GUINÉE ÉQUATORIALE: PLUS DE 600 CAMEROUNAIS CHASSÉS DE L'AÉROPORT

immigres011008275.jpgSur instruction de l’ambassadeur du Cameroun, Lazare Mpouel Balla, plus de 600 Camerounais chassés de l’aéroport. Ils étaient réunis au sein de l’Association générale des Camerounais (Assogecam) sanglés dans des T-shirts aux effigies de Paul Biya, munis de petits drapeaux aux couleurs du Cameroun et du pays hôte… mobilisés pour accueillir avec chaleur la délégation officielle camerounaise au 3eme sommet de la Commission du golfe de Guinée, tenu à Malabo samedi 10 août 2013. L’ambassadeur du Cameroun dans ce pays au banc des accusés.

 Au sein de la communauté des Camerounais résidant en Guinée équatoriale, le sujet meuble l’essentiel des conversations. Les autorités équato-guinéennes sont elles, encore abasourdies. Selon des sources concordantes à Malabo, plus de 600 Camerounais mobilisés par l’Association générale des Camerounais (Assogecam) pour accueillir la délégation officielle du Cameroun au troisième sommet ordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la Commission du golfe de Guinée ont été déguerpis comme des malpropres sur instructions de Son Excellence, Mpouel Balla Lazare, ambassadeur du Cameroun en Guinée équatoriale, jeudi 8 août 2013 de l’aéroport Santa Isabel de Malabo. Bien plus, ces sympathiques compatriotes constituant le comité d'accueil, arboraient des tee-shirts à l'effigie du chef de l'Etat, et agitent de petits drapeaux aux couleurs du Cameroun et du pays hôte. Les slogans sur les banderoles qui achevaient de planter le décor, célébraient Paul Biya, entre autres, pour les derniers succès diplomatiques, notamment la levée de la suspension de la Fifa, la libération des otages français, la tenue à Yaoundé du sommet international sur la sécurité maritime dans le golfe de Guinée... Selon nos informateurs «la police de la Guinée équatoriale nous a gentiment demandés de quitter les lieux et même la zone aéroportuaire. Un officier de police nous a, en outre dit exactement ceci: «nous n’avons aucun problème avec vous. Nous ne pouvons pas chasser quelqu’un qui porte la photo du président Paul Biya, mais votre Ambassadeur a donné l’ordre de vous chasser d’ici au motif que le président Paul Biya ne vient pas. Donc, nous vous demandons de partir». Sur ces entrefaites, nous nous sommes retirés de l’aéroport en ordre. Aucun incident n’a été enregistré. Au-delà de la simple incompréhension qui s'est installée dans la communauté camerounaise en Guinée équatoriale, il s’agit d’une véritable déception. Ce d’autant que l’ambassadeur Mpouel Balla n’est pas à sa première forfaiture dont les échos et autres clameurs seraient parvenues dans les délicates oreilles du président Obiang Nguéma Mbasogo.

 Scandale de trop

Des indiscrétions glanées dans l’entourage du président équato-guinéen indique d’ailleurs qu’après avoir appris la nouvelle, le numéro un équato-guinéen se serait exprimé en ces termes: «mais est-ce possible de vouloir faire du mal ou d'humilier des citoyens portant l'effigie de leur président, mon ami et frère Paul Biya. Cet ambassadeur veut-il nous brouiller? En tout cas, je vais voir ça. S'il a des problèmes, il va aller les régler ailleurs, pas ici». Dans une correspondance adressée au ministre des Relations extérieures, samedi 10 août 2013, dont la copie est parvenue à la rédaction centrale du Messager, la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi) dénonce «les actes graves constitutifs de haute trahison des intérêts nationaux du pays, de la part de l'ambassadeur du Cameroun en Guinée équatoriale, sieur Lazare Mpouel Balla. Cette dernière dérive est survenue, monsieur le ministre, alors que vous vous trouviez à Malabo à la tête d'une importante délégation représentant le chef de l'Etat et comprenant en outre le ministre de la Défense… C'est un scandale de trop, un scandale qui appelle des sanctions urgentes et immédiates, ou à défaut, des mesures conservatoires appropriées, efficaces, perceptibles et rassurantes» écrit le Pr Shanda Tonme, président de la Comicodi. «De mémoire diplomatique, poursuit-il, un ambassadeur qui pourchasse et humilie l'effigie du chef de l'Etat ne saurait demeurer en poste, parce qu'il est d'abord le représentant de ce dernier et parce qu'il est le premier porteur et protecteur de son image dans tous les sens du terme, et dans la substance de toutes les interprétations et démonstrations protocolaires» soutient-on à la Comicodi. A l’Ambassade du Cameroun à Malabo, des proches de Son Excellence Lazare Mpouel Balla relativisent. Joints au téléphone samedi 10 août et hier matin, ils affirment que «l’incident de l’aéroport n’a concerné que quelques groupes de danses auteurs de quelque désordre. Ils ont été par la suite éconduits de l’aéroport sans éclats de voix». 

