BUIKA – LA NOCHE MAS LARGA

« Je milite pour la libération de cette flamme qui, chez tous les grands vivants, s’allume sans réserve ni compromis »

« On ne peut pas s’empêcher de croire à un avenir meilleur tant qu’on assistera aux évolutions imprévisibles de cette interprète sans limites. Voilà plus de dix ans que Buika et sa voix sidèrent tous ceux qui passent à sa portée et les exposent à leurs propres blessures sentimentales. C’est une grande chanteuse, capable de s’attaquer à n’importe quel style tout en restant unique et bouleversante (…) Et l’on sait parfaitement après l’avoir écoutée que l’on va répéter les mêmes erreurs parce que la passion ne connaît pas de règles, ni le bon sens, ni même la prudence ou le regret » – Pedro Almodóvar

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Hors normes et habitée, l’Espagnole Buika entend explorer toutes les facettes d’une créativité sans entraves, sur son nouvel album afro-flamenco « La noche mas larga », aussi bien que pour ses projets poétiques et cinématographiques. Elle chante le flamenco avec la même rage désespérée et sensuelle qu’Etta James chantait le blues. La palette technique impressionne, certes, mais bien moins que le souffle de l’âme qui la gonfle jusqu’à porter sa matière imprévisible à d’impossibles sommets d’intensité. Surnommée « La fille de feu », sa remarquable qualité d’interprétation démontre que les jaillissements du flamenco, doublés de racines africaines, peuvent nourrir un jazz d’inspiration cubaine. Savant mélange de raffinement et d’excès. Les chansons qu’elle avait enregistrées pour Pedro Almodovar l’ont catapultée sur le devant de la scène internationale l’amenant à enchaîner les tournées, toujours plus longues et toujours plus couronnées de succès. « Je n’ai cessé d’évoluer depuis » déclare la jeune femme soulignant que cette ascension ne la pas transformée car « tout ce que j’ai chanté, je l’ai chanté avec le même cœur ». Protégée de Chucho Valdés et de Chavela Vargas, les diverses collaborations qu’elle a pu avoir avec des musiciens et interprètes en sont la preuve, : Anoushka Shankar, Chick Korea, Niño Josele, Maritza, Bebo & Chucho Valdés, Luz Casal, Iván « Melón Lewis », Jose Luis Perales, SEAL, A. Manzanero, Nelly Furtado, Javier Limón et bien d’autres … Avec des albums sortis dans plus de 22 pays, la barrière linguistique n’est plus un obstacle. Buika réunit aux quatre coins du globe un public fidèle et conscient de sa singularité. Considérée en 2010, par la radio publique américaine NPR comme l’une des cinquante plus belles voix de tous les temps, Buika y est présentée comme « La voix de la liberté ». Svelte, musclée et tatouée, elle prend sur scène des airs d’amazone. A 41 ans, cette mère célibataire heureuse, entrepreneuse est définit comme « une jeune promesse du jazz ». Les terres brûlées du Flamenco

Buika est née au début des années 70 sur l’île de Majorque que ses parents, exilés politiques, avaient gagné pour fuir la Guinée Equatoriale du despote Francisco Macias Nguerra. Elevée à la dure au Bario Chino, quartier déshérité de Palma de Majorque, au sein d’une fratrie de sept dont la mère, femme de ménage qui aime le jazz, Edith Piaf et entonne des chansons populaires guinéennes, peine à joindre les deux bouts. Le père, mathématicien et penseur socialiste, quitte le giron familial sans plus jamais donner de nouvelles quand Buika à neuf ans. Unique famille noire de l’île, Buika s’initie à la culture flamenco au contact des gitans du coin, s’identifiant à leur solitude … « Quand j’avais 16 ans, je chantais et je clappais des mains dans les rues. En rentrant de l’école, on entendait de la musique qui s’échappait des fenêtres. Beaucoup de poètes qui fuyaient la répression Franquiste se sont cachés dans les quartiers gitans. Le flamenco appartient à quiconque veut le ressentir et le vivre ». Inspirée aussi par Lola Flores, Remedios Amaya, Bonnie Raitt, Billy Holiday et Nina Simone, elle développe sa fibre artiste du genre touche à tout en s’abreuvant à toutes les sources, mariant un phrasé andalou à un sens rythmique afro inné. A fleur de peau, sur scène chacune de ses interprétations sonne potentiellement comme l’ultime tant elle se consume littéralement sans calculs ni retenue.

