LA CIGARETTE, CETTE « EXCORT GIRL » DE LUXE …

Call me whenever, i am yours …

Adeptes du téléphone rose, bonsoir !

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De toutes vos fréquentations la cigarette est de loin celle qui a le moins de caractère, de tempérament, d’éclat, de conversation, de répartie, de culture, de … et pourtant vous lui accordez toutes les faveurs. Pour une raison inexplicable elle passe toujours avant le reste. Son caractère plastique ou électronique, « en vogue », vous séduit au premier coup d’œil, mais à peine allumée, elle vous exaspère … Entre vous il n’y a jamais eu ni amour, ni complicité, ni soutien. Relation purement commerciale, marché conclu : contrat à tacite reconduction. Le seul atout que l’on ne peut pas lui enlever c’est qu’elle est toujours d’accord … Vous êtes heureux, elle ne sait pas pourquoi mais elle aussi.

Vous déprimez, elle est encore meilleure que vous ! Son absence vous perturbe, sa nonchalance vous rend accro, elle est comme la bimbo du lycée, bien consciente de son pouvoir d’attraction, elle n’a jamais eu besoin de s’investir pour être populaire. Sans votre désir elle n’est rien … Voilà une belle relation à sens unique, puisque vous êtes le seul à y mettre du vôtre. Opportuniste jusqu’au bout des ongles, du moment que vous banquez elle saura vous soulager. En parfaite prestataire de service elle vous propose ses effluves toxiques avec un discours bien rodé. Une discussion réduite à un triste monologue … de toute évidence elle n’a pas votre bagage culturel. Tout ce qu’elle sait faire c’est abonder dans votre sens avec un regard bovin et faussement compatissant. Mais que c’est bon de déprimer ensemble… ! A la faveur de la nuit, l’alcool aidant, elle se transforme en philosophe de Barbès et devient cette salope aux inflexions à double sens, que l’on déteste de toutes ses forces, mais que l’on aura toutes les peines du monde à quitter. De toute évidence, elle sait caresser dans le sens du poil, n’est-ce pas le plus vieux métier du monde, la psychologie de bas … résille. Et la voilà qui s’aventure dans un téméraire : « Je te souffle toute la douceur du monde mon amour, console-toi, parce que rien n’est plus beau que d’être ensemble. Tu ne seras plus jamais seul, je t’ai dans la peau ». Après quelques bouffées, c’est chimique, vive l’hypnose : rapide, efficace, un véritable travail de pro. smok17En même temps qu’elle vous allume, elle vous éteint … Au passage, elle dévalise votre confiance en vous, votre confiance de vous en sortir sans sa mince contribution surtout. Quel racket !

Elle met à sac votre compte en banque par là-même occasion en augmentant outrageusement ses tarifs tous les semestres, comme si elle avait élargi son répertoire, garantissant cette fois le septième ciel et bien plus encore. Imposture ! « Blow job » vaporeux, telle est sa spécialité. Une fois la bête calmée, elle tourne les talons, claque la porte sèchement, et vous laisse orphelin de votre désir et de tout bon sens, seul avec ce classique voile gris oppressant et odorant aux arômes de culpabilité … Par ses formes et sa matière elle contient suffisamment de composantes toxiques et inflammables pour vous refiler toutes les maladies de civilisation, et ce, qu’on la consomme avec ou sans filtre … Jamais de SAV, il n’y a d’ailleurs jamais personne qui décroche aux heures de bureau. Louche, pour une « call » girl, non ?! Tel un vilain moustique tropical, sa destinée est de piquer une âme en peine avant de disparaître like dust in the wind pour finalement s’écraser en martyr dans un tas de cendre. A l’aube les services municipaux sauront balayer la détresse des âmes vides et toute trace compromettante, laissant ainsi la vie reprendre sa cour incessante, « vis ta vie en boucle », sous le soleil exactement. Son secret, un parfait ménage à trois : elle, vous et un troisième ingrédient que l’on appelle la dépendance, une force mystique qui s’oppose à toute rationalité. Bien que l’on ait à l’esprit que l’on se fait baiser à la seconde où elle nous embrase, elle continue de nous faire chanter, des chants de marins … jusqu’à ce qu’on n’ait plus de souffle. Inoubliable voyage au pays de la vulgarité … Comment se détâcher du commerce du corps ? Même la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

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Everybody wants to go to heaven, but no one wants to die …

Tous les fumeurs se méprisent, mêmes s’ils refusent de l’admettre, et aucun d’entre eux ne comprend dans le fond pourquoi il continue à fumer. La dépendance psychologique est telle que vous en arrivez à cette absurde négociation avec vous-même « je crois que je préfère mourir plutôt que de m’arrêter … pourvu que j’ai mon orgasme, je peux mourir tranquille ». Ce qui à le mérite de la cohérence compte tenu du très mince capital « self-estime » qu’il nous reste après des années de « self-sabotage ». Aussi ravageur qu’un mauvais casting affectif, il faut se quitter souvent pour s’aimer toujours … Nous souffrons d’une sorte de gueule de bois permanente, d’un vague malaise qui nous semble normal. Comme toutes les autres formes de dépendance, plus le tabac nous entraîne dans un gouffre, plus nous le considérons comme un ami fidèle. Si nous étions assez stupides pour arroser notre voiture tous les jours d’eau salée, irions-nous reprocher la rouille au constructeur ? Et pourtant on nous vend cela avec un épicurisme outrancier qui va avec les incohérences de notre époque. L’Etat qui se fait l’avocat du diable avec ses campagnes choc, empoche sa com’ (TVA) au passage, tel un mac scabreux, surfant sur la misère sociale … Véritable association de malfaiteurs. Pour la première fois de l’histoire du marketing un bien de consommation génère à la fois le confort et l’inconfort du consommateur. On est juste à côté d’un des fondements même de cette « science » à savoir, la loi de l’offre et de la demande et pourtant cela fonctionne à merveille. Le tabagisme est un dispositif subtil mis au point par des êtres humains pour piéger d’autres êtres humains, le piège le plus insidieux que l’humanité ait jamais confectionné en association avec la nature. Pourquoi sommes-nous la seule espèce animale qui ait appris à pleurer – et à se donner la mort ???

