Mimboman, le Far West

mimboman.jpg

Habituées à vivre dans la poussière, les populations de ce quartier situé à la sortie Est de Yaoundé, doivent désormais s’accommoder à l’insécurité. Mimboman la poussiéreuse. Ce mardi 15 janvier 2013, sur la ruelle d’environ 3 Km qui part de l’entrée du château d’eau au lieu dit « Aba Aba », on se croirait dans un désert.

Motos, taxi, camionnettes, soulèvent d’énormes nuages de poussière. Les passants, les passagers et conducteurs de moto-taxis et les commerçants se trouvant en bordure de cette route, sont obligés de se protéger les narines pour éviter d’en aspirer. Certains passent même la journée, une partie du visage dans un cache-nez.

Commerces, habitations et débit de boisson alentours ont perdu de leur fraîcheur. Mais en cette période de saison sèche, ce n’est pas la poussière qui préoccupe la population. Mais l’insécurité.

12 meurtres en 2 mois

En l’espace de deux mois, des corps d’une douzaine de jeunes filles, dont l’âge varie entre 16 et 28 ans, ont été découverts. Des dépouilles dépourvues de sexe, d’yeux, de sein, en état de décomposition avancé. Ici, ces crimes ont un fort relent de mysticisme : « quand vous tuez une fille et que vous enlevez les yeux, le sexe et le cœur, c’est pour en faire quoi si ce n’est pas pour un trafic d’organe ? Comment comprendre que ce ne soit que des filles qui en soient victimes ? », s’interroge une habitante du quartier avant de trancher, « il s’agit de crime rituel ».

La série d’assassinats sur les jeunes filles a installé un vent de. Tout se passe comme si quelque part, dans le quartier, une banderole portant l’inscription « Attention, zone interdite aux jeunes filles à partir de 19 h ! », est déployée. Danielle est étudiante en droit à l’université de Yaoundé II-Soa. Depuis la récurrence des meurtres, elle avoue être désormais prudente : « à une certaine heure de la nuit, lorsque j’emprunte une moto, je veille à ce que le conducteur me laisse juste devant chez moi, et j’évite les coins obscurs », confie préoccupée, Danielle. Dans un salon de couture située à proximité du Lycée bilingue de Mimboman, Marie et Angèle affirment qu’elles ferment désormais boutique quand sonne 18 h.

SOS

En plus des meurtres, des viols sont également signalé. Cette montée de la criminalité a fait perdre le sommeil aux autorités du quartier. C’est le cas d’Alphonse Edzoa Aoua. Le chef traditionnel du 3e degré de Mimboman II-Sud en appelle à la sécurisation de la zone : « on se rend compte que la sécurité n’est pas bien circonscrite à cet endroit, le travail du comité d’autodéfense n’est pas facile, il y a aussi qu’une bonne partie du quartier Mimboman n’est pas électrifié, d’où la nécessité de renforcer la présence des forces de maintien de l’ordre ici ». Seulement, au commissariat de Mimboman, on fait mine d’ignorer le drame. Un inspecteur de police que nous rencontrons dans cette unité de police et à qui nous exposons les faits nous fixe, le regard effrayant : « qui vous a dit qu’on assassine les jeunes filles ici à Mimboman ? », interroge l’agent de police. En fait des enquêtes sont ouvertes mais instructions auraient été données de ne rien laisser filtrer.

Les « bendskinneurs » pointés du doigt

Mais les populations on déjà leur coupable. Selon les témoignages de plusieurs d’entre elles, les actes criminels se feraient avec la contribution des conducteurs de moto. Nombres de jeunes filles retrouvées mortes auraient été aperçues pour la dernière fois, empruntant une moto. Agrippé sur le guidon de sa mécanique à deux roues, Marcel s’en défend : « les mototaximen n’ont rien à voir dans cette affaire, nous sommes tous des responsables, si je conduis un client et que ce dernier prend un raccourci et se fait agresser, est-ce la faute du bendskinneur (conducteur de motos) ? ». Mais le fait est que, la plupart des conducteurs de moto-taxis ici exercent sans gilet, ni immatriculation sur leur engin, bref sans élément les identifiant comme tel. Conscient du service que rendent ces derniers aux habitants du quartier faute de routes en bonne état, les autorités municipales ferment les yeux, transformant Mimboman à une citadelle poussiéreuse, sans loi… Comme au Far West.

L'actu

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 19/01/2013