France: Aline Marie-Christine Zomo-Bem change de casquette !

Après avoir arpenté les salles ainsi que les plateaux de télévision, dans le but de faire rire, l’humoriste d’origine camerounaise s’est trouvée une nouvelle vocation, journaliste et écrivain

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Aline Marie-Christine Zomo-Bem, vous vous préparez à publier un livre autobiographique, mais vous avez commencé avec des nouvelles. Racontez nous tout ça

Effectivement, j’ai écris 17 nouvelles et le livre sera bientôt disponible. C’est un livre qui parle de mon parcours. Ce livre là, je l’attends vraiment avec enthousiasme parce qu’il parle de moi et j’aimerais que ça inspire les jeunes femmes africaines pour leur dire de ne plus rien attendre des hommes, il est temps que les femmes se prennent en charge et je leur montre l’exemple en commençant par moi-même. J’ai arrêté mes études très tôt, mais quand j’ai compris que ce n’est pas les hommes qui allaient me sortir du trou j’ai retroussé mes manches et aujourd’hui c’est mon cerveau que j’utilise. Je travaille pour gagner ma vie et c’est ce message que je veux transmettre dans mon livre.

Quelles sont les histoires abordées dans les différentes nouvelles?

Ces nouvelles sont des histoires que j’ai vécues moi-même ou que j’ai entendues dans mon entourage. « Klauss le branleur », la première nouvelle, parle d’un blanc libidineux qui n’est pas un allemand en tout cas, mais un français. Comme j’ai constaté que mon éditeur français est un peu frileux quand on parle de la France, j’ai décidé d’utiliser les autres pays de l’Union Européenne. Klauss est donc un pervers, venu en Afrique abuser des filles naïves et sans avenir. J’ai eu la chance de ne pas attraper de microbes et je demande à toutes les femmes de faire attention parce que ces relations sur Internet peuvent être dangereuses.

Depuis peu vous avez ajouté une corde à votre arc, le journalisme. Vous avez débuté une expérience avec Afrique actuelle et avec la CRTV. Comment ça se passe?

C’est déjà un challenge parce que mon père était journaliste à la CRTV. J’ai vu mon père travailler et puis je me rends compte que c’est dans le sang. J’ai la chance aussi de travailler avec mon mentor le Docteur Mathieu Mbarga qui m’apprend les rouages du métier. C’est des mécanismes qui s’ouvrent parce que j’aime la communication, mon métier d’humoriste en est la preuve. J’ai commencé avec l’humour parce que c’était un tremplin. Je n’ai pas fais de formation mais j’apprends sur le tas et je suis tellement motivée à le faire et je sais que ça fera plaisir à ma famille, à mes parents. Mon père était tellement fier de faire ce métier, je suis sure qu’il est très content. C’est un métier qui me passionne et les échos sont encourageants.

Et l’humour dans tout ça?

L’humour c’est mon premier métier, je ne peux pas laisser l’humour, c’est pour ça que je me suis reconvertie dans les nouvelles. J’écris plutôt des nouvelles de mes sketchs. Quand j’ai une idée de sketch je la transforme en nouvelle. Avec près de 300 spectacles à mon actif, j’estime que j’ai fais mes preuves en tant qu’humoriste de talent. Ceux qui veulent m’inviter pour des spectacles, je suis là, mais mon nouveau métier c’est journaliste et écrivain, comme mon père.

Vous laissez tomber complètement l’humour?

Non. Je compte aller faire une tournée en Afrique quand j’irais faire la promotion de mes livres parce que j’ai beaucoup de fans en Afrique de l’Ouest et au Cameroun, je vais monter sur scène pour eux. Ce n’est plus la passion première, j’ai trouvé d’autres axes pour m’épanouir. Vous avez reçu le trophée des leaders de la minorité visible en décembre 2012 à l’Assemblée Nationale. Est ce que cela signifie pour vous que finalement vous avez été entendue? Oui c’est une satisfaction d’avoir été entendue parce que quand on prêche on a l’impression de le faire dans le désert. Recevoir un trophée à l’Assemblée Nationale, ce qui arrive rarement aux personnalités de la minorité visible, c’est une satisfaction qui me motive à continuer mon combat.

Comment vous vous sentez dans cette nouvelle vie?

Je me sens tellement épanouie d’avoir réalisé cela. Lorsque je suis arrivée en France, j’ai commencé à faire le ménage mais ça ne m’a pas plu parce que chez mes parents on avait des ménagères et le traitement que je leur avais infligé c’est le même que j’ai reçu où je travaillais. J’ai compris qu’il ne faut pas se moquer des gens, ni même les mépriser. Par la suite, j’ai compris qu’il fallait que je me relève, que je régularise mon statut parce que dans la société il y a des classes sociales et je ne suis vraiment pas de la classe des ménagères (Rires). Mon père m’en parlait, mais quand on est jeune on profite des parents et se dit que ça va continuer et quand j’ai constaté que non si je ne m’arme pas de patience et de travail je vais rester dans la classe ouvrière, alors j’ai retroussé mes manches. Bref je suis très contente et je souhaite à toutes les femmes de travailler. Aujourd’hui la nouvelle femme africaine doit relever les challenges, et je suis l’exemple. Parce qu’il y a trois ans je n’étais vraiment pas connue, personne ne savait que j’existais et aujourd’hui on m’appelle, on m’invite, on me reçoit avec fierté parce que j’ai fais mes preuve et je le souhaite à toutes les femmes, rien n’est impossible quand on y croit.

Toujours aussi révoltée?

Bien sûr ! Et même militante. Moi je n’ai pas de soucis mais quand je vois autour de moi le mépris envers les noirs, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai commencé à écrire. Personnellement je me sens complètement intégrée. Parce que quand on va parler aux autres, il faut qu’on soit nous même des personnalités représentatives. La vie elle va crescendo, il ne faut pas brûler les étapes et c’est ce que je dis à la jeunesse dans mes livres, dans mes nouvelles. Quand on a vraiment raté son parcours c’est difficile de le rattraper c’est pour ça qu’en trois ans j’ai combattu le combat de 25 ans. J’ai fais comme certains jeunes, j’ai laissé tomber l’école alors que mes parents avaient de l’argent parce que je voulais aller danser. Est-ce que la danse fuit ? Et aujourd’hui que j’ai même de l’argent pour aller danser je n’y vais pas. Je suis complètement intégrée et fière de dire que je suis franco-camerounaise. Je continue simplement le chemin que les grandes s?urs comme Calixte Béyala ont tracé.

Es-ce que vous retournez souvent au Cameroun?

Oui régulièrement je vais au Cameroun, toute ma vie y est basée, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai gardé cette âme familière, cette générosité. J’aime les gens et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi un métier aussi méprisant qu’humoriste mais je me suis dis que j’aime les gens, il faut leur parler faire quelque chose pour eux et ce combat je l’ai gagné. Je n’arrête pas de dire dans les radios, les télévisions ou je vais qu’il ne faut pas mépriser les noirs c’est des personnes comme tout le reste.

Si aujourd’hui le Cameroun vous sollicitait de quelque façon que se soit, serez – vous prête à retourner travailler au Cameroun?

Oui j’ai un gros projet pour le Cameroun, je vais rentrer y vivre. Il s’agit d’un gros projet que j’ai pour les femmes et la jeunesse et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai accepté l’opportunité que la CRTV m’a offerte.

Journal du Cameroun

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