Pratiques: Mysticisme, l'interminable feuilleton camerounais

Crimes rituels. C’est par cette expression que l'on désigne les multiples assassinats qui meurtrissent le quartier Mimboman à Yaoundé depuis quelques temps. Point n'est alors besoin de tergiverser longtemps pour comprendre que le subconscient collectif sait que ces meurtres ont des relents mystiques. En français facile, c'est de la sorcellerie! Avant ces crimes, d'autres phénomènes sociaux ont eu à ébranler le Cameroun: disparition des sexes, transes collectives dans les établissements, intrusion des revenants aux intentions maléfiques parmi les vivants, flirts avec les esprits de l'au-delà, libations de sang pour satisfaire les fantasmes sataniques, prélèvement du magnét

C'est par des indices physiques que certains observateurs ont conclu que les crimes de Mimboman obéissent à une logique sacrificielle. Les dépouilles des victimes sont, toutes, disposées d'une certaine manière; les corps sont dépourvus de certains organes: sexes, seins... Les victimes sont toutes des jeunes filles dont l'âge varie entre 15 et 30 ans. Ces assassinats récurrents sont-ils un fait de sorcellerie ou alors une déclinaison de l'insécurité ambiante dans certains quartiers des grandes villes camerounaises? «Il n'y a rien pour rien. Ces crimes sont mystiques.

Pour tuer comme ça, ça passe par le côté mystique», confesse Nicolas Essimi Edzoa, un initié traditionnel qui revendique en plus le titre d'exorciste. Ces meurtres plongent la société camerounaise dans une espèce de psychose, même si des présumés coupables ont déjà été interpellés. Notre source, qui connaît bien la symbolique mystique du corps humain et les usages que les occultistes peuvent en faire affirme que les commissionnaires sont souvent sous l'emprise des charmes et envoûtements. Car, l'argent qu'ils perçoivent pour exécuter ces tâches est ensorcelé. «On le travaille avec l'eau du cadavre et des poudres magiques. L'argent qu'on donne est charmé, on émet un esprit dans cet argent». Objectif: le commissionnaire doit accomplir la salle besogne seulement selon la volonté du commanditaire. «L'homme est une richesse physique, spirituelle et mystique. Ceux qui connaissent cette vérité abattent les autres comme des animaux», affirme Nicolas Essimi Edzoa.

ECOLE ENSORCELÉE

Depuis 1995, le phénomène de transe a déjà secoué plu¬sieurs établissements d'enseignement primaire et secondaire du Cameroun. Et ceci, dans pratiquement toutes les régions du pays: lycées, col¬lèges privés laïcs, collèges privés confessionnels... ont tous été ébranlés par des gémissements des élèves qui entrent en transe à l'établissement. A quoi cela est-il dû? «II y a toujours quelque chose qui provoque la transe. J'ai vu une élève tomber en transe un jour. Les enseignants ont fait venir ses parents. Quand ils sont arrivés, ils ont interrogé l'esprit qui se manifestait dans le corps de l'élève. Et l'esprit en question a affirmé être la tante de la fille», déclare Aline Ngoande, une habitante de Yaoundé. Comme elle, certains évoquent le facteur mystique pour justifier ces transes à répétition dans les établissements. Les jeunes filles en question sont possédées, c'est-à-dire qu'il y a des esprits maléfiques qui agissent en elles; et ces esprits maléfiques seraient l'œuvre et la propriété de certains proches parents de ces enfants.

La thèse magico-sorcière pour justifier les transes n'est pas validée par toutes les sources. Il y en a qui évoquent des facteurs physiologiques et organiques (le cas des enfants asthmatiques, et même ceux qui entrent en transe après le cours de sport), des facteurs émotionnels pour justifier ces transes qui, dans certains cas, ont parfois entraîné des réactions de colère marquées par la violence physique. Les enseignants ont souvent été pointés du doigt; d'autres ont même été molestés. Dans une tribune libre consacrée aux transes publiée par le quotidien Le Messager, Nkunke Ngouaba, enseignant, cite le Dr Etienne Tatou du CHU de Dijon en France. «Le phénomène de transe dans les col¬lèges et lycées du Cameroun s'accentue et devient un véritable problème de santé publique. La réaction populaire conséquente, à la faveur d'une incompréhension, doublée d'une culture du mystique, évolue inexorablement vers l'installation itérative d'une perturbation de l'ordre public qui peut rapidement devenir incontrôlable », laisse-t-il entendre.

