« Je ne suis pas raciste , mais ... »

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Tête de litote !

Qui peut se vanter de n'avoir jamais entendu dans notre bon pays si tolérant cette phrase qui fait froid dans le dos et annonce une suite qui affirme tout le contraire de la formule liminaire ? C'est la litote de saison, le début avant la cascade de saloperies en tous genres, de petites mesquineries infâmes et de coups bas scabreux. Préparez vos mouchoirs, la bassesse se porte désormais en majesté ….

« Je ne suis pas raciste, mais il faut bien admettre que ces gens-là ne sont pas comme nous. Ils ne travaillent pas et passent leur temps en d'étranges trafics qui ne me disent rien qui vaille. Mes voisins du dessus, il ne faut pas dire, sont charmants et disent toujours bonjour, mais ce n'est vraiment pas très catholique, c'est le cas de le dire, toutes ces allées et venues. Je me demande de quoi ils vivent. Enfin, j'ai ma petite idée ... »

« Je ne suis pas raciste, mais c'est pas possible de continuer ainsi. Ces femmes n'arrêtent pas de faire des enfants. Ce n'est pas étonnant, elles ne prennent pas la peine de les élever correctement. Elles ne pensent qu'à nos allocations et aucune d'elles ne travaille. Quant à leurs maris, tous plus fainéants les uns que les autres. Elle n'est pas prête de se redresser notre France ! »

« Je ne suis pas raciste, mais reconnaissez avec moi que ce sont toujours leurs enfants qui posent problème dans les écoles. Ils arrivent quand ils veulent ! Pas surprenant, personne ne travaille dans ces familles ! Ils sont mal polis et utilisent un langage à faire frémir de braves gens comme nous. Quelle honte de payer des impôts pour ça ! »

« Je ne suis pas raciste, mais je ne voudrai jamais voir ma fille sortir avec un de ces garçons. Ils ont toujours le pantalon en bas des jambes, une casquette vissée sur la tête. Ils ne font rien de leurs journées, crachent à longueur d'ennui et insultent toutes les filles qui passent à portée de voix. Ce n'est pas la peine d'être grand clerc pour comprendre le sort qu'ils lui feraient subir. Un voile sur la tête et enfermée à la maison ! »

« Je ne suis pas raciste, mais on se demande bien pourquoi c'est toujours pour eux ces boulots. On dirait qu'ils se réservent ce travail. Pas une place pour les Français, les vrais, ceux qui sont nés ici. C'est curieux ; on dit qu'il y a du chômage et on va encore chercher tous ces hommes de couleur pour travailler sur les chantiers. C'est louche tout ça ! »

« Je ne suis pas raciste, mais c'est quand même bizarre qu'il n'y ait que ces gens là qui trouvent un logement dans les HLM. Comme s'il n'y avait plus rien pour les Français ? D'ailleurs, quand il en reste quelques-uns dans les immeubles, ils finissent par partir à cause du bruit, des odeurs et des remarques qu'on leur fait tous les jours. Ça ne peut plus durer ! »

« Je ne suis pas raciste, mais regardez un peu dans les transports en commun ! C'est noir de monde ma bonne dame. On dirait que ça leur est réservé. Et si vous remarquez bien, il n'y en a pas un qui paie son ticket. Et croyez-vous qu'on les contrôle ? Pas fous les contrôleurs, ils ne vont pas risquer l'émeute et c'est toujours nous qu'ils viennent ennuyer ! »

Je vous laisse poursuivre ce refrain de la haine ordinaire, du mépris quotidien qui se porte la tête haute. Le mal est profond, pour de très nombreuses raisons qui ne font pas de ces pauvres gens des monstres ou des salopards, mais des victimes, elles aussi, d'un environnement social qui dresse, chaque jour un peu plus, les exclus et les démunis les uns contre les autres.

Les ghettos sont une évidence, la mixité une illusion, l'intégration un impossible rêve. Le mal progresse, les anathèmes n'y feront rien. Il est vain de pointer du doigt le discours frontiste ou bien de stigmatiser telle ou telle communauté. Il y a une réalité terrible, une progression d'un mal ancien qui ronge les couches populaires, abandonnées des élites et de la croissance. Fermer les yeux ou se boucher les oreilles serait une hérésie fatale. Le ver est dans le fruit, la nation n'est plus une et indivisible.

Le racisme est là, dans les deux camps qui se font face, qui s'ignorent et se haïssent. Il est sournois, diffus, mesquin, honteux, injuste, détestable. Il gagne chaque jour de nouvelles couches sociales. Plus la misère et l'indifférence augmentent, plus le mal ronge notre tissu social. Le vote des étrangers ne se fera pas. C'est encore une mesure qui est écartée au nom du Pragmatisme.

Les temps sont à donner des gages à la réaction, à la pensée inique, à la bonne conscience petite bourgeoise. On n'évoque pas les raisons de ce renoncement, on ne pose jamais les constats terribles qu'on évite au nom de la règle de la non « ethnisation » des données statistiques.

Alors, les plus folles rumeurs circulent, les propos les plus absurdes laissent des traces terribles dans la population. On laisse croire, on sous entend, on suggère, on suppose … Et toujours au café du commerce, au marché, dans une file d'attente ou bien une conversation aimable surgit la terrible, la redoutable petite phrase prononcée par une bonne tête de litote bien sous tout rapport :

« Je ne suis pas raciste, mais ... »

Intolérablement nôtre.

agoravox.fr

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