Ironie du sort, même les fumeurs qui vous aiment et vous souhaitent de réussir, espèrent plus ou moins consciemment votre échec. Et ce pour une raison élémentaire : vous venez de quitter le navire à temps, ils redoutent plus que tout d’être les derniers passagers engloutis dans le naufrage. A l’image de ces célibataires endurci(e)s qui écument les soirées, l’œil vif, faisant l’éloge de leur liberté, puis finissent au cirque à 5h du mat’, en secouant leur clochette, se rabattant sur un singe boîteux grimaçant sa douleur; ensemble un moment, seuls infiniment. Mais regardons la vérité en face : ce n’est pas le tabac qui permet de se détendre, mais l’absence de tabac qui entraîne des tensions, un peu comme le sexe étrangement … Une affaire de goût ? Bon ou mauvais. Comment deux cigarettes venant du même paquet pourraient-elles avoir un goût différent en fonction des circonstances ? Vous ne collez pas une étiquette sur chacune de vos cigarettes : « petit-déjeuner » – « pause café » – « fin du repas ». C’est un peu comme disserter sur la différence entre une capote parfumée « mentol », « chocolat », « tutti frutti », de toute façon un fumeur a un goût très limité … who cares ??? Quant à la fameuse cigarette de la fin du repas, sur les milliers que vous avez fumées, y en a-t-il une seule dont vous ayez conservé le souvenir ? Ce n’était manifestement qu’un coup d’un soir sans saveur. En revanche, vous vous rappelez très bien de tous les repas gâchés par l’impossibilité de fumer à table. En somme, vous rêvez de pouvoir fumer quand cela vous est interdit, et dès que cela redevient possible, vous voudriez ne jamais avoir commencé ! Adultère ? Scène de ménage en perspective …

Certaines adolescentes s’exclament : « Ca me fait tourner la tête ! ». Demandez-leur si elles ont conscience qu’il leur suffirait de tourner en rond les yeux fermés pour obtenir le même résultat, et elles en resteront muettes de stupeur. De plus lorsque vous allumez une cigarette par désoeuvrement, vous dites-vous soudain : « C’est vraiment passionnant d’inspirer des fumées cancérigènes, puis de les expirer ! Je m’amuse comme un petit fou !?! ». En finir avec la cigarette n’est pas une question de courage ou de volonté, mais un affrontement entre deux forces antagonistes. Essayez d’ailleurs de vous rappeler lesquelles étaient les plus portées à tenter l’expérience au collège : les bûcheuses timides et renfermées sur elles-mêmes ou les filles énergiques et extraverties ? La réponse est évidente et fait voler le mythe en éclat. Arrive un stade où la volonté ne fait que prolonger la torture. La question à se poser serait peut-être : « quelle part de nous-même cherchons-nous à esquiver ??? ». La cigarette étant l’autre, elle est l’équivalent de ce que l’on fuit. Le geste est sexy, paraît-il. Pour d’autres, le fait de tenir une cigarette fait carrément beauf. Tout est une question de personnalité, d’attitude. Oublions un instant la dimension mythique aux accents d’éternité. La cigarette, c’est comme une paire de lunettes : sans un charisme déjà présent, elle ne servira à rien. Elle amplifie un style, l’agrémente. Un charmeur le restera… un maladroit aussi.

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Tout aussi étrange, lorsque l’on se retrouve en pleine nature et que l’on retrouve par là-même sa vraie nature, qui a besoin de fumer une clope au sommet du Mont Blanc ? Pas besoin de prosac non plus … Instant de grâce qui suspend le temps, la cigarette est une pause au pays de la précipitation, mais elle ne fait que dérégler un outil parfaitement calibré. Et même si le système immunitaire est une fabuleuse invention, il fonctionne comme un compte en banque : on ne peut pas tirer dessus indéfiniment, sous peine de faire des chèques sans provisions. A l’inverse d’un bon footing qui brûle tout ce que l’on n’est pas (doutes, incertitudes, etc), la cigarette grille nos meilleures cartouches (notre source de vie, force d’impulsion et capital jeunesse). Amis artistes, sachez aussi qu’en investissant bouffée après bouffée votre canal central, c’est essentiellement de votre inspiration et de votre créativité que la cigarette s’empare. Enfin, au cinéma, le tabac est toujours synonyme d’attente, et les personnages qui fument ont souvent une profession qui nécessite une certaine patience : des flics, des détectives privés, des photographes, … des prostituées. Cette vague attente d’on ne sait pas trop quoi au juste … Pendant combien de temps allons nous encore nous mettre des coups de cutter dans les paumes ? La cigarette, c’est la thèse et l’anti-thèse, désir vs dégoût de soi. Et si on entamait une véritable Lire la suite sur moodstock.fr

Parce qu’il est toujours bon de rire un peu de soi …

ART-icle expiré par Barbara pour Moodsto©k

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Date de dernière mise à jour : 17/10/2013