LE CHAT LUI A SUCE LE SEIN

Tout le monde, sans faits palpables, en a parlé à Yaoundé fin 2012. Une fillette du retour de l'école s'est fait accoster par un monsieur à bord d'un véhicule de luxe. Ce dernier propose à l'adolescente de monter dans le véhicule. Elle ne trouve pas d'inconvénients. Une fois dans la voiture, elle entend les miaulements d'un chat. Elle attire l'attention de son bienfaiteur sur la présence de cet animal de compagnie. Celui-ci demande par la suite à l'enfant de nourrir le chat en lui faisant sucer son sein. Comme la brave Margo chantée par Georges Brassens, le chat lui suce le sein. Avant de se séparer de l'adolescente, le «propriétaire du chat» remet une somme d'argent importante à la fillette, en contrepartie du sein sucé par le chat. Quelques jours après, elle décède, ensorcelée par le «chat». Est-ce une affabulation pour faire ricaner la galerie par une rocambolesque affaire de succion magique du sein? «Cette fille est morte; c'était l'enfant à une amie à ma mère. Elle a assisté aux obsèques. Quelque part, il y a du mysticisme dans cette affaire, parce qu'une fille de 12-13 ans ne secrète pas de lait. En plus c'est drôle de donner le sein à un chat», déclare Liliane N. qui avoue connaître la famille de cette enfant décédée suite à la succion de son sein par un chat...mystique. «C'est un totem qui est là pour manger, tuer. On peut hanter un chat ou un chien, et c'est le propriétaire qui le fait», tranche Nicolas Essimi Edzoa qui connait bien les méandres des affaires mystico-magiques.

AIE, MON SEXE A DISPARU!

«Je n'ai jamais vu quelqu'un qui reconnaît que son sexe a disparu. Ce sont des inventions, des rumeurs qui font paniquer, qui font peur aux gens qui croient à n'importe quoi», affirme Zang Zang, habitant de Yaoundé. La plupart des sources consultées n'arrivent pas à établir que le sexe de l'homme peut disparaître par une simple poignée de main. Dans ces affaires, la thèse de la sorcellerie et des pratiques occultes et rituelles est toujours évoquée. Ce d'au¬tant qu'aucune thèse médicale n'atteste la disparition d'un sexe. «Le sexe n'a jamais disparu», affirme, sans nuance, Nicolas Essimi Edzoa. Que se passe-t-il alors? Il s'agirait d'une arnaque aux relents occultes. «C'est un effet psychologique», ajoute notre source. Lorsque quelqu'un se rend compte que «son sexe a disparu», c'est après avoir salué quel¬qu'un d'autre. Comme c'est une bande qui agit, le complice de la personne qui est à l'origine de la poignée de main fatale propose une solution à celui qui croit que son sexe a disparu. Le «traitement» se fait moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Le soignant est de connivence avec celui qui est considéré comme le complice de celui qui a fait disparaître le sexe. Le membre viril de l'homme, selon certaines confidences, se rétrécit suite à cette mystérieuse salutation. Les arnaqueurs ont une potion magique qui agit sur la victime qui ne sent plus la présence de sa verge.

CONTACTS AVEC L'AU-DELÀ

Il y a quelques années, une rumeur s'est répandue au Cameroun comme une traînée de poudre. Une vieille dame, citoyenne du pays des morts, rôdait sur terre. Elle faisait la ronde des quartiers. Une fois dans un domicile, elle demandait de l'eau à boire. Et tant pis pour la maisonnée de la demeure qui manifestait sa générosité envers cette créature à qui l'on prêtait des capacités mystiques. Elle pouvait avoir plusieurs aspects physiques: Jeune homme, vieille femme dont l'attitude physique inspire la pitié. Certains avouent avoir vu cette revenante. Mais ils n'établissent pas de façon irréfutable qu'elle était un zombi. Il est vulgaire d'entendre dire qu'un jeune homme est tombé amoureux d'une belle créature aux allures physiques idéales et aux mœurs angéliques en boite de nuit.

Et qu'après une virée et une soirée bien arrosée, les deux tourtereaux se sont promis un amour sans borne. Mais le plus sou¬vent l'on entend dire que le lendemain ou quelques jours plus tard, l'un des conjoints découvre malheureusement que sa douce moitié est citoyen-ne de l'au-delà. L'on a même souvent entendu dire que certains amoureux se sont réveillés sur des tombeaux après une nuit luxurieuse avec un partenaire rencontré la veille. Ce n'est pas aussi rare d'entendre quelqu'un confesser avoir embarqué une passagère mystérieuse dans son véhicule. Et que cette dernière disparais¬sait et réapparaissait dans le véhicule, plongeant le propriétaire de la voiture dans l'émoi. Que dire de cette revenante qui serait à la recherche de son fils et qui fait le tour des établissements? Il apparaît que les zombis flirtent avec notre environnement physique. «Les morts ne sont pas morts. Il y a des gens qui décèdent avant le moment indiqué. Il y en qui ont été tués pour aller travailler dans l'au-delà pour aller accomplir certaines tâches dans le monde invisible», avoue Nicolas Essimi Edzoa. «La notion de mort n'implique évidemment pas une décomposition dans le néant, mais le passage d'un stade à un autre», précise Franz gardon, un spécialiste allemand des sciences hermétiques.

