CAMEROUN - ARGENT DU PÉTROLE : NGUINI EFFA FAIT DES RÉVÉLATIONS

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Dans un livre publié sous le titre «Les hydrocarbures dans le monde, en Afrique et au Cameroun», l’ex Dg de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp) en dit long sur l’usage de la rente pétrolière

Le cauchemar d’un procès kafkaïen, les années d’emprisonnement et l’inhospitalité des geôles glaciales de la prison centrale de Douala-New-Bell puis de Yaoundé-Kondengui n’auront en rien altéré les capacités intellectuelles de Jean Baptiste Nguini Effa, écroué depuis 2006 pour fautes présumées de gestion. Dans un deuxième livre paru aux éditions l’Harmattan, collection Défense, stratégie et relations internationales, l’ancien Dg de la Scdp parle des hydrocarbures en général sous le prisme des facteurs géopolitiques et géostratégiques. Mais surtout, l’ouvrage nous plonge dans la gestion opaque de l’or noir au Cameroun.

La préface, signée d’Aymeric Chaupadre une légende sur les questions de géopolitique et de géostratégie internationales, apparaît comme une critique, sans concession, de l’exploitation et de la gestion des hydrocarbures (pétrole et gaz notamment) au pays des lions indomptables. Le Cameroun, ce «petit producteur» dont les réserves de brut «peuvent être considérées sur le déclin après plus de trente années d’exploitation» ne brille pas par une gestion saine de la manne pétrolière. «(…) aucun bilan, ni aucune synthèse n’ont été établis, ni au plan qualitatif ou prospectif ni au plan financier de l’exploitation de l’or noir au Cameroun.

Le peuple Camerounais n’a jamais pris connaissance véritablement des retombées, des investissements générés et encore moins des projets de développement issus de la rente pétrolière qu’il était en droit d’attendre à l’instar de ce qu’on peut observer dans les pays voisins. On observe de manière éblouissante la transformation de ces pays anciens pays pauvres, notamment la Guinée Équatoriale et le Tchad, en presque pays émergents au plan des infrastructures sociales et de développement grâce à la manne des pétrodollars», affirme t-il.

Les dossiers de l’or noir. Après «De la tour Elf à la prison centrale de New Bell» sa première publication, Jean Baptiste De La Salle Deo Gratias Nguini Effa met en kiosque cet autre ouvrage de 466 pages. Véritable round up du jeu et des enjeux du pétrole dans le monde entier, le livre est davantage un condensé anthologique de l’or noir. Les six parties, de chapitres variables, vont de la genèse des hydrocarbures à leur positionnement dans les grandes guerres qui secouent le monde contemporain. De l’historique du pétrole brut et du gaz naturel à leur gestion éthique et environnementale, en passant par les méthodes de raffinage, le régime juridique des hydrocarbures ou encore leur place dans le positionnement des grandes puissances, tout y passe.

La cinquième partie retiendra particulièrement l’attention du lecteur, car c’est elle que l’écrivain choisit pour faire l’autopsie de la gestion des hydrocarbures dans son pays : le Cameroun. L’auteur part d’abord d’un constat, le Cameroun est un «petit producteur, mais producteur stratégique tout de même (P.20)». Petit producteur car «en termes de réserves prouvées de pétrole brut, elles étaient initialement à la fin des années 1970 et au début des années 1980 de 1.000 millions de barils. Avec le déclin de la recherche pétrolière (…), les réserves prouvées ont commencé à baisser drastiquement dans les années 1986 ainsi que la production elle-même qui est passée de 36 millions de barils en 2003 à 33 millions de barils en 2004». Les réserves de gaz sec (non associé au brut) sont de près de 157 milliards de m3 pour des réserves totales estimées entre 270 et 300 milliards de m3 (P.339)». Très loin derrière le Nigéria ou la Guinée équatoriale.

© La Météo : Ludovic Amara

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