Diaspora, Cameroun: "C´est seulement Dieu qui nous garde!":Sécurité et fatalité chez les compatriotes de la Diaspora

Dans la vie, il arrive souvent des péripéties rocambolesques qui nous plongent dans un univers kafkaïen au point qu´on se demande à quel Saint on doit se vouer.

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Les uns s´évertuent à trouver des explications rationnelles tandis que d´autres, pris par le désespoir, interrogent les forces supranaturelles. Ce fatalisme qu´on peut expérimenter pendant certains moments critiques de la vie, devient dangereux lorsqu´il empêche à l´individu de prendre en main son destin. Les scénarios sur nos routes ne sont que la face visible de ce problème: voitures non assurées, freins abîmés, contrôle technique non respecté, vitesse démesurée, surcharge abusif, chauffeur fatigué, non respect du code routier. Tous ces facteurs réunis, favorisent les accidents pas les moins mortels. Curieusement, les causes sont très souvent recherchées dans la sorcellerie/le mauvais sort et moins dans l´évidence de la relation causale de ces facteurs précités. Lorsqu´on considère cet habitus dans la recherche des causes, force est de noter une certaine impuissance que font montrent certains compatriotes de la diaspora qui abordent la question de la sécurité à travers le prisme de la fatalité.

Il est vrai qu´il devient difficile d´apprendre certaines choses à l´âge adulte. Abordant par exemple la question de la natation et de son enjeu en cas d´inondation, nombreux sont ceux qui remettent la sécurité dans les mains de Dieu et des Ancêtres. Au-delà d´un manque de motivation pour apprendre, il faut noter une peur allant du pathétique au traumatisme chez bon nombre de frères et sœurs encore hantés par ces mythes qui ont meublé nos images des fleuves tels le Wouri et la Sanaga pendant l´enfance.

Avec l´augmentation de la population camerounaise dans les pays occidentaux, les cas de décès deviennent aussi récurrents dans la communauté et visibles grâce aux médias numériques et aux courriels. Loin de la peine que vivent la communauté et les familles en cas d´une telle perte, les coûts qu´engendrent un décès loin de la terre natale, sont énormes. Des dépenses pour les obsèques et le transport du corps qui coûte les yeux de la tête entérinent la nécessité d´une assurance-vie. Les campagnes ont été initiées par bon nombre d´associations camerounaises de la diaspora. Malheureusement beaucoup de membres peinent encore à considérer l´urgence de telles assurances. Mettre le sujet de la mort, sa gestion ainsi que l´héritage sur le tapis évoque chez ceux-ci non seulement la vulnérabilité de la vie mais aussi le mauvais sort. D´aucuns accuseraient le membre de la famille, alors initiateur de la conversation, d´être l´oiseau de mauvais augure.

Ce même fatalisme surgit lorsque la question des détecteurs de fumée et du monoxyde de carbone est soulevée. Et pourtant, les statistiques sont alarmantes: selon un site de sensibilisation (detecteur-de-monoxyde-de-carbone.com), on enregistre en France 6000 victimes d´intoxication au monoxyde de carbone et 300 décès par an. Combien de fois trouve-t-on une marmite calcinée au feu dans une cuisine sans détecteur de fumée alors qu´on voulait passer rapidement un coup de fil ou lire un courriel?

C´est vrai que «c´est Dieu qui nous protège», cependant avant d´implorer son intervention, nous devons d´abord faire l´essentiel.

Sur ce, longue vie et prospérité!

© Camer.be : Florence TSAGUÉ

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