ETAT MYSTIQUE?

Au Cameroun, être un haut cadre, un homme d'Etat, un homme fortuné n'est pas une partie de plaisir. Ce statut char¬rie des accusations, toute réussite étant suspecte. Pour justifier la charcuterie des jeunes camerounais, certains n'hésitent pas à dire que ces crimes ne sont que des sacrifices imposés par les esprits maléfiques à leurs adeptes qui sollicitent leur intercession pour accéder à la grandeur sociale. Pas étonnant d'entendre que tel ou tel membre du gouvernement ou tel autre pressenti comme tel se sont livrés à des pratiques sacrificielles pour satisfaire les caprices des démons. Info ou intox? Daniel Ebale Angounou a fréquenté certains cercles du pouvoir au Cameroun; il a connu certains caciques du régime. Il a quitté ces milieux par la suite.

Dans ses différents écrits sur la marche des affaires publiques au Cameroun, il fait des révélations sur les sacrifices humains à des fins précises. Il parle par exemple de cette Jeune fille qui aurait été naïve¬ment embarquée à l'Université de Yaoundé par un soi-disant prince charmant dans un véhicule de luxe. «Elle a été gentiment conduite dans un sanctuaire pour servir d'holocauste. Et à la place du don juan pratiquement volatilisé, elle se retrouve face à trois hommes vêtus comme des prêtres... il s'agira d'un crime sacrificiel. Son cœur, son foie, son sang se retrouveront sur la table...», écrit-il. Autre fait qu'il évoque: en mai 1990, la paix sociale est menacée au Cameroun avec la réinstauration de la démocratie et les crises sociales générées par les revendications politiques. Ebale Angounou fait allusion à une messe qui aurait été dite à Mvolyé, pas dans une des églises de ce quartier. Mais «au cimetière, pour une messe noire, autour d'un célébrant de tradition ésotérique... Ce soir là, un Camerounais a été charcuté quelque part, pour les besoins de la cause, il fallait du sang et des organes qui seraient présentés selon les rites de la transsubstantiation».

L'on se souvient aussi des fous qui avaient été décapités à Maroua sensiblement à la même période. Leurs corps avaient été dépourvus de certains organes qui, selon certaines sources, avaient servi à la confection d'une mixture magique. «De nombreuses personnes proches du Président se livrent à des pratiques de magie et de sorcellerie, sans justification rationnelle», à en croire Ebale A. Et d'jouter que ces gens ont aussi «une soif intarissable des menstrues des jeunes filles»; ils s'en abreuvent moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes. «Elles sont au moins assurées d'empocher 400.000 Fcfa à chaque séance. C'est le taux pour se revigorer de leurs énergies spirituelles au moyen de leurs menstrues», révèle-t-il. Dans Méditations de prison, l'ancien Secrétaire Général de la présidence de la République, Titus Edzoa, aujourd'hui en prison, écrit: «Boire tout frais du sang humain, c'est particulièrement excitant pour les caprices des démons; lassé des langoureuses divines sirènes, trop exigeantes et jalouses, l'on se fait incube, pour priver de leur virginité des nymphettes aussi lascives que naïves: cela procure jouvence à perpétuité; pratiquer comme rituel de purification et d'allégeance l'homosexualité, c'est une haute distinction discriminatoire pour l'honorabilité de la confrérie supposée prestigieuse...

Déguster la chair humaine faisandée à l'étouffée, c'est de l'ambroisie pour l'éternité; livrer en sacrifice la confrérie et, tour à tour, le plus aimé de ses proches, c'est renforcer la solidarité et la respectabilité du groupe; organiser des messes sabbatiques, très noires en couleur, pour défier le Dieu tout-puissant entouré de sa cohorte de saints, de bienheureux et consorts; pactiser avec Lucifer, le diable doublement connu, le plus redouté parce que le plus redoutable, en signe de fierté d'être son flambeau de l'incarnation du mal; forniquer avec des cadavres féminins, à défaut de harpies particulièrement décaties, ça donne de la pêche et du courage».

© Christian Lang | Repères

Commentaires (1)

1. pamboundamnjoya 07/03/2015

bsr je suis une jeune homme cameroun que cherch une sirene rich qui veu l amour . merci mon contact et +237675985163 donne que le sms

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