses valeurs fondamentales (valeurs de réciprocité, de convivialité, dialogue entre le pouvoir et le bas peuple) et les adapte au monde moderne. Il ne s'agit plus de faire un retour aux sources, ce serait naïf puisque l'histoire avance, plutôt que d'y recourir. Le pouvoir est une valeur transitaire. Il est passager et implique l'alternance. Le pouvoir n'est pas autorité sinon cela donne lieu à de l'autoritarisme.

En quoi la démocratie électorale reste un problème pour les cultures africaines?

La démocratie électorale reste un problème parce qu'elle se contente du numérisme, des statistiques. La culture africaine ne se gère pas dans les statistiques. La démocratie électorale peut être considérée comme un premier pas vers cette culture de convivialité que l'Afrique connaissait déjà. La démocratie qui veut que le pouvoir émane du peuple ne se limite pas à une partie de ce peuple qui a élu le dirigeant. La plupart des conflits post électoraux mortels en Afrique se justifient, parce que les conflits sont des situations de rupture, de destruction, dont la société n'a pas besoin. Mais quand ils surviennent, les conflits sont subis. Et en Afrique, ils me semblent provenir du fait que seule la démocratie électorale est privilégiée. Or avec la démocratie électorale, on proclame qu'avec 51% d'une famille, on dirige les 100% au mépris des 49% de ceux qui n'ont pas choisi le dirigeant. Résultat, une famille est divisée dans une Afrique dont la culture est essentiellement intégrative et consensuelle. Or, personne ne doit rester en dehors du cercle du consensus dans notre culture. Quand des gens se sentent lâchés, laissés pour compte dans leurs sociétés, ils réagissent pour revendiquer ce à quoi ils ont droit. Et parfois de tourner au carnage.

© Linda Mbiapa | Aurore Plus

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