AFFAIRE MICHEL THIERRY ATANGANA : LA FRANCE RÉCLAME 278 MILLIARDS F CFA AU CAMEROUN

Michel

C’est la substance d’un rapport confidentiel que Martin Mbarga Nguele, le patron de la police nationale, vient d’adresser à Paul Biya.

Le Délégué général à la Sûreté nationale a fait preuve de célérité dans l’action en remettant le rapport de la contre enquête prescrite par Paul Biya dans le cadre du volet financier de l’affaire Michel Thierry Atangana, incarcéré au Secrétariat d’Etat à la Défense depuis 1997.

Une grande première dans l’administration camerounaise, si souvent lente dans les procédures.

L’Actu a pris connaissance de ce rapport d’enquête signé de Mbarga Nguele à la plus haute autorité du pays.

Intitulé «Enjeux financiers cachés de l’affaire Michel Thierry Atangana», il porte le numéro 00000286/DGSN/DRG/SDEA/S, assorti du sceau «confidentiel». Dès l’entame de ce rapport, qui tient sur deux pages de format A4, le patron de la police écrit: «j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que les investigations menées ont permis de confirmer l’effectivité desdits enjeux financiers [… ] évalués à la somme de deux cent soixante dix huit milliards de francs CFA environ ». «Confirmer»? Le verbe n’est pas choisi au hasard. Car, les enjeux financiers de l’Affaire Michel Thierry Atangana avaient déjà été portés à l’attention des pouvoirs publics camerounais.

Les pouvoirs publics n’y avaient pas accordé une attention particulière. Certes, Essimi Menye, en son temps ministre des Finances, avait écrit aux avocats de l’Etat du Cameroun afin que ces derniers proposent un schéma de règlement à l’amiable. Mais, maître Ngo Binyogo, Alain Nguini et Just Bell Hagbe n’ont pas visiblement trouvé la formule gagnante. Du moins jusqu’ici. Selon des sources dignes de foi, c’est à l’issue de l’entretien qu’il a eu avec François Hollande en octobre dernier à Kinshasa en marge du Sommet de la Francophonie que Paul Biya a pris la vraie mesure de l’affaire.

Le président Français a mis le sujet au centre de la conversation. Ce qui aurait crée un déclic dans la tête de Paul Biya, non sans l’avoir irrité. D’où, l’enquête prescrite à Martin Mbarga Nguele, apprend-on. Pour ne pas arranger les choses, la même facture de 278 milliards de F Cfa s’est invitée au dernier voyage du président camerounais en France, début février. Le Medef a posé comme condition pour investir au Cameroun, le règlement des créances des entreprises engagées dans la relance de l’économie camerounaise après la crise économique des années 1980.

Pour mémoire, en enfermant Michel Thierry Atangana, les acteurs du «rouleau compresseur» n’ont pas pris le soin de résilier les contrats que ce président du Comité de pilotage et de suivi des travaux de construction des axes routiers Yaoundé-Kribi et Ayos-Bertoua (Copisur). Or, comme le stipule l’article 3 de l’une de ses conventions, «en cas de retard de payement d’un ou de plusieurs billets à l’ordre, toute somme impayée portera intérêt au jour de son échéance jusqu’au jour du payement effectif au taux de 10,5%, prorata temporis sur la base d’une année de 360 jours».

En ajoutant les intérêts au principal, l’Etat du Cameroun tel que le confirme le rapport de la police, doit payer 278 milliards de F Cfa du fait de la négligence de ces agents. Martin Mbarga Nguele conclut son rapport en attirant l’attention de Paul Biya sur le fait que «dans l’optique d’un probable déclenchement d’une procédure judiciaire contre l’Etat du Cameroun, les Conseils de Michel Thierry Atangana ont eu une séance de travail le 29 novembre 2012 dans les locaux de l’Ambassade de France avec messieurs Zimeray François et Gain Bruno, respectivement ambassadeur français en charge des droits de l’Homme, et ambassadeur de France au Cameroun». La présidence de la République vient de saisir le ministre des Finances pour obtenir «un rapport circonstancié». Essimi Menye a reçu le courrier présidentiel le 28 janvier dernier.

© L'Actu : Olivier A. Ndenkop

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau