La détérioration de l'image du Cameroun à l'étranger

A l’ambassade suisse au Cameroun, les demandes de visa de Camerounais font l’objet d’une procédure particulière qui associe des investigations au niveau fédéral et cantonal.

A l’ambassade suisse au Cameroun, les demandes de visa de Camerounais font l’objet d’une procédure particulière qui associe des investigations au niveau fédéral et cantonal. Les Camerounais n’inspirent plus confiance du tout: un demandeur de visa camerounais est un suspect, présumé faussaire et menteur jusqu’à preuve du contraire. Et même si sourire et politesse sont de mise quand l’agent lui remet son passeport visé, c’est toujours avec le bénéfice du doute que ce visa est accordé. En cours de séjour, il n’est pas rare que les autorités d’immigration s’enquièrent de ce que les engagements pris sont régulièrement tenus, que l’on est toujours géolocalisable et que la date du retour à Yaoundé sera respectée.

La détérioration de l’image du Cameroun à l’étranger résulte directement de ce que les Camerounais de l’extérieur ont fait et ont donné à voir. Ce qui fait des nouveaux Camerounais admis en Europe des sursitaires qui n’ont pas droit à l’erreur (comment réussir si on n’a pas le droit d’échouer et de se tromper ?). Je prends les paris, un jour, on finira par nous imposer des bracelets électroniques pour nos séjours brefs. Les Sénégalais que nous avons rencontrés, les Congolais (RDC), les Rwandais, les Marocains, ne souffrent pas les mêmes suspicions, ni les mêmes tracasseries administratives, quand ils veulent se rendre dans la Confédération.

Il ne s’agit pas donc pas d’une manifestation de « racisme ordinaire », mais bien de conséquences de l’égoïsme débordant des Camerounais partis, il y a quelques années, pour des visites dont ils ne sont jamais revenus, pour des affaires qu’ils n’ont jamais conclues, ou des études qu’ils n’ont jamais terminées, ni, souvent d’ailleurs, commencées. Cette belle diaspora, qui sait formuler de si grandes phrases, et dont la parole politique n’est jamais entendue que comme revendication ou bruit, a commis tellement d’abus que les passeports camerounais, dans les aéroports internationaux, sont passés à la loupe, trois fois au scanner, au point de faire douter les voyageurs de bonne foi de leur propre bonne foi.

Dans un reportage (http://www.rts.ch/emissions/temps-present/societe-moeurs/4827706-cherche-blanc-a-marier.html) diffusé le 30 mai dernier dans une télévision suisse, on présente le Cameroun comme un pays où tous et toutes n’aspirent qu’à s’expatrier et à escroquer les Blancs. Si techniquement le film est bien amené et bien écrit, dans le fond, c’est le plus furieux débauchage de clichés et de redites qu’une télévision publique ait jamais réalisé…

Mais au fait l’homme camerounais a-t-il une identité qui soit détachable de ces clichés ? Rien ici n’est nuancé, c’est un tel festival d’évidences dérangeantes que, forcément, il fait mal et suscite un tollé dans les réseaux sociaux et les foires d’opinion sur Internet. L’on voudrait voir et entendre au sujet du Cameroun, promoteur de la feymania (institution de l’arnaque comme patrimoine culturel) et lauréat des plus « prestigieuses » distinctions de Transparency International, autre chose que ce qui montré et dit. Si donc les reportages sont faits, qu’ils soient réalisés, pour faire bonne mesure, à partir de la société suisse elle-même, qui en ne favorisant que les riches ne favorise en définitive que les faussaires. Sans états d’âme, la Suisse accueille depuis plusieurs années Paul Biya et sa fortune, elle se réveille subitement dans un reportage pour qualifier son régime de dictature.

Quand la Suisse rapatriera davantage les fonds détournés et autorisés à séjourner et à se fructifier dans ses banques, il y a fort à parier que les Camerounais sauront se contenter de marier des Camerounais. A titre personnel, je ne connais pas de Camerounais vivant au Cameroun qui s’endorme le soir en rêvant de marier un « Blanc » : quel est le taux de pénétration d’Internet dans cette société camerounaise ? Et même en supposant que tous ceux qui fréquentent les cybercafés sont des prédateurs, pourra-t-on établir qu’ils sont représentatifs de la majorité des Camerounais ? Ce film a quelque chose d’insultant lorsqu’on y songe, il dégouline d’idées reçues et est traversé par une esthétique de la stigmatisation.

La double nationalité comme prime à la fuite ? Cacher son passeport camerounais, pour fuir toute humiliation, est l’option préconisée par ceux qui peuvent désormais se payer le luxe d’une nouvelle nationalité.

La nationalité camerounaise et ce fichu passeport vert sont des attributs résiduaires, des identités de transit, dans l’esprit des défenseurs de la multinationalité systématique. Rongé de l’intérieur par ses propres enfants, le Cameroun est aussi malade de ses communautés dispersées à travers le monde, chroniquement malade. Heureusement que les deux maladies dont elle souffre, sur le plan des idées et sur celui de la matière, se guériront simultanément et réciproquement, c’est-à-dire l’une avec l’autre (idées et matière) et l’une par l’autre (Camerounais de l’intérieur et Camerounais de l’extérieur). Il est temps de faire cesser les mises en cause générales de notre pays, que se définisse une nationalité camerounaise (cf. Le principe de double nationalité au Cameroun), une identité dans laquelle nous pourrions nous reconnaitre, nous mouler et quand on saura ce que c’est d’être camerounais, on défendra mieux notre pays. Les Suisses ne viendront plus nous cracher à la figure avec des reportages insultants où l’on donne la parole à une coiffeuse camerounaise (sociologue consultant ?) et l’on fait dire à un jeune Camerounais qu’il n’hésiterait pas à épouser une « vieille Blanche » et à tuer son non moins vieux mari, s’il venait à se retrouver en Suisse.

Eric Essono Tsimi,  Écrivain

© Eric Essono Tsimi | Correspondance

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