Cameroun : Un rappeur avocat défenseur de Paul Biya

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Lemir Vana demande de «Laissez le vieux tranquille» dans son 1er single.

Il s’appelle Lemir Vana. Un inconnu dans les milieux de la musique camerounaise. Peut-être un peu connu dans le milieu «rapologique» camerounais où certains jeunes se souviennent l’avoir déjà vu en spectacle dans plusieurs villes. Néanmoins, le beat est si intéressant que l’on a envie de l’écouter jusqu’au bout. Tant la boîte à rythme, qui accompagne généralement les rappeurs offre un son un peu plus filtré, la son de la guitare bass n’ayant pas trouvé d’espace. La voix principale (lead vocal) et les choeurs sont mis en exergue pour garder les candidats à la danse éveillés sur la piste pendant les quatre minutes que dure la chanson. L’on comprend le recours à la programmation à la mode avec une équipe technique et artistique constituée de deux personnes seulement : le mixeur Miles Esso, le Beat maker Shy.

Peu importe, la chanson est belle. Mais, le discours étonne plus d’un jeune camerounais aujourd’hui. Lemir Vana leur rappelle que «Ce n’est pas le vieux qui t’a demandé de ne pas boche [étudier]». Le refrain est peut-être un peu plus précis : «Ce n’est pas le vieux qui a voulu que tu baisses les bras. Ce n’est pas le vieux qui a voulu que tu squattes dans les bars. Ce n’est pas le vieux qui a voulu que tu laisses ton fils», lance-t-il aux autres jeunes. Il martèle même que «ce n’est pas le vieux qui a demandé aux jeunes de s’éloigner de l’école pour les clubs, laisser les études pour l’alcool». La rime, à n’en point douter, est belle. Il s’attaque également à la société en général lorsqu’il déclare que «c’est pas le vieux qui a demandé aux flics d’être des mendiants, des raquetteurs, des fils de p. Que les églises se réveillent et deviennent des sectes.

Non ! Laissez son nom tranquille», proclame Lemir Vina. Même si l’on a l’impression d’entendre chanter Koppo. Le jeune rappeur estime que la vraie souffrance c’est la traite négrière. Il fustige le comportement des jeunes en estimant que les jeunes pleurnichent beaucoup. Comme s’il voulait répondre à Valsero qui dit que «Ce pays tu les jeunes», Lemir Vana dit : «On dirait que ce pays tue les jeunes. Pour que le pays vive, on ne voit pas ce que font les jeunes», lance le rappeur militant. Il reprend même le dernier slogan du président de la République lors du troisième congrès ordinaire de son parti, le rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) : «Au lieu de travailler, chercher, innover, créer». Celui qui reprend pratiquement les discours de Paul Biya appelle ses égaux à plus de responsabilité et d’engagement.

Le nouvel avocat du président de la République auprès des jeunes, estime que c’est «trop facile» d’accuser, de dire que tout va mal. C’est aussi trop facile de constater que la seule personne que Lemir Vana remercie dans son album et dont le nom apparaît sur la pochette s’appelle Alain Noël Olivier Mekulu Mvondo Akame, le directeur général de la caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps). Question de justifier que lui, le jeune, se bat dans la vie pour s’en sortir.

© Mutations : JUSTIN BLAISE AKONO

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