Nominations dans la haute administration: Comment Ngoh Ngoh avance ses pions

En seulement 18 mois passé à la tête du secrétariat général de la présidence de la République, l'originaire de Minta fait hisser ses cousins de Minta à l'Enam, l'Armp, Hydro-Mekin... Et, depuis vendredi dernier, à la direction générale du Budget.

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La discrétion chez lui est une seconde nature. Ferdinand Ngoh Ngoh, de prime abord, cultive l'effacement. Ce qui fait que la plupart des Camerounais ignore jusqu'à son visage. Mais, sous des dehors d'ange Gabriel, l'actuel secrétaire général de la présidence de la République (Sg/Pr) a un autre visage moins reluisant: celui d'un tribaliste acharné. Un visage qui n'a pas échappé à la vigilance d'une opinion avertie. Et, on ne peut pas dire que la voir traiter Ferdinand Ngoh Ngoh «d'agent recruteur de Nanga dans l'appareil de l'État», reviendrait à chercher des poux sur un crâne dégarni.

En vérité, le Sg/Pr n'a visiblement d'yeux que pour les siens. Lorsqu'il fallut nommer un Dg à l'École nationale d'administration et de magistrature (Enam), en remplacement de Benoît Ndong Soumhet appelé au gouvernement, Ngoh Ngoh, selon nos sources, ne proposa au chef de l'État qu'une liste de noms à dominance Nanga. Évidement, c'est un Nanga qui fut tiré au sort. Bis repetita quand le glas sonna pour Jean Jacques Ndoudoumou à la tête de l'Agence de Régulation des Marchés publics (Armp), frappé de déchéance, suite à des fautes de gestion à lui imputées par le Contrôle supérieur de l'Etat. L’Armp fut mise sous la férule Nanga. Hydro-Mekin est dirigé par son cousin pas suffisant pour Ferdinand Ngoh Ngoh dont l'ambition de faire couronner plus de ressortissants de son aire tribale est bien grande. Ainsi, dans l'ombre, il redoublera d'activisme en faveur de sa région. On en voit les résultats.

Un pion de plus.

Les mouvements de vendredi dernier sont venus confirmer que Ferdinand Ngoh Ngoh fait du lobbying pro Nanga et qu'aucune vague de nomination ne peut - aussi longtemps qu'il tiendra la position de «vice-président de la République» - échapper aux siens. La preuve? Contre toute attente et contre le bon sens même, Antoine Félix Samba (originaire de Minta dans la Haute-Sanaga comme le Sg/Pr) atterrit à la direction générale du Budget. Sa nomination bat les records de surprises et d'indignation, ceci pour plusieurs raisons. Elle est apparemment loin de respecter la traditionnelle qui a longtemps prévalu et stipulant, officieusement certes, que c'est un fonctionnaire du Budget, aguerri par l'expérience, qui soit promu; car seul à même d'y insuffler une dynamique de performance.

Sans rien enlever à sa compétence et sans lui dénier toute qualité managériale, d'ailleurs des témoignages concordants de ses collègues au ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique présentent Antoine Félix Samba comme un cadre de bon niveau et qui maitrise les finances. Toutefois, force est de reconnaître que cet inspecteur des régies financières arrive tout de même au Budget comme un cheveu dans la soupe.

La période d'apprentissage dont il lui faudra nécessairement pour maîtriser les rouages de la maison pourrait être celle où bien d'erreurs regrettables et préjudiciables pour le pays pourraient être commises, en ce moment où l'on parle du budget programme. D'aucuns pensent au vu de sa proximité tribale avec le Sg/Pr que c'est ce dernier qui a proposé son nom au prince. D'ailleurs un mois à Minta, le nom de Samba Antoine circule dans toute la ville et quartiers. Sa nomination n'a surpris personne de ce côté. Qui d'autre aurait eu la surprenante idée de proposer un «inexpérimenté» à la tête d'une administration autant de complexe que stratégique qu'est la direction générale du Budget ? Ngoh Ngoh évidemment...!

Les paradoxes d'un Sg/Pr.

A travers un discours hypocritement républicain et un tantinet moralisateur, Ferdinand Ngoh Ngoh veut apparaître, aux yeux de l'opinion, sous les traits d'une personnalité qui promeut le mérite, combat le favoritisme et défend l'excellence. On l'a par exemple vu avec le cirque autour des admis en surcroît de l'Iric. Avec ce masque, le Sg/Pr a jusqu'ici réussi à tromper le plus grand nombre sur sa véritable nature. En 18 mois seulement au palais, il compte quatre personnalités Nanga dont trois de Minta et un de Mbandjock, mises sur orbite à la tête d'importantes structures étatiques. En, effet, des obligés à lui.

A ce rythme-là, Ngoh Ngoh remplira les directions générales d'entreprises publiques des siens. Sans compter qu'à des niveaux inférieurs, on lui prête également l'origine de la nomination et des recrutements au sein des administrations et des sociétés d'État, de flots de personnes présentant toute la particularité d'être originaires de la Haute-Sanaga, mieux de Minta. Lesquelles avec le temps, finiront par monter en grade et en puissance. «C'est bien d'assurer la promotion des siens, c'est plus bien encore de promouvoir la carrière de tous les Camerounais qui le méritent», plaide un politologue. La question que certaines langues ne manquent pas de mettre en avant celle de savoir à quelle fin l'actuel Sg/Pr est-il aussi si pressé de promouvoir le label Nanga? Qui vivra verra!

© Nadine Bella | La Météo

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