Mathias Owona Nguini:le sommet de Paris peut être l’occasion pour les parties prenantes de s’entendre sur la stratégie à élaborer face à Boko Haram

Les chefs d’Etat du Nigeria, du Cameroun, du Niger, du Tchad et du Bénin se retrouvent aujourd’hui à Paris autour du président français François Hollande pour discuter de la sécurité au Nigeria, un peu plus d’un mois après l’enlèvement des lycéennes par les islamistes de Boko Haram.

Mathias eric owona nguini ok

Pour la première fois, ils vont tenter de réfléchir ensemble à la façon de mieux coordonner leur action contre le groupe extrémiste qui menace la stabilité non seulement du Nigeria, mais aussi des pays frontaliers comme le Cameroun. En ligne de Yaoundé, le politologue camerounais Mathias Owona Nguini, chercheur à la fondation Paul Ango [qui analyse les questions sécuritaires en Afrique Centrale], répond aux questions d’Anthony Lattier.

RFI : A quoi peut servir le sommet d’aujourd’hui à Paris ?

Mathias Eric Owona Nguini : Le sommet de Paris peut être l’occasion pour les différentes parties prenantes de s’entendre sur la stratégie à élaborer face la menace que représente désormais Boko Haram, laquelle menace ne concerne plus simplement le nord du Nigeria ou le Nigeria mais aussi l’ensemble des pays évoqués, le Cameroun, le Niger, le Bénin et même le Tchad. En quoi Boko Haram représente une menace pour ces pays.

Y a-t-il un risque de fragilisation régionale si rien n’est fait ?

Bien entendu, Boko Haram représente des menaces sérieuses, non seulement pour la République fédérale du Nigeria mais également pour les pays voisins du Nigeria comme le Cameroun et le Niger. L’implantation de ce groupe pourrait en outre susciter des soutiens locaux, ce qui aurait pour effet de déstabiliser le contrôle politique que les Etats exercent sur leur population. Ensuite, Boko Haram pourrait renforcer non seulement l’islamisme radical mais surtout les partisans de l’action armée au sein de l’islamisme radical. Et dans un pays comme le Cameroun, où il existe beaucoup de religions, ça pourrait entraîner des tensions interconfessionnelles, alors que le Cameroun est parvenu jusqu’ici à une gestion relativement satisfaisante des relations entre les confessions.

Pourquoi les pays de la région ont attendu que la France organise une réunion pour discuter ensemble de leurs problèmes ?

C’est l’expression d’une certaine passivité. On peut s’étonner effectivement que les chefs d’Etat du Nigeria, du Cameroun, du Bénin, du Niger et aussi du Tchad, attendent une initiative conduite par le président de la République française pour se concerter, alors que ces pays sont principalement concernés par cette menace que représente Boko Haram.

Cela signifie-t-il que les pays de la région ont peut-être sous-estimé la menace Boko Haram jusqu’à présent ?

Ils l’ont effectivement sous-estimée et il y a aussi le fait que ces pays n’ont pas jusqu’ici accordé une grande valeur à l’analyse stratégique, à l’analyse profonde des problèmes de défense et de sécurité et leur doctrine en la matière n’est pas nécessairement des plus pointues. Voilà pourquoi ils ont du mal, déjà à identifier et à caractériser la menace et ensuite à définir les procédures concrètes qui vont permettre de la combattre.

L’un des soucis n’est-il pas également qu’il n’y a pas de réelle coopération entre le Cameroun et le Nigeria ?

Bien entendu, c’est un grand problème. Il y a certainement un certain nombre d’actions qui sont menées. Vous savez qu’en raison du long conflit des Bakassi, malgré le rapprochement qui a eu lieu entre Abuja et Yaoundé, il persiste des zones de méfiance surtout en ce qui concerne les questions de défense et de sécurité.

La presqu’île de Bakassi qui fait l’objet d’un différend frontalier entre le Cameroun et le Nigeria ?

Dans le traitement de ce dossier, les deux pays doivent faire preuve de maturité stratégique.

Les autorités du Cameroun ont quand même décidé il y a quelques jours de créer avec le Nigeria un comité mixte chargé de sécuriser leurs frontières communes. Ce projet est-il à la hauteur du problème ?

Il aurait pu être à la hauteur du problème s’il était intervenu plus tôt. Maintenant, Boko Haram a déployé une mécanique qui semble poser des problèmes aussi bien au Nigeria qu’au Cameroun. Je ne sais pas si dans ce cas, ce comité sera suffisant. C’est déjà un cadre qui peut permettre à ces pays de s’entendre sur les mesures à mettre en œuvre pour pouvoir réduire ou résorber cette menace.

Le nord du Cameroun est souvent présenté comme une base arrière de Boko Haram. Qu’en est-il exactement ?

On ne peut pas dire que cette région soit à considérer comme tel. On pourrait dire que c’est une base de recul, mais cela est bien involontaire pour les autorités camerounaises. C’est simplement lié déjà à la continuité sociologique qu’il y a entre les frontières de ces pays. Ce sont les mêmes communautés qui sont présentes les communautés telles que les Kanouri par exemple. Puis il y a une sorte d’implantation des réseaux musulmans, même s’ils ne sont pas toujours nécessairement majoritaires selon le pays. Des experts américains, français, britanniques, sont depuis quelques jours à pied d’œuvre pour aider le Nigeria.

D’autres pays ont proposé une aide logistique également. Comment est accueilli ce soutien international au Nigeria et dans la région ?

La perception vis-à-vis de ce soutien - je parle ici au nom des Camerounais -, est une perception ambivalente. Certains s‘en réjouissent, d’autres s’en irritent parce qu’ils estiment que cette question aurait dû être prise en charge par les autorités nationales aussi bien au Nigeria, qu’au Cameroun, ou ailleurs, au Niger ou au Bénin.

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