 

Bien plus, contacté avant que nous n’allions sous presses hier dimanche 11 août 2013, Son Excellence Lazare Mpouel Balla n’est pas allé du dos de la cuillère. «Je vous remercie d’avoir pensé à recouper. Je vous prie de respecter ce que je vais vous dire. L’aéroport est une zone sensible comme vous le savez. On ne saurait laisser libre cour au premier venu. Dans la perspective de la venue du chef de l’Etat en Guinée équatoriale dans le cadre de la Commission du golfe de Guinée, nous avons travaillé comme toujours avec le comité d’organisation pour des besoins évidents de sécurité. Chaque fois que les gens doivent aller à l’aéroport pour l’accueil des personnalités de premier plan, il faut une entente entre le protocole, la sécurité et l’ambassade. Informé de ce que le chef de l’Etat, Son Excellence Paul Biya ne ferait pas le déplacement, nous avons estimé que ce n’était pas la peine de mobiliser des gens. Nous avons par la suite, informé les concernés» affirme le diplomate.

 Focal 1. Lazare Mpouel Balla de casseroles en forfaiture

 L’ambassadeur du Cameroun en Guinée équatoriale, Lazare Mpouel Balla n’est pas à son premier fait d’arme. De forfaiture en casseroles, ce haut commis de l’Etat, fin diplomate provoque l’ire de ses compatriotes et des autorités équato-guinéennes. Selon des informations relayées par les médias, le diplomate camerounais avait déjà été accusé d’avoir tout mis en œuvre pour saboter la célébration de la fête du 20 mai par l'association qui avait fait les choses en grand : plus de quatre mille convives, des événements sportifs, des activités culturelles diverses, à la clé. Non content de refuser la salle, l'ambassadeur s'était alors fait absent avant de multiplier la pression auprès de la représentation de l'Unesco pour que sa salle ne soit pas accordée à l'association. Le diplomate avait pourtant approuvé quelques jours plus tôt le programme et reçu la communication de circonstance qui lui réservait un honneur protocolaire digne de son rang. Pour bon nombre de Camerounais vivant en Guinée équatoriale, l'ambassadeur aurait demandé aux autorités guinéennes de l'immigration, de ne délivrer les titres de résidence aux Camerounais que sur présentation de la carte consulaire. Il aurait ensuite fait quadrupler les frais exigés pour la délivrance de ladite carte. Quelque temps après, les autorités guinéennes ont rejeté cette demande, la considérant comme inappropriée, illégale au sens du droit international, et inacceptable, selon les usages diplomatiques et pour cause, il n'appartient pas en effet, à une ambassade d'imposer à un pays hôte, les conditions d'accueil et de résidence des étrangers.

 Focal 2. A propos de la Commission du golfe de Guinée

Les rideaux se sont refermés, samedi 10 août 2013, sur les travaux du 3ème sommet ordinaire des chefs d'État et de gouvernement de la Commission du golfe de Guinée. Moins de deux mois après le récent sommet sur la sûreté et la sécurité maritimes dans le golfe de Guinée, tenu à Yaoundé en juin 2013, le pays d’Obiang Nguema Mbasogo a eu l’insigne honneur d’accueillir sur son sol d’illustres hôtes. En bonne place dans l’agenda des assisses des hommes d'État de la région du golfe de Guinée l’analyse et l’adoption du rapport sur les activités du secrétariat exécutif de 2009-2013, le rapport du président en exercice, ainsi que le mécanisme de défense et de sécurité dans le golfe de la Guinée. L'état des contributions et des arriérés des Etats-membres, le protocole additionnel au traité instruisant la Commission du golfe de Guinée sur le mécanisme approprié, ainsi que la détermination des aspects pour se concentrer sur les objectifs de la commission ont également été au centre de la rencontre.

 En outre, d'autres questions inhérentes à la restructuration du secrétariat exécutif et la révision des textes organiques, la désignation des mandats des membres du secrétariat exécutif, l'authentification des textes et l'adoption des résolutions, ainsi que le règlement d’ordre intérieur de la conférence des chefs d'État et de gouvernement ont été abordées. Last but not least, le président angolais, José Eduardo dos Santos, en tant que président par intérim de la Commission du golfe de Guinée, a cédé la présidence à son homologue de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema.

En rappel, la consolidation de la paix et la sécurité dans cette région constitue l'un des objectifs des dirigeants de la Commission, visant à promouvoir la coopération et la non- agression entre les États, la défense commune et la coexistence pacifique. D’où l’accent particulier que les dirigeants de la Commission ont mis sur les questions de l'insécurité maritime causée par la piraterie, le vol à main armée et d’autres actes illicites commis en mer. La commission du Golfe de Guinée, créée en 1999, comprend l'Angola, le Congo, la République démocratique du Congo, le Nigeria, Sao Tomé et Principe, le Gabon, le Cameroun et la Guinée équatoriale. Absent, le président de la République du Cameroun, Paul Biya, malgré l’invitation que l’émissaire équato-guinéen est venu servir au régime de Yaoundé, s’est fait représenter par le ministre des Relations extérieures, Pierre Moukoko Mbonjo qu’accompagnait le ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, Edgar Alain Mebe Ngo’o.

© Le Messager : Alain NJIPOU

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