Nations-Unies, UA, CEMAC...: Pourquoi Paul Biya boude les sommets

Le décryptage d'un journal proche du cabinet civil de la présidence de la République.

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C'est acquis. Le Cameroun accueille les 24 et 25 juin prochains le premier sommet sur la sureté et la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée. «Il s'agit d'une indéniable victoire diplomatique pour notre pays et pour notre chef d'Etat», a indiqué, triomphaliste, le Ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, lundi dernier au cours d'un point de presse dans ses services. Mais l'une des questions qui agitent l'opinion publique, au sujet de ce sommet, est de savoir combien de chefs d'Etat et de gouvernement des sous-régions Afrique centrale et Afrique de l'Ouest y prendront part; compte tenu de ce que Paul Biya est réputé sinon comme un président absentéiste aux conférences qui engagent le devenir du continent Africain, du moins comme un «homme qui ne va jamais chez les autres», pour reprendre la boutade de Denis Sassou Nguesso à l'encontre de son homologue camerounais.

Dans ce contexte tissé de suspense, l'éditorial de Pauline Biyong dans le n°023 du lundi 17 juin 2013 de l'hebdomadaire The Sparks, journal réputé proche du cabinet civil de la présidence de la République, apparaît digne d'intérêt. Sous le titre «si Paul Biya ne fréquente pas les sommets, les sommets, eux, viennent à lui», le directeur de publication trouve des raisons à l'absentéisme de Paul Biya aux conférences internationales, notamment africaines. «La réalité qu'on refuse d'admettre est que Paul Biya est intelligent et c'est pour cela qu'il dure aux affaires. Il sait se faire désirer et refuse à dessein de saturer l'espace politique international.

Par expérience, il sait que ces réunions sont de simples rencontres institutionnelles (...). Ce qui motive la conduite du président Biya, c'est bien la question de fond (suivante): En quoi ma présence physique à ces assises sera utile à mon pays? Certains ont besoin de se faire un nom sur la scène internationale. Ce challenge est dépassé pour le chef de l'Etat camerounais». L'éditorialiste poursuit sur un ton un rien ironique : «Yaoundé est choisie par la communauté des nations concernées et les Nations Unies pour abriter les 24 et 25 juin 2013, la conférence internationale des chefs d'Etat sur la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée. Oui, chez M. Biya, l'absent à tous les sommets, comme on aime à le présenter. Cela vous en bouche un coin.

Au Cameroun, nous ne sommes pas nombrilistes pour ces sujets en relation avec les assises internationales...», affirme Mme Biyong, communicante parmi d'autres- de la présidence de la République camerounaise. Question: cet éditorial empreint de fanfaronnade est-il inspiré par le cabinet civil au moment où des flèches sont dirigées vers Paul Biya après ses retentissantes absences au sommet extraordinaire de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac), tenu le 14 avril dernier à Libreville, au Gabon, et au cinquantenaire de l'Union africaine (UA), le 25 mai dernier à Addis-Abeba, en Ethiopie ? Non, répond Pauline Biyong. « C'est une position éditoriale que j'assume. D'ailleurs le numéro en kiosque de The Sparks, n'a pas été relu [comme les autres, ndlr] au cabinet civil cause d'une panne d'électricité ».

Cela dit, il faudra suivre avec attention la propagande gouvernementale autour du sommet annoncé à Yaoundé. Lundi dernier, le Mincom a donné le « la » et The Sparks a apporté l'étincelle à cette information. Sur le site de la présidence de la République, une scintillante fenêtre est ouverte sur la rencontre. Vraisemblablement, le pouvoir de Yaoundé veut profiter de cette conférence pour se refaire une virginité au plan diplomatique. Reste maintenant à savoir si l'hirondelle d'un sommet fait le printemps international d'un pays.

© GEORGES ALAIN BOYOMO | Source: mutations

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