« J’ai fait toutes sortes de métiers et je n’ai jamais pleuré sur mon sort. J’ai nettoyé des bureaux et des cafés, chanté dans des mariages. J’ai même été hôtesse dans un service de téléphone érotique. Ça n’avait rien de glamour : on était plusieurs filles dans une grande salle, en savates et en survêtement, on simulait l’orgasme au téléphone pendant qu’on gardait un œil sur une série à la télé. C’est ce qui a payé ma première guitare ». C’est en découvrant Pat Metheny lors d’un concert qu’elle décide de devenir chanteuse. Jeune adulte, elle part vivre un temps à Londres de petits boulots en petits boulots, avant de décrocher un engagement pour incarner Tina Turner dans un casino de Las Vegas. Un premier album prometteur, en 2004, attire l’attention du producteur de flamenco Javier Limon. Association magique. Trois disques suivent, d’un flamenco irradié de jazz, de soul et des incandescences d’une voix sensuelle et vénéneuse. Autodidacte par nature et par conviction, sa voix porte autant les accents des chants africains entendus durant son enfance que des disques de Piaf de sa mère ou des lamentos vibrants, déchirant les rues pourries de son quartier. Buika est également capable de composer des choses aussi radicales que Jodida pero contenta (« Niquée mais contente »).

Car l’origine africaine de Buika, c’est évidemment la grande affaire. Elle affirme découler d’un mouvement démographique singulier, un de ceux que l’on paye au prix fort. Un peu comme si l’intensité de sa voix avait aussi été la conséquence logique, électrique, des mises à feu de l’Histoire. Pourtant, elle n’a jamais connu l’Afrique qu’indirectement au travers des dialectes et chansons de son enfance. Elle revendique cependant d’être une « femme forte » et assure n’avoir peur de rien : ni de l’enfer, ni de la solitude, ni des plantages cinématographiques, littéraires ou musicaux. Elle suit ses rêves de gamine qui la mènent partout.

L’arrivée de son nouvel album «La noche más larga » annonce le début d’une nouvelle ère dans sa carrière, qu’elle décrit elle-même comme un bel adieu et un chaleureux bienvenu : « Tout ce qui m’intéresse c’est le voyage, pas la destination ». Douze chansons, dont cinq écrites par elle-même, les sept autres revisitent des chansons de Roque Narvaja, Fito Paez, Billie Holiday, Abbey Lincoln, Dino Ramos, le Cuona et Jacques Brel. Ne me quitte pas … « J’ai vraiment toujours aimé cette chanson. C’est un poème d’amour universel. Elle est empreinte d’une telle tristesse que c’est un renoncement total. Je n’interprète que les deux premiers couplets. Peut-être qu’un jour je serai capable de la chanter en entier sans m’effondrer, mais pour l’instant je ne suis pas sûre d’y arriver sans être brisée en deux ».

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L’enregistrement a été réalisé aux studios BB&B de Miami et au Sear Sound de New York. Néanmoins, pour Buika ce disque paraît moins important que ses concerts : « Un disque, c’est une chose morte, la photographie d’un instant qui a existé mais qui ne m’intéresse plus. Un merveilleux mensonge. Je n’écoute jamais les miens, je n’ai jamais regardé des images de moi sur scène. Je ne me retourne jamais en arrière, c’est un pacte que j’ai passé avec moi-même ». Un ensemble sublime teinté Lire la suite sur Moodsto©k

Barbara

Source: Moodsto©k

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Date de dernière mise à jour : 11/09/2013