1,12 million d'euros pour un sceau chinois controversé

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La télévision chinoise s'était postée dès 14h, lundi après-midi, devant l'hôtel des ventes du Rond-Point des Champs-Elysées. Artcurial y mettait aux enchères «un rare cachet impérial en jade vert épinard sculpté, de la dynastie Qing, époque Quianlong (1736-1795)». C'était le lot 119.

Ce tout petit objet (2 cm de hauteur, 4,5 cm de longueur, 3 cm de largeur) «provient d'une collection particulière française, et il est resté dans la même famille par descendance depuis la fin du XIXe siècle», précisait le catalogue.Mais la presse chinoise avait une autre version quant à ses origines, diffusée par le journal Global Times, il y a dix jours: «L'objet provient du sac du Palais d'été de Pékin en 1860», un pillage colonial organisé durant la seconde guerre de l'opium.

Un sujet très sensible. Dans la foulée de la presse chinoise, l'Association pour la Protection de l'art chinois en Europe (Apace), présidée par l'expert Bernard Gomez, a réclamé le retrait du lot, menaçant même dimanche, de déposer une plainte au pénal. Or, «à aucun moment, les autorités chinoises, tant en France qu'en Chine où nous avons un bureau de représentation, ne nous ont contactés pour nous demander de retirer le lot, se défend Artcurial.

Les demandes de cette association ne sont pas «officielles» comme elles se présentent». Car l'Apace affirme être mandatée par une association à but non lucratif «créée par l'Association Fondation chinoise pour le développement culturel et social dirigée par le ministère de la Culture de Chine».

Malgré la polémique, lundi, à 16h, dans une salle comble d'enchérisseurs majoritairement chinois, le sceau a été adjugé 1.122.300 euros avec les frais, plus de cinq fois son estimation, à un collectionneur privé, que l'a emporté au téléphone face un enchérisseur étranger dans la salle. Des propositions en sous-main Assistant à la vente, un membre de l'Apace est resté silencieux.

Aussitôt après la vente du sceau, il a répété à la presse les mots du président de l'association: «Ce seau impérial chinois a été volé en 1860 lors de la mise à sac par le corps expéditionnaire franco-britannique de l'ancien Palais d'été de Pékin. C'est la propriété inaliénable de la bibliothèque de l'empire». «Impossible!», a encore objecté Artcurial par la voix de son directeur de la communication, Emmanuel Bérard.

Ce sceau, comme ses inscriptions l'attestent, était attaché à la bibliothèque privée des empereurs Qianlong et Jiaqing. Cette bibliothèque ne se situait pas au Palais d'été mais au cœur de la Cité Interdite, à 20 km de là environ. Il ne peut donc avoir été victime du pillage du Palais d'été». Excédée, la maison de ventes a envoyé un communiqué dans la soirée: «Cette vente, dirigée par Isabelle Bresset, directeur associé, est l'épilogue d'une vaste campagne de désinformation et de manœuvres orchestrées par l'association Apace dont a été victime Artcurial.

Outre le fait que cette association s'est toujours refusée à produire les mandants officiels dont elle se prévaut pour agir, elle a faussement prétendu que ce sceau avait été pillé au Palais d'été. En outre, son président, M. Gomez nous a proposé d'acheter cet objet hors enchères, c'est-à-dire, en sous-main, ce qui n'est pas dans les pratiques de notre maison».

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