Cameroun - Scènes: Flavour fait pleurer des jeunes filles à Yaoundé

A l’invitation de C.y Entertainment dans le cadre du concept stay in the jam, l’artiste nigérian au coup de reins électriques, a enflammé le public de Yaoundé le 31 août 2013.

flavour-nigerian-star-singer-003-thn-475x317.jpgFlavour Photo: © Archives

Il fallait jouer des coudes pour avoir accès au palais polyvalent des sports de Warda samedi dernier. A l’extérieur du portail comme à l’entrée des quatre portes d’accès, il fallait faire preuve de force pour se frayer un petit espace. Une fois dans la salle, une autre paire de manches commençait: trouver une place assise. Tellement il y avait du monde qu’on avait pas d’autre choix que de suivre le spectacle debout (pour les plus chanceux), ou encore pris en tenaille dans une foule de jeunes filles, qui se battaient elles aussi, pour avoir au moins une vue sur le podium.

Malgré la climatisation de cet « antre de la culture », on se croyait dans une fournaise. La conséquence logique d’une affluence sans égal. Mais on se foutait pas mal de cet inconfort qui imposait sa loi. Le public voulait juste vivre en direct, ce spectacle géant de l’artiste Flavour N’abania dont l’annonce seulement avait déjà provoqué l’hystérie dans les rangs de ses milliers de fans camerounais qui ont juré d’honorer coûte que vaille ce rendez-vous inédit.

A 23h, le show proprement dit n’avait pas encore commencé mais personne, ou presque, ne piaffait d’impatience. L’objectif étant de ne manquer aucune seconde du spectacle du prince de l’Afrosong qui ne s’attendait sûrement pas à un accueil aussi chaleureux au pays de feu Eboa Lottin. Après la nuit euphorique de Douala, Flavour a pris la direction de Yaoundé pour un autre live qui aura connu quatre fois plus de succès que celui de la capitale économique. Il n’y avait qu’à voir à quel point les jeunes filles, très sexy pour la circonstance, hurlaient le nom de la star, pour s’en convaincre.

La première partie de la soirée commence à 21h par un apéritif savamment servi par Thierry Olemba, la boîte à rythmes humaine qui lève les foules. Du makossa au Raggae en passant par le Ndombolo et le Bikutsi, le gars crache une foultitude de vibrations. Djibril et son fameux tube Je suis Bolè en fait autant. Tout comme Abélé de Michael Kiessou ou encore Mboa girl de Prosby, qui vont pratiquement mettre en transe les milliers de spectatrices séduites et conquises par ces voix si entraînantes mais également par des chorégraphies exécutées à l’américaine. Que dire de Numérica, de Reniss, celle qu’on a surnommé la Rihanna made in Cameroon ? Bonne prestation du patriarche Krotal et de Da-Thrill dont la chorégraphie n’a laissé personne indifférent.

Stanley Enow viendra alors boucler la partie des artistes locaux, avec son fameux « hein père » qui va mettre tout le monde d’accord. Le jeune rappeur va au passage, saouler ses admiratrices en présentant son torse d’Apollon. A minuit, le mercure monte d’un cran : les cœurs battent la chamade, le public est tenu en haleine lorsque Tito, le présentateur annonce l’arrivée sur scène de Flavour qui sera précédée par celle des membres de son orchestre sanglés dans des pantalons en tissus-pagnes communément appelés « bobaraba ». Le palais des sports vibre de plus belle. Le public est debout, attentif. En guise de mise en bouche, le titre Catch you cold, un hymne qui a fait pleurer des fans en 2012. La voix enivrante de Flavour sonne comme une berceuse ; et les filles aiment ça. Le spectacle n’a même pas encore commencé que des filles, ne sachant contenir leur émotion, pleurent à chaudes larmes au point de s’écrouler. « Je vous aime », lance l’artiste, conscient qu’il vient d’en rajouter à l’overdose d’hystérie qui a envahi le public.

Dispositif de sécurité Flavour déroule et la soirée gagne en intensité. « Adama », « sawa, sawa lé » « Nwa baby », « Ada » vont s’enchaîner dans la même ébullition émotionnelle que provoquent les pas de danse traditionnelle Igbo. Dès lors, il devient difficile pour le dispositif de sécurité de contenir la marmaille de fans qui n’ont qu’une envie : foncer tout droit vers le podium pour sauter au cou de l’artiste. Ce, dans l’espoir de le toucher ou mieux, recevoir de lui une bise. Lorsque Flavour décide d’ôter son T-shirt pour arborer à son tour le drapeau camerounais, c’est la totale. Les spectateurs sont prêts à tout pour l’avoir. Il finira la soirée en beauté avec le titre Shake, que tout le monde attendait. L’euphorie passe du double au quintuple. La fête est finie ! Flavour est venu, il a vu, il a vaincu…

Christian TCHAPMI

Flavour: «Les jeunes artistes africains doivent être créatifs et originaux»

Vous êtes au Cameroun depuis une semaine ; comment se passe votre séjour ?

C’est vrai que je n’ai pas eu le temps de faire du tourisme et visiter de fond en comble les deux charmantes villes que sont Yaoundé et Douala mais je retiens que les gens ici sont accueillants. Bref, je m’y sens bien, mes musiciens aussi d’ailleurs. J’ai pu réaliser un rêve en venant faire un concert au Cameroun et j’en profite pour remercier les organisateurs de l’événement Stay in the jam de J&B.

Que peut-on retenir du spectacle que vous avez donné à Douala mercredi dernier ?

C’est un peu difficile de répondre à une question comme celle-là qui va certainement nécessiter une appréciation de ma part. C’est au public d’en juger. J’ai fait ce que j’ai appris à faire de mieux : chanter et donner du plaisir à ces nombreux Camerounais et Camerounaises qui sont venus en grand nombre m’encourager. Vous savez, ça fait vraiment chaud au cœur de constater qu’on vous aime et que votre musique plaît à tout le monde. On m’a pratiquement adopté ici. J’ai vu des jeunes, garçons comme filles, reprendre en chœur toutes mes chansons. Et ça c’est quelque chose de formidable. Le public camerounais est fantastique et vivement que Dieu bénisse le Cameroun.

C’est quoi votre secret pour haranguer autant de foules à tous vos spectacles ?

Je pense modestement que c’est l’originalité et la créativité qui font la différence. Il faut savoir être original et inventif ; c’est cela qui plaît au public. Vous savez, la jeunesse africaine est bourrée de talents ; il suffit juste de l’extérioriser et de le mettre en valeur. Cela nécessite de la finesse et du tact puisque le public, les mélomanes sont de plus en plus exigeants. Ils savent apprécier et il leur revient de faire un jugement sur ma prestation. Je ne vais pas inventer une réponse à votre question. Je pars de rien pour composer une chanson. Je peux par exemple vous regarder claquer des doigts, secouer la tête, ou évoquer un sujet et cela m’inspire. Cela peut vous paraître banal mais c’est comme ça que je suis. Ecoutez, vous ne pouvez donner que ce que vous savez faire de mieux. C’est vous dire qu’il faut mieux mettre en exergue notre originalité plutôt que de copier ce que nous voyons ailleurs et qui n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux.

L’aura et le succès que vous et vos collègues artistes avez aujourd’hui nous poussent à croire que la musique nigériane a pratiquement colonisé le Cameroun…

Non : je ne vois pas les choses comme ça. Ce n’est pas une colonisation. J’évite de croire qu’il n y a que le Nigeria qui gagne à travers ma musique. Je pense plutôt que c’est l’Afrique et sa jeunesse qui gagnent. Et ça il faut s’en féliciter. Je suis un Africain et je chante pour magnifier mon Afrique. Mon inspiration vient de la diversité culturelle nigériane que je téléporte dans le contexte africain de manière générale afin que ceux qui l’écoutent l’apprécient et s’y identifient. Ma musique est en grande partie chantée en Igbo et en pidjin, car ce sont des langues locales. C’est pourquoi j’invite les jeunes à êtres créatifs et originaux dans tout ce qu’ils font. Mais je voudrais vous dire que c’est aussi le fruit des efforts d’une jeunesse africaine qui travaille dur et qui ne baisse pas les bras. Tenez par exemple, mon soliste est de nationalité camerounaise. C’est une fierté pour le Nigeria certes, mais c’est l’Afrique entière qui gagne. Mon leitmotiv c’est de rester original et de préserver les traditions africaines.

Y-a-t-il des artistes camerounais qui vous ont déjà marqué ?

Ouais. Il y’a un gars qui m’a vraiment abasourdi. Il s’appelle Stanley Enow avec son « hein père » dont j’ai regardé le clip sur une chaîne locale depuis ma chambre d’hôtel. Je pense que c’est un jeune rappeur qui a un style vraiment particulier ; une marque de fabrique. C’est un garçon bourré de talent et qui a un bel avenir. Il n’a pas forcément eu besoin de regarder ailleurs pour se faire une étoffe. Il a choisi de proposer quelque chose d’original et de créatif en utilisant un jargon pour transmettre et le public est tombé sous le charme. Je pense que c’est ce genre d’initiative qu’il faut suivre et encourager.

Pourquoi dans chacun de vos clips vous ôtez votre tee-shirt ?

(Rires) Vous me surprenez là. Je me serai attendu à ce que ce soit une femme qui me pose cette question. Comme ça je me sentirai plus à l’aise à lui répondre. Mais bon… Pourquoi cacherais-je quelque chose de beau ? Il faut savoir vendre ce que vous avez de bien. A l’origine, je ne suis pas un danseur. Mon manager m’a fait remarquer un jour que mes coups de reins font vibrer ; et c’est à partir de ce moment que j’essaye de faire plaisir à mes fans en bougeant mon corps. Je vais vous conter une anecdote. La première fois où j’ai retiré mon tee-shirt c’était lors d’un spectacle en Guinée Conakry où après avoir chanté «catch you cold », la foule s’est mise à hurler « encore ! Encore ! ». Je me suis donc déchaîné et j’ai ôté mon tee-shirt. C’est depuis ce moment que j’ai réalisé que je venais de provoquer un cataclysme. Et là je n’hésite plus, du moment où je procure du plaisir à mes fans. Entretien avec C.T.

© Christian TCHAPMI | Le Messager

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Date de dernière mise à jour : 04/09/2013